Festival International de Benicassim (20/07 au 24/07/2006)

JEUDI 20

Soirée résolumment light pour l’ouverture de la douzième
édition du FIB. Rien d’affolant sur papier. Et pas de quoi s’emballer en effet
sur la Escenario Verde
(main stage). Pire, on en revient déçus par des artistes dont on n’attendait
pourtant quasiment rien. Un comble.

 

TEITUR engage
gentiment les hostilités. Affilié au projet Un-Pop Classik (financé par la Communauté Européenne,
le projet rassemble cette année quatre des plus importants festivals
européens : les Nuits Botaniques pour la Belgique, Les Eurockéennes de
Belfort pour la France, Le Spot pour le Danemark et le FIB donc pour l’Espagne,
lesquels ont chacun sélectionné un groupe de leur pays respectif en l’invitant
à revisiter son répertoire aux côtés d’un orchestre symphonique local dans ces
quatre festivals ;  les groupes
choisis étant respectivement : Venus,
Dionysos, Teitur et les Sunday Drivers
), le Danois peine à faire
décoller son folk vaguement lyrique. Aussi vite vu, aussi vite oublié.

Suit un TOM VERLAINE
qui avait visiblement décidé de venir se branler avec sa guitare en un trip lonesome cowboy (en duo quand
même !) aussi hermétique qu’onaniste. Next one please !

Si les SUNDAY DRIVERS
font leur boulot sur scène, leur pop songs manquent parfois de pêche et
d’idées. A l’école où tous les professeurs ont un nom en B (Beach Boys, Byrds, Beatles), ces
chauffeurs du dimanche décrochent sans peine leur diplôme mais le jury est trop
occupé avec les premiers de classe d'Outre-Manche (Hal, The Magic Numbers)
pour daigner les féliciter.

HOWE GELB
vieillit mal et ça nous rend tristes, là, d’un coup. Un peu comme si on
regardait un vieil ami virer dans la sénilité sans pouvoir rien y faire. Génial
fondateur de Giant Sand et d’OP8, Gelb fait son Ben Harper toc et s’acoquine avec la chorale africaine SNO ANGEL le temps d’interminables
démonstrations de foi dégoulinante et niaise. N’importe quoi.

L’impressionnante colonie anglaise présente sur le site n’en
a cure : l’excitation monte pour les SCISSOR
SISTERS
. Et il faut avouer que la poignée de singles ultra efficaces (Comfortably
Numb
, Laura, Mary, Tits On The
Radio
) extraits de leur premier album a de quoi faire grimper la
température dans les slips. Malheureusement, entre bêtes de scène et bêtes de
cirque il n’y a parfois qu’un pas que les sœurs ciseaux franchissent avec des
putain de bottes de sept lieues. On croirait voir Abba… en cent fois pire ! Racoleur, ridicule et insupportable
(cette grande folle de Jake Shears de chanteur n’y est pas pour rien) !

On quitte le venue du FIB amers tandis qu’EROL ALKAN achève les derniers
festivaliers à grands coups d’électro glacée et ultra répétitive. Ca commence
mal. Rendez-vous est pris pour une seconde journée en forme de nouveau départ.

 

VENDREDI 21

Il fallait être présent dès l’ouverture de ce deuxième jour
pour vivre l’un des meilleurs moments du festival. On l’avait déjà vérifié lors
des dernières Nuit Botaniques, les Français de DIONYSOS ne sont pas du genre à se calmer avec les années. Lancé
devant une audience franchouillarde clairsemée, le concert se termine dans un
chapiteau ibérique plein à craquer et en délire. Malgré un son franchement
limite, Mathias Malzieu, plus déchaîné que jamais (on sent l’homme de
challenge
) parvient à mettre le feu à un public pourtant loin d’être conquis
d’avance avec une évidence qui force le respect. Malzieu se paie même le luxe
de déborder d’un bon quart d’heure sur le temps imparti au grand dam
d’organisateurs interdits devant tant de folie et d’un Pete Doherty pour une
fois ponctuel…

… et impatient de monter sur scène semble-t-il puisqu’il
expédie son linecheck en quelques minutes pour démarrer à l’heure, du jamais
vu chez les BABYSHAMBLES !
Autre surprise : Doherty et sa bande ont l’air sobres voire lucides – tout
est relatif évidemment, disons que personne n’est déchiré sur scène en tout
cas. Du coup, le chant et la musique sont posés (même si le nouveau guitariste
est parfois pénible)
et on se dit qu’on pourrait (enfin) tenir un bon concert
des Babyshambles. Las, si le groupe fait mouche avec quelques morceaux bien
balancés (Albion, Killamangiro, Fuck
Forever
) et amuse en invitant ce vieil ivrogne de Shane MacGowan des Pogues sur scène, on en revient
toujours au même problème : les Babyshambles ne sont pas les Libertines, et les trois quart de leur maigre
répertoire sont d’un ennui sidéral.

