Animal Collective: Strawberry Jam

Panda
Bear, Geologist, Avey Tare et Deakin sont les rois du faux semblant. Pseudos
bidons pour biographie mensongère : ils se prétendent quatre amis qui
aiment jouer de la musique, regarder des films et pratiquer le soccer. Pour
peu, on les prendrait pour les écervelés de Chumbawamba ! Mais ne nous y trompons pas, si on les laissait
faire, cet art de masse simple par excellence qu'est le football deviendrait
une suite de passes latérales et de dribbles insondables sans la moindre
concrétisation orgasmique. Le cinéma serait aussi fécond que les longues
traversées de couloir d'ELEPHANT. Un album de musique ne serait qu'une suite de
morceaux ineptes, vociférations brutales et plaintes lancinantes sur fond de
synthés cheap et de rythmique déstructurée. Et la manipulation continue avec l'intitulé :
Strawberry
Jam
. Bien plus torturé que le précédent Feels, il ressemble plus à l'huile de foie de morue de votre
grand-mère qu'à une quelconque sucrerie. Servie dans les écoles, cette confiture indigeste ferait
passer des nuits d'insomnie à pas mal de marmots :
chamailleries paranoïaques (Peacebone), châtiments corporels (Cuckoo Cuckoo), messes cauchemardesques (For Reverend Green) et feu d'artifice lugubre (Fireworks) au programme.

Avec
le label experimental folk tatoué en
grosses lettres sur chacun des membres du troupeau, Animal  Collective a acquis
une aura clinquante dans nombre de medias branchouilles. Sans vouloir jouer aux vieux réacs, gageons que le folk reste tout de même basé sur un principe
fondamental : la
mélodie. Car même en faisant très humblement partie du petit
monde de la contre-culture, on se plait toujours à ressasser inlassablement une
chanson des journées entières, dimension élémentaire que la musique d'Animal
Collective n'arrive simplement jamais à atteindre. Le contraste est gênant
évidemment. S'il faut bien lui reconnaître son caractère singulier, on n'est
pas non plus obligés de tomber en pamoison devant cette démarche artistique qui, certes, ne laisse pas indifférent mais a surtout le don
d'énerver copieusement.

Les
plus belles plaques sont souvent celles qu'on a du mal à accaparer dès le
départ et qui se révèlent au fur et à mesure des écoutes, dit souvent le mélomane
averti Lambda. Eh bien, une fois n'est pas coutume, on ne changera pas d'avis :
ce Strawberry Jam est intolérablement
irritant, même au bout de longues et nombreuses séances de torture. A
conseiller à tous les apprentis enculeurs de mouche à qui le monologue final du
Ulysse de James Joyce a tiré une
larme ou à ceux qui n'ont pas compris la blague du Monochrome de Whiteman…

 

                                                                 Peacebone

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