FESTIVAL ROCK EN SEINE (à Paris 25/08 et 26/08/2006)

Rock en Seine. 4è édition. Et déjà une aura d’achèvement
plane sur le jeune festival parisien puisque l’ambition affichée lors de la
création de l’événement il y a trois ans était d’arriver à monter un festival
dans la capitale française qui puisse fédérer des groupes du tonneau d’un
Radiohead. Tiens tiens.

 


VENDREDI 25

Problème de son sur la grande scène pour NADA SURF. Le son
de basse de Daniel Lorca est au moins aussi excessif que sa tignasse grasse.
Mais bon, il fait soleil. Les gars sont cool. Un brin démagos : on parle
français, on traduit les paroles genre plan-langues, on reprend Alain Souchon
(!). On pense à toutes les filles qu’on aurait pu emballer sur leurs
ballades mièvres si on avait encore 15 ans. Un concert d’après-midi,
adolescent, ensoleillé, léger.

On attendait CLAP YOUR HANDS SAY YEAH au tournant après un
concert à l’Ancienne Belgique en début d’année auquel on était arrivés avec une
putain d’envie de frapper dans les mains et brailler « Yeah ! »,
et ressortis complètement anesthésiés par une prestation qui semblait plutôt
dire « Throw me tomatoes, say ouh ! ». On retrouve le groupe
avec le même chanteur à tête de piaf boudeur, les mêmes anémiques frères
Sargent (guitare et basse) tout droit sortis de leur cave humide, nourris au yahourt maigre comme des lions romains avant d’entrer dans l’arène mais sans
aucune envie de bouffer tout ce qui bouge, et, fort heureusement, le même
rouquin de claviériste, adepte présumé de pilules multicolores qui rendent
heureux et, en tout cas, particulièrement prompt à l’émerveillement, exception
bienvenue dans un groupe qui ne suscite décidément pas la sympathie. Mais,
surprise, la formule est cette fois autrement plus pêchue. Clap Your Hands
n’est toujours pas Arcade Fire mais, se concentrant sur ses morceaux les plus
dynamisants, le groupe de Brooklyn a tout pour plaire sur scène également (la
qualité des compos n’étant plus à prouver
). Rattrapage en beauté.

C’est le bras droit dans une écharpe aux couleurs de l’Union
Flag que l’ex-Libertines Carl Barât débarque sur la grande scène. Les DIRTY
PRETTY THINGS
jouent vite, fort et plutôt pas mal en fait mais, comme chez les
Babyshambles de Doherty, le répertoire n’est pas à la hauteur malgré un joli Bang Bang You’re Dead et deux sympathiques reprises des (plus que
jamais) regrettés Libertines.

Remplaçant au pied levé l’abominable Richard Ashcroft, les
Anglais de KASABIAN ne sont pas du genre à chipoter. Pas un seul temps mort
dans un concert plus rentre dedans tu meurs. Enlevée, leur prestation s’inscrit
dans la droite ligne de deux albums lorgnant vers la meilleure pop-rock-electro
brittone (Happy Mondays, Stone Roses, Primal Scream, Chemical Brothers).
Aberration totale : aucun bidouilleur sur scène pour un groupe réduit à
jouer live… sur des bandes !

Précédé d’une réputation scénique exécrable, TV ON THE RADIO
balance son rock abrasif avec une classe qui explose tous les à priori. S’il ne
renoue pas toujours avec la grâce des volutes vocales de ses deux albums,
l’excellent combo de Brooklyn, inventif et joueur, renvoie la concurrence au
taquet en livrant haut la main le plus beau concert du jour.

On n’a toujours pas compris l’intérêt du projet RACONTEURS
(1 Jack White + 1 Brendan Benson + 2 semi inconnus). Leur concert, dégoulinant
de solos de guitares pleureuses qui ravivent les pires clichés du rock
seventies, n’éclaire aucune lanterne. Radoteurs oui.

A la froideur usuelle des dj’s, DJ SHADOW oppose une
déconctraction et une tchatche entre les morceaux plutôt rafraîchissantes.
Dommage que le set manque de véritable relief, Shadow se contentant de passer
des titres de ses trois galettes en ajoutant quelques effets ou scratches
par-dessus, ou en invitant l’un ou l’autre chanteur. Sa musique fait toujours
autant planer mais Morphée n’est jamais loin. 


SAMEDI 26

La scène musicale canadienne est de loin la plus dense et la
plus passionnante de ces dernières années. Les trois derniers morceaux du
concert du collectif BROKEN SOCIAL SCENE suffisent à donner la chair de poule…
et à maudire définitivement le trafic et les sens uniques parisiens.

Découverte du funk outrancier et décomplexé des Français de
FANCY sur la petite scène de l’Industrie. On pense à Michael Jackson ou à
Prince dans les meilleurs moments, à Jamiroquai dans les moins bons. Plaisant.

A l’image d’un nouvel album ultra pop qui s’est vite imposé
comme bande son idéale de l’été, le live de PHOENIX sied parfaitement à un
après-midi de festival. Lumineux.

En dignes rejetons de la Clash culture, les DEAD 60’S
mâtinent leur punk rock de ska. Efficace, maîtrisé mais sans surprise.

Même énergie communicative qu’à Benicassim pour les jeunes
premiers de THE RAKES qui intègrent intelligemment leur reprise ultravitaminée
du Poinçonneur des lilas de Gainsbourg dans un show sans faille.
Comme une envie de prendre des cours de danse chez un chanteur au déhanché
épileptique, névrotique et proprement ravageur.

Le concert de BECK s’ouvre sur un théâtre de marionnettes
singeant les membres du groupe avec un mimétisme hilarant et, accessoirement,
sur Loser, hymne générationnel toujours aussi fédérateur. Une
mise en abyme digne de Charlie Kaufman qui se prolonge tout du long d’un
concert revisitant avec brio une carrière aussi hétéroclite qu’impeccable.
Quelques nouveaux morceaux annoncent la couleur d’un album qu’on pressent plus
sombre, à l’image d’un Beck étonnamment mutique et taciturne. Il faut surtout
saluer avec quelle inventivité l’éternel blondinet se renouvelle de tournée en
tournée, agrémentant ses compos de véritables trouvailles scéniques comme ce
génial concerto pour verres, assiettes et couverts, interprété par des
musiciens affalés autour d’une table, ou cette désopilante vidéo des puppets
déconnant dans Paris et saccageant la supposée loge de Radiohead à coups de
bière et d’urine dans un esprit très Team America World Police.

Les festivaliers parisiens ne parlent que de ça depuis deux
jours. A tel point que Rock en Seine cette année ressemble à une promesse
permanente d’un concert énorme de RADIOHEAD pavée de premières parties plus ou
moins alléchantes. Et l’heure venue, point de déception. Sans nouvel album à
défendre, sans véritables partis pris musicaux ou scéniques, la bande à Thom
Yorke emporte le morceau. Rares sont les formations aujourd’hui (Sigur Rós ?
Arcade Fire ?) qui peuvent prétendre, même à l’occasion, à pareilles
décharges émotionnelles sur scène. Radiohead avance là-haut, quelque part, sur
des cimes himalayennes dont il ne redescendra sans doute jamais. Respect.

 

 

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