Grinderman: Grinderman
Cela commence par l'harangue d'un Nick Cave, visiblement énervé,
ponctuée par un cinglant « Motherfuckers ». S'ensuit un mur de
guitares acérées proprement terrifiantes et des percussions façon Sympathy For The Devil. D'emblée, Grinderman annonce la couleur. On est loin
des complaintes que le Cave, accompagné de ses Bad Seeds, a coutume de composer. Ici, on parle de Rock N'Roll
bestial, brutal, bruyant et sans concession.
Certainement
parce qu'il est parfois bon de se retrouver en famille, notre australien, qui
arbore maintenant une moustache digne de celle de Wild Bill Hickok, s'est
entouré de trois « mauvaises graines », à savoir Warren Ellis, Martyn
Casey et Jim Sclavunos. Dans ces conditions, pourquoi proposer un album sous un
nouveau nom ? Malgré d'inévitables
rapprochements (le timbre de voix inimitable de Nick Cave ; la ballade Man In The
Moon, digne du meilleur de l'album The Boatman's Call, ou encore I
Don't Need You (To Set Me Free), qui évoque à certains moments The
Weeping Song), il apparaît clairement que l'approche musicale du
quatuor se démarque de celle des Bad Seeds. Avec Grinderman, on a beaucoup plus
l'impression qu'il s'agit de l'œuvre d'un groupe et non d'un leader
charismatique accompagné de ses musiciens. Surtout, là où la musique des Bad
Seeds s'articule autour des claviers, celle de Grinderman fait exploser les
guitares. No Pussy Blues, le premier single, alterne les climats
inquiétants et les torrents de guitares wah wah stoogiennes. Sorte d'invitation
au périple dans les territoires les plus reculés et arides du désert
californien, Grinderman (la chanson) aurait pu se retrouver sur la B.O du Dead Man de Jim Jarmusch composée par Neil Young. Quant au bien nommé Love
Bomb ou Honey Bee (Let's Fly To Mars), ils sont dignes des classiques
de Rock Garage des fameuses compilations Nuggets.
Inévitablement, ceux qui avaient découvert le Cave avec Where The Wild Roses Grow, son tubesque
duo chanté en compagnie de la belle Kylie Minogue, risquent d'être surpris,
voire désemparés. Pourtant, avec Grinderman, le quatuor concrétise de manière
beaucoup plus radicale la tendance générale qui se dégageait du dernier opus
des Bad Seeds, Abattoir Blues/The Lyre Of
Orpheus, à savoir un retour à l'énergie Rock N'Roll. Parfois stoogiennes,
parfois proches de Neil Young et de son Crazy Horse, les chansons de Grinderman
se déchaînent dans un délire Rock Garage efficace et varié que l'on rangera
volontiers aux côtés des premiers PJ
Harvey. Cette première tentative prouve une fois de plus le feeling et le
talent du Cave, cet homme à tout à faire du Rock qui, de The Birthday Party aux Bad Seeds, en passant par ses différentes
collaborations, peut se vanter de mener une carrière d'un très haut niveau
depuis plus de 25 ans. Qui dit mieux ?
No Pussy Blues


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