Rocky Balboa
Rocky ! Rocky ! Rocky ! Rocky! ROCKY ! ROCKY ! ROCKY ! R*O*C*K*Y… Une simulation virtuelle donne Rocky vainqueur contre le tenant du titre en perte de popularité. Rocky est veuf, triste et fatigué. Il bosse dans un restaurant et son môme à honte de lui. Il traine encore avec Paulie et un laid chapeau. Il achète un vieux chien, rencontre une nouvelle poulette… et il remonte sur le ring aussi pour montrer à ce boxeur de pacotille comment cognent les vrais champions !
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Si, à l'instar d'un Clint
Eastwood, Sylvester Stallone
avait passé les 30 dernières années derrière une caméra, Rocky Balboa aurait été un grand film. Une fiction autobiographique
triste à pleurer. Le Unforgiven des
années 2000 peut-être… Mais à la différence de Clint, Sly a connu le bide et
pas seulement celui causé par le bon cholestérol d'un Copland. Il s'est pris les 10 années qui ont suivi le film de James
Mangold comme un carrousel de crochets période j'ai insulté la mère d'Ivan Drago. Et ce nouveau siècle l'a
littéralement pété contre les cordes lui fermant progressivement la porte des salles
obscures internationales. Il a connu la galère des has been, le direct to video.
Les soupers annuels organisés par Dolph Lundgren qu'il avait su auparavant poliment
boycotter. Les longues ballades nostalgiques dans les Highlands avec Lambert
qui louche. La picole l'après midi et le réveil dans du dégueulis de choucroute
pendant les soirées électorales de son ancien rival bodybuildé autrichien. Le
vent de la chance a tourné et même s'il avait pu toucher la bosse sur le front du (co)cogneur aware belge, Mafia Love et Get Carter seraient restés dans les bacs à solde parce que les
nanars, ça ne se vend plus avec les mêmes recettes qu'avant. Copland nous a
montré qu'un Stallone inspiré peut encore séduire, Rocky Balboa prouve que l'inspiration
ne suffit pas si on est maladroit avec une caméra et qu'on fait des km de
rushes sur plein de personnages qu'on exploitera qu'à moitié au moment de l'assemblage.
Voilà pourquoi un Dirty Harry de 60
piges qui annonce un western, ça force le respect. Alors que le retour de
l'étalon italien sur un ring au même âge, ça fait pouffer jusqu'au dernier
gamin de cirque. Et ils sont ingrats ces petits cons amnésiques qui n'avaient
jamais entendu parler de James Brown
avant ce 33 tours de Rocky IV découvert à une époque où c'était cool de gagner
un drapeau américain sur un stand de tir à pipe, mais que ça devenait carrément
un linceul de Turin qu'on épinglait au dessus de son lit si la gueule amochée
de Rocky était imprimée dessus (c'était lui, Madonna, une Harley ou un aigle de
toute façon…)
Ce déni de l'héroïsme 80's, Stallone ne veut pas y croire.
Il sait que Balboa (tout comme Rambo d'ailleurs) sont des figures emblématiques
qui ont, l'espace d'un instant, fait correspondre sa propre existence avec l'histoire
du cinéma. La franchise Rocky c'est même l'histoire de sa vie qui commence par
des patates dans la tronche jusqu'à cette chance de se retrouver devant les
projecteurs (Rocky I). La
reconnaissance publique couplée à celle de la profession (Oscars du meilleur
film et du meilleur réalisateur, nomination pour Stallone et les autres
acteurs) est matérialisée à l'écran dans Rocky
II qui s'achève par la victoire du challenger. La preuve que c'est
possible, qu'il a aussi droit à la récompense dorée des meilleurs (la ceinture
de champion, la statuette hollywoodienne). Arrivent les années 80 et
l'embourgeoisement des grosses stars qui incarnent le rêve américain post
guerre froide (Rocky III). Tout est
possible et rien n'arrête l'œil du tigre qui écrase le reste de l'entertainment
(Hulk Hogan, Mister T) à coups de poings et de vannes pourries, pas même cette
vague d'action men prophétisée comme une relève bon marché que personnifie le
glacial Drago(n) terrassé par un Rocky loin de chez lui (Rocky IV). Avec Rocky V,
Sly se sent plus mûr, mais pas essoufflé pour autant et il ne voit pas arriver la
gamelle sur le tabouret. Stallone n'a rien de neuf à dire à part j'ai un fils qui n'aura pas à commencer sa
carrière dans un film érotique fauché comme son papa. On nous vend ce
dernier épisode comme un passage de flambeau vers la nouvelle génération, comme
une sorte de Parrain III. La réalité
est tout autre. Rocky V acte final n'est qu'un Rocky tout puissant de plus qui va
tout perdre y compris sa crédibilité. Parce qu'en 1990, Rocky Balboa est devenu
un singe en proie à toutes les caricatures d'ivrognes braillant Adriaaaaan au
premier coup dans le nez. Du haut de sa tour d'Ivoire, Stallone ne les a pas
entendus et il garde depuis lors le goût amer du dernier acte manqué.
