The Last King of Scotland
Dans les années 70, Nicholas Carrigan, un jeune médecin écossais fraichement diplômé s'installe en Ouganda pour exercer son métier avec un rêve d'exotisme et de cause humanitaire. A l'époque, le général Idi Amin Dada prend le pouvoir du pays et décide d'engager Nicholas en tant que médecin personnel. Le chef d'état a la folie des grandeurs, mais son obsession tourne lentement au piège cauchemardesque pour le jeune idéaliste écossais…
Derrière une belle gueule de con, Forest Whitaker, 46 ans, a su démontrer une capacité de composition unique pour un
acteur qui physiquement n'a rien pour lui. De BIRD (Clint Eastwood) à GHOST DOG (Jim Jarmusch) en passant par GOOD
MORNING VIETNAM (Barry Levinson), ce diplômé en musicologie alterne dans sa
filmographie des personnages aussi complexes que singuliers que ce soit chez
Oliver Stone (PLATOON), David Fincher (PANIC ROOM), Abel Ferrara (BODY
SNATCHERS, MARY) ou encore Scorsese (THE COLOR OF MONEY) et Neil Jordan (THE
CRYING GAME). C'est peut-être l'ensemble de cette carrière unique pour un homme
majoritairement resté dans l'ombre du star system qui a été récompensé par le Golden Globe du meilleur acteur en
2007. On pourrait facilement se faire à cette idée si son interprétation ambivalente
du dictateur Idi Amin Dada n'était
pas aussi bluffante de quérulence. Son personnage dégage un charisme d'autant
plus troublant qu'il émane d'un gros
lard cramé dont les globes oculaires se comportent comme les bras de Joe Cocker
!
Basé sur une période aussi sanguinaire que réelle de l'histoire
de l'Ouganda, THE LAST KING OF SCOTLAND est d'abord un roman salué lors de sa
parution en 1998. L'adaptation cinématographique qu'en fait le relativement novice
Kevin MacDonald est un modèle de
dosage savant qui transforme une simple transposition en œuvre immortelle à
part entière. Un fou blanc au pays des noirs, une femme affolante (Gillian ex Agent Scully Anderson) et des gros morceaux de
thriller sur fond de génocide historique sont autant d'éléments qui figuraient également
au programme du nauséabond BLOOD DIAMOND . Mais à la différence d'Edward Zwick, MacDonald n'utilise pas
le contexte dramatique pour mettre en valeur le rapport fictif entre ses
personnages. Il ne nous force pas non plus à avaler une idéologie morale qui
pue la naphtaline Hollywoodienne. Le réalisateur écossais attaque plutôt son récit de l'intérieur. Il se
sert d'une relation inventée (le jeune médecin magnifiquement incarné par James McAvoy n'a jamais existé) pour faire
éclater la froideur nue des faits vérifiés, seuls messages du film ! La
prise de conscience de l'audience agit comme une bombe à retardement. On entend
vite le tic tac, mais seulement pour ajouter la crainte au choc de l'explosion
en cours de 3e acte. Détonation lente dont les retombées font encore
des ravages durant l'épilogue manuscrit qui introduit le générique final.
MacDonald ne juge pas ses personnages. Il nous laisse le
soin de cette tâche salie par une (symp)apathie pour cette folie qu'on pensait
douce et qui égale en réalité la névropathie meurtrière d'un Hitler, d'un
Staline ou d'un Mao. Sa réalisation est précise et les images saturées d'Anthony Dod Mantle (DOGVILLE, 28 DAYS
LATER), ont un cachet parfois proche du documentaire rehaussé par la
consistance d'un tournage en Ouganda dans des décors réels. Le choix de la
bande originale, mélange de rock hippie et de beats africains endiablés apporte
la touche de rythme que les orchestrations commandées par Zwick sur BLOOD
DIAMOND ont contribué à plomber. D'un point de vue scénaristique, les clichés
narratifs servent le récit à tous les niveaux (voir comment est exploité le ressort de la trahison adultérine pour
imposer l'horreur de la réalité au personnage principal) et la violence n'est
utilisée que pour mieux imprimer la rétine d'images rares, mais persistantes
comme ce corps cousu à l'envers ou cette pendaison au crochet, échantillons d'une
horreur multipliée par 300.000, nombre affolant des victimes qui se sont
silencieusement accumulées hors champs.
Facile à voir. Difficile à regarder. Impossible à oublier. THE
LAST KING OF SCOTLAND est assurément l'une des meilleures surprises de ce début
d'année !


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