Flags of Our Fathers

1945. Au cinquième jour de la sanglante bataille d'Iwo Jima, cinq Marines
et un infirmier de la Navy hissent ensemble le drapeau américain au
sommet du Mont Suribachi repris aux Japonais. L'image de
ces hommes unis face à l'adversité devient légendaire en l'espace de
quelques jours. Le gouvernement transforme ces portes drapeaux inexpérimentés en héros et leur fait sillonner le pays pour collecter des fonds …

Flags of our fathers, c'est le récit de 25 000 américains qui ont
mélangé leur viande aux tripes de 21 000 japonais dans la grande boucherie d'Iwo
Jima à la fin de la deuxième guerre mondiale. Le film s'attarde plus
particulièrement sur la prise du mont Suribachi immortalisée le 23 février 1945
par une célèbre photographie représentant 6 soldats hissant le drapeau étoilé.
Ce cliché symbolisera l'effort de guerre et permettra à son auteur, Joe
Rosenthal, de remporter le prestigieux prix Pulitzer cette année là.

Si la photo est plus ou moins
nette, son contexte est resté vaguement flou durant très longtemps afin de ne
pas occulter son symbolisme fédérateur. A l'époque, le budget des armées est
aussi sec que les joues burinées du vieux Clint et l'état compte sur la
générosité patriotique de la population. Le peuple américain est encouragé à financer
la mitraille qui trouera la panse de l'ennemi étranger. En s'attelant à la
réalisation d'un diptyque sur les héros d'Iwo Jima (des deux côtés du conflit), Clint Eastwood (Unforgiven, Mystic River) prolonge le travail de l'écrivain James
Bradley en déclinant son roman en deux versions cinématographiques. La première
adopte le point de vue américain et la seconde, Letters from Iwo Jima (février 2007) relatera les mêmes évènements tels qu'ils ont
été vécus dans le camp nippon. Fils d'un des soldats vu de dos sur la fameuse
photo, James Bradley a tenté d'élargir le cadre de l'image pour mieux
comprendre la discrétion de son père autour de cette expérience. C'est cette
enquête qui est relatée dans le film avec une narration en voix off parfois un
tantinet lourdingue. Les interviews laissent la part belle aux confessions réalité
de vieillards persuadés que nous autres, petits cons élevés aux GI Joe's, ne
comprendront jamais ce que signifie la vraie guerre. Même s'il est probable que
ces respectés radoteurs se soient arrêtés aux interprétations militaires bien
peu réalistes de John Wayne (d'ailleurs
héros du film Iwo Jima de 1949)
,
nous pouvons raisonnablement supposer qu'en déboursant 9,10€ pour le film d'un réalisateur de 76 ans, vous n'êtes pas complètement hermétiques
aux vieux qui racontent des histoires.

Couvert par la nature bipolaire
de son entreprise, Clint Eastwood peut se permettre un plongeon sans filet dans
le patriotisme exacerbé tout en veillant à défendre les américains et pas
forcément la nation à laquelle ils paient leurs impôts. Il est aidé dans son
entreprise par un vétéran de l'exercice en la personne du producteur exécutif Steven Spielberg si bien qu'a l'arrivée,
on a l'impression d'une réalisation parrainée pour la même école que Saving Private Ryan et Band of Brothers tant images,
thématiques et casting portent l'empreinte dentaire du réalisateur de Jaws.

Le choix des acteurs ne brille d'ailleurs
pas par son originalité à commencer par Adam
Beach
(Windtalkers) en indien
militaire de service qui aurait quand
même du essayer de se torcher une bonne fois avant d'essayer d'imiter les
ivrognes. Apparaissent ensuite ici et là d'autres habitués de l'uniforme comme Barry Pepper (Jackson dans Saving Private Ryan) ou Neil McDonough (Buck dans
Band of Brothers)
pour ne citer que les plus flagrants de redondance. Il
faut dire que Phyllis Huffman, directrice du casting des films d'Eastwood pendant
25 ans a claqué d'un cancer après avoir bouclé celui-ci (134 rôles parlants quand même). C'est triste, mais c'est aussi la
preuve que la gentille bobonne ne faisait peut-être plus son boulot très
fraichement sur la fin.

Flags of our Fathers en met quand même plein la vue. Je vous parle
pas d'un panier de grenades qui explosent entre deux mules mal dressées dans la
campagne d'Indigènes (Rachid Bouchareb), mais de vrai
spectacle qui égale, voire surpasse tout ce qui a été réalisé jusqu'à présent
en matière de conflit armé. Même si ces séquences sont clairement des séquelles
sémantiques du débarquement de Saving
Private Ryan,
voir ces hordes de soldats pilonner le mont Suribachi qui
trône comme un gigantesque monstre noir (seul visage visible de l'ennemi) vous
transporte dans un univers qu'on aimerait le moins réaliste possible pour
éviter que la nausée gâche le spectacle. Côté japonais, un seul chop choy aurait
suffit à interpréter tous les rôles nippons. On ne les voit pas, mais ils zigouillent
tout le monde. Ce stratagème, déjà employé par Terrence Malick dans The
Thin Red Line
est d'une efficacité redoutable tout comme le mécanique point
de vue de la mitraillette utilisé par Spielberg à la manière d'un Medal of Honor dans le soldat Ryan et
également récupéré pour l'occasion. Rien de vraiment neuf techniquement, mais
une démonstration de ce qui se fait actuellement de mieux au sommet de la
réalisation guerrière.

Dans toute cette barbarie, les
touches de sentimentalisme "holleastwoodiennes" sont parfois plus délicates à
faire passer, mais encore une fois, ces imperfections se limitent à quelques
séquences ponctuelles centrées sur l'auteur et son père mourant. L'absurdité
des symboles, l'humilité des hommes de terrain, le sacrifice patriotique et
surtout la maestria d'un réalisateur qui n'a plus rien à apprendre (double sens?) s'imposent
de manière beaucoup plus évidente.

 

 

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