Dinosaur Jr: Beyond
A l'image du minuscule moustique chargé en oligo-éléments et
autres ADN de saurien qui allait, par un incroyable concours de circonstances, foutre
un sacré bordel sur Isla Nublar (référence tellement bateau dans le cadre
précis de cette critique qu'on ne vous fera pas l'insulte d'expliciter, sauf
peut-être dans le titre pour les plus bouchés), il semblerait que le trio à la
base des désormais légendaires Dinosaur
Jr ait passé les 17 dernières années enfermés dans un gigantesque bloc de
sève de baobab fossilisée. Car, hormis la bedaine désormais proéminente de Lou Barlow, la blancheur de la tignasse
de Jay Mascis et le crâne lisse de Murph, force est de constater que la
recette qui fit fureur dès 1985 n'a pas évolué d'un pouce, avec tout ce que
cela comporte comme petites joies et grandes frustrations.
Difficile dans un premier temps de ne pas succomber, les
yeux embués de larmes de nostalgie, à cette pochette d'un autre âge, à cette
voix douce et plaintive reconnaissable entre mille, à ces irrésistibles mélodies
basiques, à ce recours obsessionnel et abusif au solo de guitare. Porter sans
sourciller le concept d'immobilisme à un tel niveau stratosphérique relève
définitivement du génie. Dans le domaine, on retiendra tout particulièrement
les Almost
Ready, Crumble ou Been There All The Time, parfaites
petites illustrations de ce refus (assumé) d'évoluer. Et lorsque le trio se
livre, sur le magnifique I Got Lost, à un dégraissage en
règle des gimmicks qui ont fait leur renommée, on assiste à une diaboliquement
poignante mutation qui laisse véritablement sans voix.
Mais l'ensemble a les défauts de ses qualités et résiste
difficilement aux écoutes multiples. L'extase des premiers instants se
métamorphose assez vite en atroce lassitude. On tourne tellement en rond qu'on
finit par en avoir mal au cœur. D'accord, ces dinosaures là ont gardé toute la
spontanéité et la naïveté de leur jeunesse mais ils appartiennent dorénavant
plus aux vitrines poussiéreuses d'un musée d'histoire naturelle qu'aux grands
espaces où ils régnaient en maîtres il y a maintenant près de deux décennies.
Depuis tout ce temps, suffisamment de météorites sont tombées sur le petit
monde du rock pour enterrer définitivement tout intérêt envers une entreprise
aussi vaine.
Le clip de Been There All The Time réalisé par Matt Dillon avec un cameo de Thurston Moore


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