Clap Your Hands Say Yeah: Some Loud Thunder
La gueule de bois, grand moment de solitude chez l'être
humain moyen, est une véritable torture pour le corps et l'esprit. Après une
soirée particulièrement arrosée, on se traîne généralement comme une âme en
peine, du lit au divan, en murmurant à qui veut l'entendre qu'on ne touchera
plus de sa vie au moindre verre à teneur même approximative en alcool. La barre
au front, les sueurs froides, l'estomac douloureux, l'esprit lent et embrumé, tout
est là pour nous rappeler que l'abus de boisson qui semblait si judicieux la
nuit précédente se révèle au final une plus que mauvaise idée.
Pareil parallélisme doit clairement s'être imposé à l'esprit
d'Alec Ounsworth, frontman et
compositeur éclairé des Clap Your Hands
Say Yeah, à l'aube de la gestation du deuxième album. Après l'euphorie suscitée
par leur premier disque, l'éponyme et formidable Clap Your Hands Say Yeah,
condensé de ce qu'il se fait de mieux au pays des merveilles de la pop bricolée
et sautillante, après les critiques dithyrambiques, les tournées triomphales
(même si leurs prestations scéniques laissent clairement à désirer), après les
récompenses de tous poils et les cohortes grandissantes de fans en délire, il
semblerait presque logique, voire réconfortant, de constater la mise en perce d'un
tonneau du même breuvage chaleureux et long en bouche. Mais il n'en est rien. Some
Loud Thunder sonne plutôt comme un lendemain de fête, entre regrets,
gravité et mélancolie. Au final, tout aussi passionnant dans un autre registre.
La pochette donne immédiatement le ton. Plus de partouze
extatique sur fond criard ici, les visages se veulent monochromes et sombres.
Musicalement aussi, la différence est sensible. Passés les contours familiers et
rassurants du passé (Satan Said Dance, digne progéniture
bondissante et effrontée des augustes singles du premier opus
et Some
Loud Thunder, son jumeau maléfique aux faux airs crades et débraillés),
on progresse en eaux troubles, entre introspection (Mama, Won't You Keep Them
Castles In The Air And Burning et son décor musical tout en échos et
vibrations), émotion (magnifique Love Song No.7 où l'on croise les
fantômes dépenaillés et trébuchants des Beach
Boys et de Supertramp ou Five
Easy Pieces qui, telle une empreinte laissée dans le sable balayé par
la mer, s'estompe lentement) et agitation (Goodbye To Mother And The Cove, tonitruante
montée d'acide, dense et puissante). Soutenues par la production du décidemment
génial Dave Fridmann, les chansons
prennent de l'ampleur, de la majesté, tout en conservant l'aspect « bout
de ficelle » qui ont fait le succès de leurs aînées.
On avait beaucoup tapé des mains (et des pieds) à la sortie
du premier disque des Clap Your Hands
Say Yeah. De battements, il s'agit toujours ici. Mais c'est plutôt à ceux
du cœur qu'Ounsworth et sa bande ont
cette fois décidé de s'attaquer. Yeah.


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