Arctic Monkeys: Favourite Worst Nightmare
Les Arctic Monkeys
ont un côté très énervant. Réussir, à 20 ans à peine, un album de la trempe de Whatever
People Say I Am, That's What I Am Not, condensé brillant de rock énervé
mâtiné de mélodies pop imparables, sans effets de manche, sans déclarations
tapageuses dans la presse britannique, sans looks branchés à deux euros, sans
déballages nauséabonds de relations intimes contre-nature avec l'un ou l'autre top
model famélique en manque de publicité laisse un champ d'action
exceptionnellement étroit en matière de critiques, qu'elles soient
constructives ou simplement bêtes et méchantes. Une aura de premier de la classe
qu'on jalouse secrètement et qu'on attend de pouvoir égratigner à la première
occasion. Et lorsque arrive l'exercice fatidique du deuxième album, les prédictions
des « Paco Rabanne » cyniques que nous sommes ne sont guère
optimistes et prévoient déjà la chute avec pertes et fracas de cette station
orbitale qu'on n'estime pas encore à l'abri d'une panne impromptue de tuyères.
Les premières écoutes de Favourite Worst Nightmare
paraissent de prime abord conforter l'idée d'un tel scénario catastrophe. Si
l'on retrouve ça et là les riffs accrocheurs, la rythmique survoltée et les paroles
ironiques et gouailleuses de son prédécesseur, pas de véritables (r)évolution
en vue. En témoignent un Brianstorm efficace mais sans
surprise ou un Teddy Picker qui semble directement sorti des chutes de Whatever…
Pire, on se prépare même à prévenir Houston de l'imminence du crash, le manuel
d'atterrissage d'urgence coincé entre les genoux, sur le très mauvais Only
Ones Who Know, ballade sirupeuse sans intérêt. Certes, le groupe a
gagné en maturité, la production en clarté et finesse mais l'effet de surprise
du premier album paraît définitivement dissipé. Dans le domaine, seul le sauvage
D
Is For Dangerous et son épatante confrontation de voix éraillées et
mordantes tire véritablement son épingle du jeu.
Ce n'est qu'au prix d'efforts d'attention répétés qu'on met
finalement la main sur les clés des moteurs de secours qui vont permettre à
l'entreprise de retrouver son orbite de croisière. Car c'est finalement à
travers ses morceaux les moins évidents que l'album trouve toute son
amplitude : le très beau Do Me A Favour et ses esquisses
psychédéliques entre montée, retombée et big bang définitif, This
House Is A Circus et son riff d'intro entêtant, le formidable If
You Were There, Beware, petite merveille d'imprévisibilité tantôt miel
tantôt moutarde, le presque « rapturesque » Old Yellow Bricks, autant
d'ovnis (comparés aux singles assassins des débuts) qui démontrent avec panache
que les rookies d'Arctic Monkeys ne
seront définitivement pas que les cosmonautes d'une seule mission. A condition
bien entendu de continuer à éviter soigneusement la sécurité bienveillante de
l'astronef au profit d'autres sorties hasardeuses dans l'espace.
Brianstorm


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