En rock comme en football, il existe plusieurs divisions.
Dans le championnat des groupes anglais à guitares, les FUTUREHEADS sont bons pour la deuxième division, et ils ne jouent
même pas la montée.
Beaucoup de bruit, de gesticulations et d’onomatopées
crétines. Et puis c’est tout.

Le prétexte pour migrer vers la Escenario Electrónico
pour les Français de COLDER. Voilà
un groupe qui porte bien son nom : dans le genre ambiance glaciale on fait
difficilement plus radical. Difficile de rentrer dans cet univers oppressant et
hypnotique mais l’effort est ici récompensé. Peu à peu, on commence à se
laisser séduire par autre chose que la maîtrise technique et les derniers
morceaux parviennent réellement à faire monter la pression.

Retour sur la main stage pour vérifier que les PIXIES rassemblent toujours autant les
foules. Seulement voilà, depuis deux ans qu’ils tournent ça sent de plus en
plus le remplissage de fouilles et de moins en moins le plaisir de jouer
(fallait déjà être franchement conciliant et aimer se raconter des histoires
gentilles pour y croire en début de reformation
). Si Frank Black ressemble de
plus en plus à La Boule de Fort Boyard et Kim Deal à une mangeuse de gazon qui
conduit des camions, ce n’est pas là que le bât blesse. Car le Temps ravageur a
surtout affecté le charisme et l’envie : aucun contact avec le public, minimum
syndical systématique, ça pue l’ennui et les couloirs glacés d’un hospice cinq
étoiles.

DOMINIQUE A, magnifiquement
entouré (notamment par une section de cuivres), vient renforcer la très belle
impression française du jour. Avec une set list quasiment calquée sur celle des
Ardentes à Liège quinze jours plus tôt, le Nantais impressionne à nouveau par
sa présence et sa profondeur. Vrai et fort.

Changement de style et d’attitude avec les aînés des enfants
terribles du revival rock. La machine STROKES
est rôdée comme une escort girl thaïe. Sans surprise donc. A noter que Nick
Valensi se lâche de plus en plus à la guitare et ce n’est pas tellement pour
rassurer : ses solos dégoulinants ont des allures d’appels du pied voire
de parades amoureuses devant la case d’un Axl Rose en période de rut
(heureusement ça ne lui arrive pas souvent le bougre).

Journée riche même si inégale donc qui s’achève avec TIGA en dj de luxe.

 

SAMEDI 22

Juste le temps d’arriver pour avoir confirmation sur scène
que les plus précieux héritiers des Smiths
aujourd’hui sont en fait des héritières, viennent du Canada et s’appellent THE ORGAN. Dommage encore une fois pour
le son mais l’ambiance tendue et la qualité des compos suffisent à convaincre.

Entrée en matière idéale puisque MORRISSEY ouvre les hostilités sur la grande scène. Epaulé par des
musiciens impeccables, il navigue entre instantanés des Smiths et morceaux choisis de son répertoire solo avec classe. On
le découvre moins baroque et théâtral que sa réputation ne le laissait craindre.
Une chose est sûre : il se donne hein le Mozz, mouillant notamment pas moins de trois chemises gayment colorées. On appréhendait la
naphtaline, on a droit à la sueur et à la gniak. Belle
surprise.

Le folk lumineux de MOJAVE
3
assied un peu plus une soirée qui s’annonce décidément réussie. Moins dylanien qu’à ses débuts, le groupe du
déjà vétéran Neil Halstead (Slowdive)
a les fenêtres larges ouvertes sur les grands espaces américains. A tel point
qu’on se surprend à oublier complètement qu’Halstead et sa bande sont des
Anglais pure souche.

Pas le temps de buller champêtrement en rêvant de paysannes
blondes à tresses dont l’opulence des formes n’aurait d’égale que la douceur de
peau puisque les Gantois de SOULWAX
débarquent sous la tente électronique pour jouer leurs géniales Nite Versions. Et
là c’est carrément énorme ! Intégrant instruments traditionnels (batterie,
guitare, claviers) et machines en un tissu sonore fascinant d’équilibre et de
puissance, les frères Dewaele et leur bande enchaînent claque sur claque à la
vitesse de la lumière. Et
tout le monde d’en ressortir KO. Le public, lessivé, a du mal à retrouver enfin
le contrôle de ses membres tandis que la concurrence peut rentrer chez papa et
maman la queue entre les jambes.