Pour le 30e anniversaire de la naissance de la
fausse patte la plus célèbre de l'écran, Stallone aurait pu se contenter d'un
énième coffret dvd collector avec une statuette de bronze en série limitée pour
vraiment marquer le coup, mais sa vie a tellement changé qu'il doit en
témoigner sur pellicule en mettant à jour la ligne de vie de son Alter-Ego ganté.
Souvenez-vous, Rocky est fauché. Il s'est retiré de la boxe à cause des
médecins et de sa femme qui lui interdisaient toute distribution de mandales
supplémentaires. Les premiers ne le suivent plus depuis longtemps et la seconde
est morte d'un cancer lorsque s'ouvre Rocky
VI qui préfère ne pas débuter par le final de l'opus précédent comme c'est
pourtant une tradition dans la franchise… au lieu de ça, 20 minutes de lourde
insistance sur le chagrin causé par la perte d'Adrian qui ne lui aura légué que
son abruti de frère. Le boulet violent, alcoolique et flambeur, mais toujours
impeccable Paulie (Burt Young),
véritable mascotte des 6 films qui aurait mérité un spin off à lui tout seul…
Ca commence vachement mal. C'est ça le fameux recul annoncé ? Un film
nostalgique bidon entre ralentis ringards et incrustations de flashbacks tirés
des pires karaoke de Ah-Ha ? Il
ne manque plus qu'un single pourri pour balancer le tout à la poubelle… et ce
dernier ne se fait pas attendre. Rocky est foutu dès le premier round !
D'abord proprement embarrassé (comment m'éclipser discrètement de cette salle où des grandes
personnes m'ont vu entrer des étoiles plein les yeux ?), c'est la
naïveté du débutant qui nous rattrape soudain. Toute une vie à mater ses
combats, à écouter ses leçons de vie (toutes résumées dans ce sixième opus) et
je commets encore la même erreur qu'un Apollo Creed tellement prétentieux qu'il
portera la moustache jusque dans la tombe convaincu qu'il a la classe… Rocky n'est
jamais foutu ! C'est une tactique. Il encaisse les premiers rounds. Il
fatigue l'adversaire en se faisant démonter la tête, mais quand claironne l'orchestration
de Bill Conti et que ça picote le long de la colonne et des bras du spectateur,
le boxeur puise dans ses réserves et remporte le match (surtout, ne pas chialer,
pas chialer, pas chialer, …) Après une grosse heure de n'importe quoi filmique,
d'expérimentations génétiques dans le montage et la réalisation (depuis quand
vous n'aviez plus vus de fade to blue au cinoche vous hein ?), Rocky ferme
son œil de cocker et laisse rugir le tigre.
Quelle importance que le papy acteur soit prêt à affronter un (vrai)
boxeur au sommet de sa forme en 3 minutes chrono d'entraînement clippé ?
Pourquoi chercher à comprendre comment on peut en arriver là de manière réaliste dans une ère
post-Tyson (qui a un court cameo dans le film) ? Tant que le Balboa sautille en haut des marches en survet' gris et qu'il fait des pompes dans la neige le
contrat est rempli non ? Vous étiez vraiment venus chercher autre chose
que ce combat qui tient toutes ses promesses ? Voir le vieux Stallone
gonflé comme une masse de ganglions difforme mettre des pains monstrueux dans
un match de boxe qui a tout l'attirail de la modernité, c'est comme être témoin
de la résurrection de Jean Paul II en plein Jubilé 2010 ! On est entre
miracle (j'ai été pisser, comment il est arrivé là lui ?) et la réalité la
plus actuelle de la boxe depuis le lieu (Las Vegas) jusqu'au sponsoring des
.com et des chaînes de télé omnipotentes. L'entertainment jubilatoire pur passe par la réalisation syncopée des jeux vidéo (le postulat même du film !)
et la tension étirée jusqu'au dernier round comme un slip kangourou qui renoue
avec la gaule d'antan… Elle est là la véritable fin de Rocky ! C'est
primaire. Efficace. Imparable. Comme un coup dans la gueule finalement.
Le troisième acte termine les sceptiques à la baïonnette,
mais réconcilie Stallone avec ses fans de la première heure (juste eux malheureusement). L'affrontement (d'exhibition)
s'achève sur un score sans importance et il a beau être aussi injuste que la
victoire sur papier d'Apollo trois décennies plus tôt, tout le monde s'en cogne
et c'est carrément l'effet recherché. L'absence d'enjeu la plus
autobiographique de ma petite histoire du cinéma. La seule ambition de Rocky
Balboa, c'est l'ovation populaire, une drogue que Stallone retrouve artificiellement
en mettant en scène lui même sa vision tronquée de ses heures de gloires. Et le
fan n'est pas plus con qu'un autre, mais quand il voit 10 000 figurants acclamer
un champion ensanglanté, il se lève et il frappe dans les mains, noyant sans
vergogne le bruit de ses applaudissement dans le brouhaha ambiant et tans pis
pour Adrian (Talia Shire) qui aura
préféré snober un mauvais film pour louper ce grand moment !


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