Planet Terror

Une nuit noire. Des militaires à la recherche d'un gaz mystérieux. Un docteur qui cherche à zigouiller sa femme. Un hôpital débordé par les ravages d'une mystérieuse infection. Une jambe coupée. La recette d'une sauce mystérieuse. Des lesbiennes. Un gamin mort. Un mystérieux voyageur surnommé El Wray. Bruce Willis. Encore plus de mystères. Des babysitters folles. Plus de morts et des révélations sur le sort de Ben Laden. Une jambe qui crache le feu et des mutants, beaucoup de mutants…

Voici enfin
venu le temps où les amateurs européens du film de genre dans ce qu'il a de
plus jouissif découvrent PLANET TERROR, morceau choisi découpé par Robert Rodriguez
dans la carcasse du projet GRINDHOUSE honteusement vérolé par la Weinstein
Comapany et sa stratégie de distribution
bouchère.

C'est
avec une pointe d'hypocrisie que la pâteuse saveur diluée de DEATH PROOF nous
encourage à considérer ce second segment en tant qu'œuvre isolée, mais néanmoins
représentative du concept comme en témoignent les quelques stigmates
introductifs (le plus démonstratif étant l'excellent ‘fake trailer' de MACHETE,
seule excuse acceptable contre l'impardonnable absence de Dany Trejo dans le casting du film proprement
dit). Avec PLANET TERROR, Robert Rodriguez renoue avec sa période FROM
DUSK TILL DAWN et c'est tout naturellement qu'il repositionne son comparse Tarantino
en face de l'objectif en tant que second couteau affûté et surtout limité à une
seule fonction histoire de cercler les débordements d'un jeu approximatif souvent
avéré chez lui. Quant à moi, je n'éviterais que très lâchement la facilité du jeu de
mots comparatif en disant qu'entre le crépuscule et l'aube de sa première
collaboration avec QT acteur, il y a la nuit noire dans laquelle
s'inscrit PLANET TERROR. Une démarche extrémiste qui brille sous l'étoile
inspiratrice des meilleurs Carpenter pour lui donner le teint sombre et drôle à
la fois du bâtard incestueux qu'auraient pu être un ASSAULT ON PRECCINT 13 issu
de l'union entre THE THING et BIG TROUBLE IN LITTLE CHINA si cela n'avait pas
été l'inverse (dans la filmographie de Carpenter, l'enfant est légitime depuis
1988: il s'appelle THEY LIVE). Comme John Carpenter justement, Robert Rodriguez
s'approprie également le score du film, une B.O d'ambiance grattes et synthés
qui, à défaut d'un Kurt Russel assigné à DEATH PROOF, demeure le plus bel
hommage au travail de Big John tout en se démarquant au passage des compil rétro
branchouilles chères au réalisateur de PULP FICTION.

Reconstitution
visuelle travaillée à l'envers, mais avec le même soin que celui apporté à un
SIN CITY, PLANET TERROR reste un hommage aux films d'exploitations et au cinéma bis, mais qui,
parce qu'il met l'accent sur les excès autorisés par les codes du film horreur,
s'autorise toute la surenchère que DEATH PROOF ne pouvait pas justifier
avec son style différent. Rodriguez se lâche et force le graphique à tous les
niveaux. Pellicule mouchetée et rayée en permanence, saturation calibrée par
les sabots d'un poney indisposé, le réalisateur pousse la brûlure des blancs
jusqu'à la représentation visuelle de la fonte du celluloïd, un pari osé qu'on
avait plus revu depuis GREMLINS 2 (impossible de revoir GREMLINS 2…) et qui
fait mouche en pleine scène medley de mambo/castagnettes entre Rose McGowan
(CHARMED, SIN CITY, compagne de Robert Rodriguez) et Freddy Rodriguez (SIX FEET
UNDER, aucun lien de parenté avec le réalisateur à moins de se reposer sur les
observations sociologiques de l'inspecteur Harry qui considère les mexicains
comme une seule tribu de sauvages, tous cousins plus ou moins éloignés les uns des autres). Le
‘missing reel' (encart signalant la perte d'une partie de bobine) qui vient
ensuite est prétexte à une ellipse jubilatoire qui aurait d'ailleurs fait du
bien au rythme dilaté de DEATH PROOF. Si ce dernier a été allongé de 20 minutes pour
une sortie séparée chez nous, PLANET TERROR prend le contre-pied de la démarche
en simulant une amputation de la même durée sans se soucier du raccord.
L'astuce est forte. C'est la scène de cuisine de FATAL ATTRACTION sans le fast
forward sur le blabla de Glenn Close et Michael Douglas. C'est le bordel sans
se fatiguer à mettre la main en poche. Mais ce n'est jamais la grosse marrade
non plus ! Tous les personnages sont développés à concurrence de l'épaisseur
de leur rôle et ichacun est connecté à une histoire parfaitement tangible
actionnée par une logique propre.

Cherry
Darling :
They took my fucking leg ! Look at me! I was gonna be a stand-up comedian!
Who's gonna laugh now?

El Wray :
Some of the best jokes are about cripples. Let's go !

Si
le comique de situation joue un rôle important (le leader sur sa mini bike, le
membre putréfié de Tarantino, les burnes en bocal, etc), il côtoie une horreur
froide à l'ancienne (Rodriguez n'hésite pas à flinguer son propre gamin à
l'écran à l'issue d'un accident complètement gratuit) souvent adoucie par le
sur-gore des effets crades de Tom Savini (qui était déjà sur DUSK et qu'on
retrouve de la même manière ici avec un travail devant et derrière la caméra) ou
par une émotion latente qui laisse parfois entrevoir le premier degré à travers la
transparence du second. C'est vrai que PLANET TERROR n'est pas qu'un film hommage, mais il est au moins ça et à ce titre il
multiplie les clins d'œil à un public qui les attend. Références à des films
(l'armée, le gaz et les mutations directement inspirées de la série des RETURN
OF THE LIVING DEAD, épilogue à la MAD MAX,
…), caméos auto référencés (Michael Parks reprend le rôle du Shérif Earl McGraw
vu dans DUSK et KILL BILL) ou en rappel du genre qu'ils ont aidé à consacrer
(l'anti Terminator Michael Biehn en tête), ces allusions ne colmatent pas
complètement le film qui demeure perméable au regard d'un public ‘normal' (pas
intello, pas auteuriste, parfois crétin, mais NORMAL !). Une audience de divertissement qui s'amusera
des rôles distribués à Bruce Willis ou à Fergie des Black Eyed Peas et qui,
comme le reste de la meute, s'irritera la langue sur les gravillons en
découvrant, dès le générique, la plastique rebondie de Rose McGowan en plein Go Go dancing (on se
souvient avoir fait la connaissance d'une certaine Salma Hayek de la même
manière avec FROM DUSK TILL DAWN).

Comme
les meilleurs films d'horreur, PLANET TERROR offre plusieurs strates de lecture
auxquelles on accède en fonction de ses références culturelles ou de sa
connaissance des auteurs. Je laisse à chacun le plaisir de la découverte et
terminerai simplement en épinglant la dernière réplique du film comme le
présage d'un funeste destin pour le projet GRINDHOUSE en termes de recettes et
de distribution :

‘It is exactly as you said it will be. It's two against the world baby. Two
against the world…'
 

(cry cry autorisé le temps du générique)

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