Electrelane: No Shouts No Calls
It's A Man's Man's
Man's World chantait le bastonneur soul. Pour exister dans la grande
confrérie du prêt à hurler, les filles n'ont souvent eu que trois solutions.
Surenchérir, s'aplatir ou charmer. Seules à la manœuvre, ces demoiselles
s'engouffrent souvent dans la brèche du toujours plus. Plus grunge avec L7, plus punk avec les Slits, plus vulgaire avec Peaches. Le mouvement Riot Grrrl cristallise toutes ces
envies de révolte. Intéressant musicalement mais toujours dans la surenchère et
le rapport de force. Lorsqu'elles s'acoquinent avec guitar heroes ou chanteurs
poseurs, le rôle de bassiste porteuse d'eau (D'Arcy des Pumpkins) sans la moindre exposition médiatique leur est
souvent assigné. Et si le plaisir des yeux est au rendez-vous, le parachutage par
le label au poste de boniche pour promo ne se fait pas attendre. Prenez Texas. Mais là on ne parle déjà plus de
rock n roll.
Et puis il y a les groupes de femmes, engagées au quotidien,
qui, quand il s'agit de musique, préfèrent s'en tenir à ce strict domaine. Electrelane est de ceux là. Et l'on ne
va pas s'en plaindre. A vrai dire que leur musique soit jouée par des pansards
chevelus et repoussants tout droit sortis de leur grotte, des otaries savantes
ou des mutants de l'espace, on s'en fout complètement. Le groupe de Brighton
fait partie de cette poignée de groupes contemporains absolument indispensables,
et c'est tout ce qui importe.
Si le précédent album Axes était tortueux comme une route
de montagne, No Shouts No Calls ressemblerait plus à une autoroute à deux
bandes. Exit les longues intros et passages expérimentaux. Synthés vintage et
guitares acérées restent omniprésents mais dans un format pop. Si on devait
étiqueter ce fantastique condensé de styles musicaux, le qualificatif post pop rock
sixties moderne pourrait très bien convenir. Le ratissage d'influences est
large donc mais reste tout à fait cohérent. Intro à la Pavement
(After
The Call), ligne de basse estampillée Arcade Fire (To
The East) et impression touchante comme du Stereolab dans la voix (The Greater Times). Les
inconditionnels du côté aventureux de Axes trouveront leur bonheur avec Five.
Une envie légitime d'atteindre la consécration doit être à
l'origine de ce resserrement de boulons. Quel dommage qu'Arcade Fire ait annulé sa tournée européenne. Electrelane aurait peut-être pu, fort de ce No Shouts No Calls
ébouriffant de bout en bout, toucher le jackpot en première partie. Indispensable
on vous dit.
To The East


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