The Tellers: Hands Full Of Ink
Méthode
permettant de déterminer le profil psychologique d'un criminel, le profilage
est bien connu des amateurs de téléfilms policiers de seconde zone. Pour plus
de détails, les autres se brancheront sur les chaînes populistes à une heure de
grande écoute dans le but de voir le gros Roger Hanin en commander un. Appliqué
au cas qui nous occupe, la discipline pourrait nous dire à quoi ressemble le
détracteur-type d'un groupe comme les Tellers.
Faute de moyen, de temps et d'amis PJistes, votre hôte s'y collera donc seul…
La petite trentaine fermement ancrée dans ses groupes adolescents, notre
irréductible rejette en bloc toute forme de nouvelle vague (new rave, electro, Ed Banger,…), les
qualifiant dans ses bons jours de sous-ersatz (si par malheur, une petite
vieille a eu le malheur de le retarder alors qu'il achète ses clopes au coin de
la rue, ceux-ci deviendront automatiquement des « sous-merdes »). A
l'opposé, paradoxalement, il s'offusque et crie au plagiat dès que quelques
jeunots se permettent l'impudence d'aller chercher leur inspiration auprès de l'une
de ses idoles obscures. Reconnaître quelque vertu à un groupe local ? Qui
puise allègrement dans la discothèque à papa ? Qui en plus se permet
l'audace d'avoir un look ? Non mais, oh la… Bref, si l'esthétique un
peu toc, style « bohème des beaux quartiers » de ces deux Tellers
prêtera effectivement quelque peu à sourire, cette vendetta permanente de la
soi-disant intelligentsia indé à l'égard des « espoirs de la scène
belge » a plutôt tendance à agacer sur la longueur. Car oui,
il y a du bon, comme du mauvais, en francophonie belge. Comme partout ailleurs.
Et cracher dans le potage avant même d'y avoir goûté semble parfois relever du
sport national en ces contrées.
Indépendamment
de tout esprit revanchard, il faut le reconnaître, les Tellers ont du talent et
62TV a bien flairé le coup. Après un premier EP sorti en 2006 dont la fraîcheur
avait bluffé tout le monde (il en fallait du cran pour débarquer à 20 ans sur
la scène rock avec un projet quasiment acoustique), la question fatidique se
lisait sur toutes les lèvres : tiendraient-ils sur la longueur d'un
album ? Le projet sympa pouvait-il se muer en valeur sûre ? La réponse
est simple et positive. Conscients de la monotonie relative de leurs guitares
sèches, les deux brabançons ont clairement cherché à enrichir leurs
compositions. Avec succès, a-t-on envie de dire. Basse, batterie, harmonica,
chœurs viennent désormais parcimonieusement, mais toujours avec brio, supporter les
guitares mélancoliques de Charles et l'irrésistible voix de moineau tombé du
nid de Ben (qui bizarrement ont perdu leurs noms de famille dans la promo…).
Plus important évidemment, le quidam qui aime un tant soit peu les mélodies
catchy mais pas pour autant conquérantes ne s'y trompera pas. Il y a dans ces
compositions bien torchées quelque chose du grand huit permanent de nos cœurs
adolescents. Beaucoup d'amourettes primesautières (If I Say, Confess,
Memory), parfois déçues (Want You Back) ou déchirantes (Hugo),
du spleen à pleines poignées (Second Category), des potes qui
déconnent (He Gets High). Alignés les uns après les autres sans véritable souci
narratif, ces instantanés un peu jaunis évoquent
immanquablement les Babyshambles sessions d'un certain Pete Doherty (ces bootlegs enregistrés à gauche et à droite pendant
la brève carrière des Libertines). Et
même si les comparaisons avec Dylan
ou Violent Femmes trouvées dans leur
bio prêtent évidemment à sourire tant le projet semble encore juvénile et
perfectible, ce Hands Full Of Ink est au final une agréable cure de jouvence qui
nous rappelle ces heures passées, les mains pleines d'encre, à tatouer le nom d'idoles,
réelles ou de papier glacé, sur les bancs d'un collège où les jours passent bien
trop lentement pour des cœurs adolescents prêts à exploser. Prière de laisser
exploser.
Second Category


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