Persepolis
De son enfance à Téhéran sous le régime du Shah puis sous la République Islamique
à ses premiers pas dans l'âge adulte en passant par son adolescence en Europe
en plein conflit Iran-Irak, récit de vie de Marjane Satrapi, aspirante au
bonheur et à la liberté.
Autant le dire d'emblée, le PERSEPOLIS de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud sera à tous les coups perçu différemment selon
que l'on a lu ou non la bande dessinée dont il est adapté. Parue à l'époque la
plus faste de la maison indé l'Association, PERSEPOLIS est d'abord et avant
tout une fantastique saga historico individuelle qui se hissait très près des
chefs-d'œuvre du maître du genre : David
B. C'est dire le niveau de cette quadrilogie que David B. lui-même consacra,
en la préfaçant, comme la première véritable bande dessinée iranienne.
On attendait donc beaucoup de cette adaptation et on avait
tort. Les tares de PERSEPOLIS, le film, tiennent au fond à des éléments très
simples. A commencer par les voix. Si Danielle
Darrieux s'en tire plutôt bien, on ne peut pas en dire autant de Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve ou de la gamine qui
fait Marjane enfant, encore moins des voix attribuées aux seconds rôles et
figurants animés. Mécaniques, trop écrits, les dialogues figent le récit, en
sabotent l'énergie, un comble pour un médium animé ! Pareil pour
l'animation d'ailleurs. On est loin de l'extase ressentie et proclamée haut et
fort par un Joann Sfar comme souvent
excessif au moment du Festival de Cannes (si on était mauvaise langue, on
dirait qu'il aurait mieux fait de s'appliquer un peu plus dans ses piètres humeurs
bd de narrateur de Cannes dans le programme quotidien du festival distribué
chaque matin sur la croisette). Fidèle et plaisante à première vue, elle peine
à se réinventer et à dynamiser la narration sur la longueur comme c'était le
cas pour le dessin de Satrapi au fil des quatre volumes de la bd.
La transposition à l'écran a évidemment exigé de nombreuses
coupes dans l'histoire originelle mais, plus que cet amaigrissement forcé du
récit, c'est surtout sa soudaine linéarité qui dérange ici. Impossible en effet
de rendre l'éclatement narratif que permettait le médium bande dessinée.
PERSEPOLIS, la bd, était un incroyable amas de fragments (historiques, autobiographiques,
oniriques) qui, assemblés, formaient un ensemble aussi puissant que cohérent. A
la figure du puzzle géant se substitue celle, tellement plus pauvre, de la
ligne du temps ou de vie. La voix off omniprésente comme dans le livre en devient
paresseuse, ennuyeuse voire infantilisante tandis que l'imaginaire (et donc la
profondeur) de la bd en prend un fameux coup dans l'aile.
Puisqu'on parlait de Sfar, gageons que l'adaptation cinématographique
de son Chat du rabbin (avec la
contribution, notamment, de Blain et Prudhomme au dessin, mais aussi de Satrapi
comme conseillère artistique) s'avérera plus réjouissante. Rien n'est moins sûr
pourtant. Les chefs-d'œuvre de la « nouvelle bande dessinée » n'ont pas
besoin du cinéma pour exister pleinement et cet intérêt subit pour le septième
art ressemble cruellement à un manque d'inspiration. A quand en effet un nouvel
album inspiré signé Sfar ou Satrapi ?


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