Battles: Mirrored
Dans les bureaux virtuels de Kweb, on se plait à vanter son éclectisme
musical : ça parle pop, ça réécrit l'histoire du hard, ça se chamaille sur
qui est le meilleur groupe des sixties (les Kinks ou les Who ?),
ça fantasme sur les nouveautés electro, ça se marre quand un tube hip hop
rigolard vient faire siffler nos oreilles,… Par contre, chacun s'accorde à dire
que l'on déteste le prog. Oui, vous voyez, le rock progressif. Vous savez, cette musique incompréhensible qui
part dans tous les sens sans raison valable. Tous ces groupes seventies qu'adorent
les informaticiens binoclards qui se retrouvent dans les bois le samedi soir
pour jouer des personnages médiévaux avec capes et épées. Genre Yes
ou Jethro
Tull par exemple. Ces groupes portant barbes et pulls en peau de lama
incapables de caser un solo de guitare (voire de flûte à bec) sur moins d'une
face d'un LP. Ceux avec des pochettes
immondes, style heroic fantasy,
là. Vous connaissez sûrement. Votre papa en cache sans doute l'un ou l'autre
dans le grenier…
En filiation directe mais moins socialement dévalorisant, le math rock n'est pas en reste en matière
d'onanisme ostentatoire. Tenant son patronyme de ses structures rythmiques
complexes en marge du standard 4 mesures de 4 temps invariablement appliqué aux
musiques populaires depuis des lustres, le rock dit mathématique s'avère souvent au moins aussi chiant que le rock dit progressif. A cela près qu'au bout d'une
lune, un représentant de la vague math semble se souvenir qu'aux plaisirs
solitaires, il est plus sain de substituer un bon vieil échange de fluides et
d'émotions fortes avec un partenaire de son choix, en l'occurrence ses
auditeurs. Et dans le registre, Battles
semble faire office de Don Juan.
Porté depuis 2004 par une hype gonflée par une série de EP aux noms
alphabétiques codés (quoi de plus étrange pour un groupe plutôt porté sur le calcul
mental…), le quatuor new-yorkais ne se retrouve pas dans l'étiquette math, même s'il compte en son sein un
repenti du genre (Ian Williams de Don Caballero) aux côtés d'un batteur
transfuge des cogneurs de chez Helmet
et du cerveau du groupe Tyondai Braxton,
fils d'un musicien de jazz avant-gardiste (tout s'explique…). Si Battles se
veut bien l'apôtre d'une musique ultra-technique à mille lieues de l'hédonisme
rock'n'roll, par chance, il se garde bien de s'empaler lamentablement sur deux
écueils minant inéluctablement le style : le passéisme maladif et le repli
sur soi. Certes, Battles, groupe rock à guitares et batterie peu avare en
électronique, produit des morceaux longs et en évolution perpétuelle, mais il évite
de nous imposer les gimmicks des guitar
heroes dont les posters ornaient les murs de leurs chambres d'adolescents.
Au culte de l'ego, se substitue enfin une véritable volonté de partager une
émotion. Finalement plus proche des orientations post rock (Tonto
lorgne vers un Tortoise), trip hop (Red Snapper en tête) voire indé (le spectre des sous-estimés Rollerskate Skinny hante Bad
Trails), désormais rehaussée d'étranges vocalises (certes obscures,
inquiétantes et infantiles), la musique de Battles touche. Et si tant de
strates dans les mélodies ne nous épargnent pas l'un ou l'autre moment
grand-guinolesque (Rainbow, Ddiamondd), on reste tout de même
scotché par le voyage intersidéral que propose l'équipage du vaisseau Battles. Bien
que déconseillé aux âmes sensibles (si tu aimes Hélène Séguara ou Crazy Frog,
passe directement ton chemin), le vieux
rêve de l'Homme, le voyage dans l'espace, est désormais à portée de main. Il
suffit d'appuyer sur le bouton play.
Atlas


Ajouter un kommentaire