Hard Candy

Hayley fait la connaissance de Jeff sur internet. Séduction allant, ils décident de se donner rendez-vous dans un bar. Elle a 14 ans, lui 32 et pourtant elle l'accompagne jusqu'à sa maison en dehors de la ville…

{mosimage}Meilleur film et meilleur scénario au festival international de
Sitges en 2005, Hard Candy, premier long
métrage du réalisateur David Slade,
est ce qui se fait de plus luxueux en matière de carte de visite même pour un
cinéaste échappé du monde de la pub et du clip vidéo (Stone Temple Pilot,
Asphex Twin).
Et rien à dire, le type assure vraiment pour boucler en 18
jours de tournage un film maîtrisé de bout en bout qui rappelle les débuts burnés d’un
David Fincher de la belle époque.

Encore une histoire moralisatrice et juste assez provocante sur la
pédophilie ? ou une variation de plus sur l'histoire du petit chaperon
rouge ? Fiez vous à l'affiche et le film vous secouera comme un prunier. Construit
comme des poupées russes montées sur ressort, le scénario est un archétype d’écriture
efficace signé Brian Nelson (JAG, Loïs & Clark). Le film prend
son temps pour installer le rapport entre les deux protagonistes principaux qui jouent au chat et à la souris. Et quand l'histoire vous a bien assis sur ses genoux, elle vous fait suater jusqu’à ce que ses
parties les plus dures instaurent un malaise réel. Bien sûr, on ne monte pas dans la voiture d'un total inconnu lorsqu’on est équipé d’un bagage filmique
qui va de Misery (Rob Reiner – 1990) à Swimming With Sharks (Georges Huang – 1995) en passant par Lunes de Fiel ou Death and The
Maiden
(Roman Polanski 1991 et 1994). On
se dit même qu'une vaccination comme celle d’Audition (Takeshi Miike -
1999),
nous met définitivement à l'abri des
surprises sadiques que réserve souvent le genre. On repère quelques codes. On s’accroche
à des balises qui nous rendent la vision plus confortable et on se mange malgré
tout une belle leçon de mise en scène.

Slade compose ses cadrages avec la rigueur des esthètes et chaque plan est
codé pour vous amener dans une direction. Parmi les reliefs des images, il y en a qui impriment
la rétine pour persister utilement dans des plans ultérieurs. C'est avant tout la caméra qui raconte
une histoire mimée ensuite par deux acteurs qui vous achètent tour à tour empathie et
dégoût. Toute la mécanique du script repose d’ailleurs sur le visage encore peu
connu d’Ellen Page (découverte dans la série Regenesis et qui a
fait ses débuts hollywoodiens dans Xmen : The Last Stand)
et le bon
chic bon genre de Patrick Wilson loin du stéréotype de gros pédophile qui transpire la
perversité.  On connaît tous une Hayley, ado provocante qui ne veux pas attendre de prendre de l'âge pour grandir.
On a tous entendu parler de débordements suite à une rencontre sur msn et on
croise des Jeff dans chaque supermarché ou sur son propre pallier. Le postulat est des plus intelligents car il
concerne chaque spectateur qui se retrouve dans les rôles de voyeur, censeur,
victime d’une séquestration physique ou d’un viol moral (on fouille vos email, les tiroirs de votre chambre, vos sms et toute
votre intimité technologique)
à mesure que son identification passe par l’un
ou l’autre des deux vecteurs principaux.

Il y en aura toujours qui s’indigneront devant des récits qui ne donnent
aucune leçon de morale. Qui se sentiront salis par le détournement d’un sujet
des plus sensibles (dans la Belgique de
Marc Dutroux)
au profit de démonstrations purement scénaristiques. On
pourra critiquer les scripts qui contiennent plus de twists qu’un Jack Rabbit Contest, mais on peut
également défendre un cinéma qui joue son rôle premier de raconteur d’histoire
pour qu’on ne sorte pas systématiquement les manuels d’anatomie et les salades de Françoise Dolto chaque fois qu’un conte
évoque un ogre mangeur d’enfants.

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