C’est peu dire qu’après pareille tuerie le set des Parisiens
branchouilles de JUSTICE faisait un
peu peine à voir. Rien d’honteux loin de là, juste un violent retour à la
réalité d’une scène électronique rarement surprenante.

On vérifie de loin que le rouleau compresseur FRANZ FERDINAND est toujours aussi
efficace puis on préfère continuer à exploiter le filon français en allant
découvrir sous chapiteau PONI HOAX,
buzz hexagonal du moment. De loin plus cohérents sur scène que sur un premier
album pop-folk-rock-électro franchement éparpillé, les Parisiens peinent à
susciter l’enthousiasme même lorsqu’ils balancent leurs imparables singles
(Budapest, She’s On The Radio). Le chanteur fait
étrangement penser à Michel Houellebecq : même verbe syncopé et stressant,
même charisme glacial. Une chose est sûre, Poni Hoax remporte haut la main la
palme du public le plus freak du
festival. Il fallait voir la joyeuse (sic) bande d’énergumènes allumés se
dandiner convulsivement devant la scène dans une improbable tentative de
variation hype et contemporaine sur la monstrueuse parade de Tod Browning.

La nuit s’achève dans la langueur cotonneuse de
l’électronica pop de MS.JOHN SODA,
side project porté par une chanteuse bonhomme (dans tous les sens du terme) et
le décidément bouillonnant bassiste de The
Notwist
. C’est beau comme une comptine pour grands enfants qui auraient
toujours peur du noir.

 

DIMANCHE 23

Au tour d’EDITORS
de mettre le feu aux poudres d’entrée de jeu. Moins profond et tourmenté que
chez leurs présumés pères spirituels de Joy
Division
, plus rageur et incisif que du côté de leurs contemporains d’Interpol, leur post-punk a tout pour
plaire en live. Un brin carré et sans surprise mais pas de quoi faire la fine
bouche.

Suit un YANN TIERSEN
étonnamment cohérent dans une configuration résolument rock. Jusque dans ses
solos survoltés au violon ou une version électrisante de La Valse
d’Amélie
, le Français ne se dépare jamais de sa ligne directrice et
emporte l’adhésion à l’arrache.

Les anciens de MADNESS
sur la grande scène font tristement penser à une fanfare de village s’agitant
sur le kiosque d’une foire au boudin. Encore un concert qui ne plaide pas en
faveur des reformations. Même si Our House et One Step
Beyond
font toujours plaisir, merci bien.

Qu’on soit ou non attachés à leur répertoire, difficile de
ne pas succomber au show ultra pro de DEPECHE
MODE
. Visuels arty, habillements et décors au poil, son d’enfer… l’écrin
parfait pour un concert ambitieux juste comme il faut. Les morceaux sont
forcément connus et admirablement interprétés par Dave Gahan. Seule ombre au
tableau : Martin L.Gore, marionnettiste de l’ombre, ne lâche pas l’os
d’une plus grande exposition personnelle et se fend à l’occasion d’une ballade
franchement dispensable.

A force d’arrondir les angles, PLACEBO finit par donner dans la soupe populaire. Bêtement
conquérant et sans âme, le groupe de Brian Molko déshumanise jusqu’à ses plus
belles réussites musicales passées. Dommage.

Sur papier, le concert de dEUS était une affriolante sélection des ses plus beaux morceaux. Trop
bruyant et brouillon, le groupe de Tom Barman trébuche malheureusement plus
d’une fois sur scène et déçoit malgré les bonnes intentions.

On ne donnait pas cher de la peau des jeunes premiers de THE RAKES, jetés dans la fosse aux
lions à près de quatre heure du matin. Tant pis pour nous puisque le groupe
semble avoir oublié même de respirer le temps d’un set d’une frénésie
hallucinante. S’il manque parfois de profondeur, leur punk rock défrise.
Epuisant.

 

LUNDI 24

Lundi nausée et gueule de bois. Le marathon concerts laisse
des traces. Tout juste l’énergie d’aller s’achever sur la plage de Benicassim
pour une after festival bien décadente comme il faut. Dommage que les sets de MISS KITTIN et CHLOE donnent plus dans l’électro froide et minimale de club que
dans le plaisir simple et instantané de transformer les platines en
irrésistibles machines à danser.

Un dernier lever de soleil sur la mer, les pieds dans le
sable, la tête dans le brouillard. « Hasta luego ! On se reverra sous
peu ». Si ce bon vieux Hugues Auffray le dit…

 

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