The Besnard Lakes: Are The Dark Horse
En s'exclamant « Attention
grand disque », on crie souvent au loup. Trop de parasites commerciaux ou
intellectuels rentrent en ligne de compte. Le plus difficile vient quand il
faut expliquer pourquoi on défend bec et ongles un objet si peu enthousiasmant
de prime abord. L'analyse lieu et musique s'impose. Il n'y a que cela qui
compte finalement.
L'histoire pop rock ne
serait-elle qu'une affaire de scènes ? L'étincelle surgit dans des
endroits souvent improbables (San Francisco, Detroit, Manchester, Seattle et
plus récemment Stockholm). On vous épargne la thèse philosophique du pourquoi
du comment de l'apparition du virus créatif. L'actualité pressante du brûlot le
plus attendu de l'année fait maintenant de nouveau pointer les loupes sur
Montréal. Avec des labels incroyables comme Constellation ou Jagjaguwar, la
cité canadienne est un véritable laboratoire sonore sans limites créatives. Et
surtout une machine à pondre des disques essentiels. En voilà un de plus.
Montréal n'est pas un lieu commun. On le savait
déjà.
Avec comme seule et unique promo
leurs chansons et leurs gigs, The
Besnard Lakes forment un sextet, un tiers féminin deux tiers masculins,
issu de l'écurie Jagjaguwar, chantre d'un psychédélisme classieux et d'une pop savoureusement
difficile à accaparer. Tout est réuni ici pour plaire aux trifouilleurs
patentés du passé. La liste des influences rencontrées est plus longue que la
discographie des Guided By Voices ou l'affiche du Dour Festival, les citer
toutes relève de l'impossible. En mixant tous ces classiques prestigieux, le
sextet de Montréal ne fait que reculer pour mieux sauter. Ils sont seulement
parvenus à créer une harmonie musicale qui colle à l'air du temps de manière
parfaite. Notre époque où tout est dit, mais où le talent existe encore et
l'attente est énorme.
Absolument indispensable comme
lien entre le Methodrone du Brian Jonestown Massacre et le Phoenix album des formidables et
largement sous-estimés Warlocks dans
la mp3 thèque du parfait freak psyché version années 2000, Are The Dark Horse est un
véritable ramassis de morceaux à tomber par terre. Pas juste un blind test pour
érudits rock. Représentant le yang destructeur,
Devastation
est le single parfait pour une soirée de fin du monde. Disaster en est la face B yin apaisante et
idéale. On Bedford and Grand brille par son efficacité redoutable et For
Agent 13 par sa beauté dévastatrice. Et que dire du superlativement
inspiré And You Lied To Me? Cette réelle tuerie démarre en mode mineur avec
un synthé rappelant les Bad Seeds en
arrière plan. La rythmique en béton armé qui suit, que seul le vicieux solo de
guitare (l'ange Neil Young de Zuma passe) parvient à transpercer,
parachève le travail de gravure intemporelle.
Lu sur leur MySpace : « It
seems true spies are rarely happy. Some are even driven to the point of
suicide. It's hard to keep secrets. Especially from the ones you love. Follow
the Dark Horse. The flames will be your guide ». Nos instincts intellos égoïstes
nous font espérer que cela ne fonctionne pas pour eux. Dans le monde de
l'intelligentsia musicale, le culte prévaut sur le populaire. La déclaration de
bonnes intentions qui précède met fin aux hésitations les plus égocentriques. Ne
suivez pas le cheval sombre. Chevauchez le allègrement. Il vous mènera brûlés
vifs de bonheur vers la toute grande classe rock n roll. Simplement.


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