Indigènes

En 1943, alors que la France tente de se libérer de la domination
nazie, quatre "indigènes", soldats oubliés de la
première armée française recrutée en Afrique, sont envoyés en première
ligne. Argent, amour pour la France ou pour l'armée française, foi en
la liberté et l'égalité, leurs motivations divergent pour un même
combat, libérer la France, les armes à la main.

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En cette année 2006, Rachid
Bouchareb
s’intéresse à la guerre. Acteur et producteur dans Flandres, dernier film de Bruno Dumont centré sur l’occupation
militaire en Irak (Bouchareb a d’ailleurs
produit tous les films du réalisateur de L’Humanité
et de La Vie de Jésus)
et réalisateur
d’Indigènes qui rappelle à la France
que la seconde guerre mondiale ne l’a pas endettée uniquement vis-à-vis des
G.I. de l’Oncle Sam. En cette année 2006, Rachid Bouchareb s’est également
intéressé au festival de Cannes et il
est rentré les poches déformées par un prix du jury pour Flandres et un prix de gros pour les acteurs masculins d’Indigènes.

C’est sûr qu’après le discours d’ouverture pro-intégration de
Vincent Cassel, les carcasses de
bagnoles parisiennes encore chaudes et les récentes pubs pour Karsher, voir des
arabes en smoking aider une bande de vieux super lents à monter les marches du
Palais des Festivals en se palpant les burnes, ça fait chaud au cœur. Mais pour
un amoureux du cinoche, voir Samy Naceri
récompensé à Cannes, c’est comme recevoir un coup de boule dans le buffet.
Après les courbettes devant les frères Dardenne 
ou ce gros veau anarchiste de Michael Moore, le
festival envoie tout le monde se faire foutre une fois de plus. Par tout le
monde, entendez, les cinéastes et les acteurs qui font encore honneur à leur
profession en innovant et en faisant avancer le cinéma comme un art qui se
respecte. Le palmarès est de plus en plus symbolique et il vaut toujours mieux
se garder sous le coude un petit hydrocéphale, un leucémique ou quelques
anciens combattants magrébins pour espérer choper un prix, mais pour réussir un
film majeur, ça ne suffit pas.

Le message d’Indigènes
est vraiment défendable. C’est une cause noble qui rappelle une injustice de
plus à la mémoire des méchants français et aux dernières nouvelles, le film a
carrément fait du bien aux pensions de ces tirailleurs algériens. Mais on parle
de cinéma ici ! Et même si on est pour le métissage, il ne faut pas nécessairement
tout mélanger! Indigènes a bien
le cachet d’un film de guerre de haut vol. Des explosions, des répliques de
chars et un paquet de figurants suffisent à bluffer le spectateur sur le
contexte. Un tel dispositif a du retenir toute l’attention du réalisateur qui se
contente ensuite d’un scénario linéaire et  qui laisse complètement les acteurs tourner en
roue libre. Gentils arabes, méchants français et un pied noir comme trait d’union,
c’est vraiment trop manichéen pour un public international rompu à des
productions bien plus psychologiquement nuancées.

Jamel est
financièrement porteur et c’est un bon comique sur scène. Il se défend bien
dans les comédies également, mais tout un film dramatique sur Jamel avec une
mitraillette qu’il n’utilisera jamais, c’est presque pathétique comme erreur de
casting, un peu comme si Mimi Matty
avait du jouer dans Space Jam  sans intention de faire rire.  Le rôle principal revient à Sami Bouajila, le plus gentil de la
bande, qui s’en sort avec un jeu correct en raison d’un surcroit d’expérience
sur ses compagnons de bonne volonté.  Et
c’est vraiment l’enthousiasme et la détermination qui fait du film une
semi-réussite tout de même digne d’intérêt. On est encore loin de l’engouement
autours de sa sortie en France et de la lobotomie écœurante qui frappe la
plupart des émissions hexagonales qui ne tarissent pas d’éloges sur ces Indigènes à condition d’avoir le super Jamel
« bankable » Debbouze et un de ces vieux, peu importe lequel, qui
dira évidemment sur leur plateau que le film est magnifique et réaliste à
pleurer. Voilà des anciens combattants qui n’ont peut être jamais mis les pieds
dans une salle de cinéma et le fait qu’ils aient effectivement fait cette
guerre ne les rend certainement pas plus aptes à juger le film que le public cultivé
d’aujourd’hui.

Certains sont juifs et filment le nazisme, d’autres sont
marocains et s’intéressent naturellement à la cause algérienne, mais n’est pas Spielberg qui veut et dans notre culture
de la comparaison, Indigènes est
juste une bonne intention qui ne satisfera pleinement que les mieux pensants, les
hypocrites ou les moins exigeants d’entre nous.

 

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