Mr Brooks
Le jour, Mr Brooks est un riche homme d'affaire respecté par sa famille et par ses pairs. La nuit, Brooks tue pour le plaisir, hanté par Marshall, sa part obscure qui le pousse à rechuter chaque fois que Mr Brooks a décidé de renoncer pour de bon à son addiction pour le meurtre. Un soir, Brooks commet une bévue qui tranche avec la minutie habituelle de ses crimes et qui va permettre à l'inspecteur Atwood de retrouver sa trace…
Scénario original bien que marqué par l'influence de figures
emblématiques comme celles du Dr. Jekyll ou du personnage de Tom Ripley, Mr
BROOKS avance des arguments marketing qui sont paradoxalement autant de
barrières entre le film et les aficionados des salles obscures. A commencer par
la réunion toute chaude de Kevin Costner et Demi Moore : 25 ans de
carrière par tête de pipe pour aucun film commun. Ils ne se donneront finalement
qu'artificiellement la réplique dans une unique scène durant laquelle Mr Brooks
téléphone à l'inspecteur Atwood pour lui soutirer une vaine confession,
prétexte à la circonstance. Un coup bas qui aurait rappelé l'époque du
GODFATHER II de Coppola s'il n'arrivait pas 15 ans trop tard. De ce face à face
qui n'aurait pas manqué d'attiser la libido braisée d'une ménagère late 80's,
on ne tire aujourd'hui qu'un filet incontinent d'urine tiède à l'idée d'un double
come back forcément décourageant quand on ne vous donne que la pelle et l'exemple
de toute cette merde accumulée en bout de filmographie. La division du problème
facilite la gestion des ego et l'audience ne devra pas subir le clash à l'écran.
Moins de pincettes à prendre dans les scènes clés et moins de bouse à dégager. Une
astuce qui sert le film.
Il est souligné ensuite qu'en s'appropriant ce personnage de
tueur schizophrène, Costner arrive même à casser son image de séducteur. Sans
doute a-t-on voulu évoquer une brisure nette, presque harmonieuse dans le tissu
scarifié de cette pauvre image récemment
rouée de coup, violée, noyée, cuite et consommée pour ne plus ressurgir que par
voie de régurgitation ou d'expulsion fécale qui souillent encore les étagères
de vidéoclubs spécialisés. Pour être honnête et vu les antécédents, il faudrait
dire que Mr BROOKS permet justement à Kevin Costner de renouer avec la
séduction. Retrouver cette image dans un film qui n'est pas déjà au programme
de CLUB RTL, un vrai projet récent avec Kevin Costner qui assure (largement aidé
dans la construction de sa dualité par un William Hurt utilitaire, mais
toujours au faîte, lui, de son charisme), c'est quatre-vingt pour cent du défi
et voilà pourquoi toutes les astuces doivent être employées à le relever. Ainsi,
comme Robin Williams l'avait fait avec ONE HOUR PHOTO et INSOMNIA, Kevin
Costner emprunte le côté obscur. C'est un méchant, mais on va quand même l'aimer
simplement parce qu'on le connaît mieux que ses victimes, uniquement esquissées
par quelques traits grossiers (l'ex cupide, le couple exhibitionniste, le maître
chanteur obsédé) ou pas présentées du tout (l'étudiant anonyme supposé taillé à
la hachette dans un vague campus universitaire). S'il envisage son personnage d'ange
exterminateur avec des égards distingués qui ne sont pas sans rappeler le rôle
de Brad Pitt dans MEET JOE BLACK, ce raffinement contribue à créer l'attachement
attendu au détriment du rôle de l'inspecteur et de son actrice qui patauge
autant que l'enquête. Demi Moore doit composer avec l'absence de podium ou de la
moindre scène de bikini pour quand même tenter d'avoir de l'impact avec une
cascade en voiture hors propos, une fusillade au centre de la même sous
intrigue inutile et un rôle sur lequel on a greffé le stéréotype d'une
dimension psychologique pour rivaliser un peu avec le caractère nettement plus
écrit de Brooks. Une dichotomie à l'image du travail de Bruce A. Evans dont c'est
le premier film en tant que réalisateur, mais qui a signé les scénarios d'œuvres
aussi inégales que STAND BY ME et UN INDIEN A NEW YORK…
Malgré une histoire qui se termine par deux pas en arrière
(la fin initiale est dans le film, mais elle a été transformée en mauvais rêve
à la demande de la production qui se réserve les droits d'une séquelle), Mr
BROOKS n'en demeure pas moins un pas en avant dans la remontée de Kevin Costner.
En dehors de ces considérations de [has been] star system, le film demeure un
thriller honorable qui ne mise pas sur ses seuls rebondissements pour justifier
son existence, mais qui ne casse rien non plus, pas même l'image du mec armé
qui culbutait des putes black cokées et qui se faisait appeler le BODYGUARD, un
vilain aussi celui là !


Ajouter un kommentaire