MIDLAKE: The Trials of Van Occupanther
On avait repéré Midlake dès Bamnan &
Slivercork, premier album à la pop bricolo-joyeuse assez charmante.
Truffé de mélodies gentiment imparables, ce coup d'essai faisait la part belle
aux cuivres et aux synthés vintage et les rangeait sans peine dans la catégorie
des sympathiques suiveurs des Grandaddy,
Flaming Lips, Mercury Rev ou autres ténors de la pop contemporaine. Plus que de
simples élèves appliqués mais pas de quoi fouetter un chat avec une semelle à
clous non plus.
Pas un seul instant en tout cas on avait ne fut-ce
qu'entrevu le chef d'oeuvre qui se préparait du côté de Denton, Texas. Car, n'y
allons pas par quatre chemins, ce deuxième opus est de ces oeuvres rares qui
bouleversent et hantent durablement. Où l'on voit le groupe sortir avec une
classe folle de l'ombre des pères spirituels qu'on lui avait trop vite assignés
pour s'ouvrir aux grands espaces.
Dans une atmosphère rustico-bucolique étonnante de maturité, The Trials of Van Occupanther conte l'histoire d'un personnage
solitaire (nommé Van Occupanther, d'où le titre) et du village dans lequel il
vit. Plaidoyer pour un certain retour à la terre et à des valeurs non
monnayables, l'album n'est jamais le manifeste moraliste que l'on aurait pu
craindre et préfère inviter à la songerie éthérée d'une ballade en forêt.
Musicalement, Midlake atteint une telle cohérence ici qu'il semble ne devoir
rien à personne. Tim Smith, leader du groupe, n'hésite pas notamment à se
réclamer de Fleetwood Mac, Elton John ou America. On n'a pas peur d'être ringard chez Midlake (et d'ailleurs
on ne l'est pas une seule seconde). C'est peut-être là que réside la force du
groupe: s'affranchir naturellement des codes, d'une certaine branchitude pop
folk, pour aller vers quelque chose de vrai, direct, débarrassé des oripeaux
ostentatoires et des références racées. Au final, l'album s'offre à nu, sans
carapace, et c'en est émouvant. Emotions inépuisables, semble-t-il, tant The Trials of Van Occupanther ne fait que gagner inlassablement en
densité et en intensité au fil des écoutes. La marque des tout grands. Des
centaines de songwriters besogneux se damneraient à coup sûr en enfer et
vendraient père et mère pour une seule de ces onze chansons que Midlake enfile
avec une fluidité désarmante comme autant de perles sur le fil de la postérité.
Album concept à la beauté foudroyante, The Trials of
Van Occupanther hisse déjà Midlake dans le cercle des plus grands
façonneurs d'albums intemporels, du Velvet Underground aux Tindersticks en passant par Nick
Drake ou Neil Young, rien que
ça. Beau à pleurer oui.


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