Charlotte Gainsbourg: 5:55
On a voulu y croire. Le temps de deux morceaux…aériens. Deux
premières chansons éthérées et magnifiques, dignes du meilleur Air (celui de Virgin
Suicides), lorgnant – forcément – vers le plus beau de Melody Nelson sans
jamais tomber dans l’exercice de style ou le jeu creux des références. Comme si
l’univers de Gainsbourg père faisait
intégralement partie de celui du duo versaillais, digéré et fondu en une
remarquable identité musicale. A tel point que la présence de Charlotte
Gainsbourg semble ici presque superflue. On l’oublie et on croit écouter
l’intro du nouvel album d’Air, plus que jamais et à raison sous influence gainsbourgienne,
gorgée de promesses. Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien. Mais
l’important ici n’est ni la chute ni l’atterrissage. C’est le vol basse
altitude qu’on nous impose derrière ce décollage en beauté.
Car très vite on a justement l’impression de ne plus
entendre qu’elle, la Charlotte qui chante. Et nous on déchante (facile…).
L’habillage musical se rigidifie, nous fout le nez dans une poussière tapissant
des moisissures. A croire que l’influence de Neil Hannon (The Divine
Comedy), crédité sur quelques textes, a débordé le cadre de la simple
écriture. Quelques plages frisent en effet le mauvais goût baroque ponctuel du dandy
has been anglais. Pourtant, la
Dream Team (Air à la musique, Jarvis Cocker aux textes, Nigel
Godrich à la production) convoquée par miss Charlotte fait souvent des
merveilles, chacun dans son domaine, mais la sauce, sans doute trop épaisse, ne
prend étonnamment pas. Car si l’héritage gainsbourgien est assumé de la plus
belle façon (cf. l’intro de Jamais, en provenance directe du Cargo culte de Melody), l’enjeu et la portée de l’ensemble de
l’album vivotent à des kilomètres en deçà de ses modèles plus ou moins avoués. Comme L’homme à tête de chou ou, on n’y échappe pas, Histoire de
Melody Nelson, 5 :55 se frotte d’ailleurs, plus
timidement mais quand même, au fantasme de l’album concept. Charlotte s’endort
à la fin de la plage d’ouverture et se réveille au final en s’apercevant
qu’elle a rêvé toute la durée du disque. Mouais. Au jeu de l’échange de paquets
Bonux, non on ne changera pas une seule seconde nos Melody et Marilou contre
cette Charlotte là.
Il y a chez miss Gainsbourg une volonté indéniable de bien
faire (à ce rythme là – un album tous les vingt ans – on peut comprendre) mais aussi
et surtout une cruelle absence d’atouts pour la chose musicale. A la remise des
prix de fin d’année, l’élève Charlotte postulera peut-être pour « le prix
de l’effort », seule promesse de récompense pour les élèves moyens qui
travaillent beaucoup pour un résultat forcément très scolaire.


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