MY MORNING JACKET: Z (2005)

Drôle de chose que la génération
spontanée. Regardez Neil Young. Sa filiation musicale s’étale comme les
racines d’un séquoia du Yosemite. On pense évidemment à Elliott Smith et José
Gonzalez
pour les plus fidèles au parrain du grunge. On gardera également
en tête les Flaming Lips, Sparklehorse, et Mercury Rev pour ceux qui ont réussi à s’amender d’un héritage
faisant partie de la culture américaine du 20ème siècle et peut-être trop lourd
à porter. Une telle fécondité tient du
miracle complet pour quelqu’un qui se surnomme lui-même le LONER.

Alors voici la nouvelle merveille
rencontrée par hasard dans une racine par trop tortueuse : MY MORNING
JACKET
. Découvert dans le clip d’Off The Record. Chanson
dansante qui se termine par une longue fin moite et chaleureuse. Le clip
raconte un secret partagé d’enfants à adultes qui envoie tout le monde en
prison sans passer par la case départ. Mais que peuvent-t-ils bien se
raconter ? C’est évident.

Quelle voix ! Elle vous prend, vous
retourne les sentiments, vous met sans dessus dessous, vous mélancolise, et
vous laisse là groggy. Jim James est un chanteur extraordinaire. Dans un état
totalitaire, en effet, on vous mettrait derrière les barreaux pour dévoiler des
secrets pareils.

La pochette de Z représente
des dauphins médecins s’apprêtant à soigner une ville tortueuse sur un avion en
forme d’oiseau. Tout un programme. Aurait-on besoin de l’animal le plus
intelligent de la création pour soigner une urbanité castratrice ? Mais
pour ce qui est de soigner les maux du quotidien, My Morning Jacket en connaît
un rayon.

Ce groupe de Louisville Kentucky,
attaché à ses racines, s’est fendu de trois albums, The Tennessee
Fire
en 1999, At Dawn en 2001 et It Still Moves
en 2003. Rien à signaler. Faux. Il suffit d’écouter le premier morceau de The
Tenessee Fire, Heartbreakinman, pour détecter la présence
du talent. Mais ce génie est encore trop enraciné dans le séquoia.

Contrairement à ses habitudes et
après un changement de line up, « Ma Veste Du Matin » va enregistrer
à NY au Allaire Studios. Isolé dans les montagnes, il laisse là colère et
frustration. Dans une société de consommation culturelle kleenex, cet album a
une durée de vie exceptionnelle. Vous mettez deux mois à rentrer dedans et il
ne vous quitte plus jamais. Vous arrivez même à user les mp3, prouesse
technologique inexpliquée. 10 plages. Rien à jeter.

L’histoire retiendra que Z est l’album où la sauce prend, où tout s’imbrique pour sublimer
les influences et créer une identité musicale singulière. Radiohead a fait son Ok Computer, les Flaming Lips leur Soft
Bulletin
, Pavement son Wowee Zowee et  MMJ son Z. 

Un point d’orgue Gideon : chanson émotionnelle incroyable et d’une actualité
déconcertante. Mais ne vous laissez pas mener en bateau. Vous trouverez votre
propre sommet tellement il y a matière. La diversité des morceaux est tellement
évidente qu’on n’a pas à s’appesantir dessus. D’autres le feront pour nous.

Dans leur biographie officielle,
Jim James compare les chansons de Z à des nuages. En se laissant
posséder par cette hydre à 10 têtes, on n’a plus jamais détesté autant le ciel
bleu depuis…    

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