The Warlocks: Heavy Deavy Skull Lover
Gimmick de critique rock épisode 4 : Le groupe culte
Tout le monde sait ce qu'est un groupe culte. Celui qui
vient se glisser immanquablement dans les conversations de fin de soirées
arrosées. Quand on veut, soit impressionner son interlocuteur, soit vraiment
défendre des artistes méconnus. Quand les termes excellents, inclassables et exigeants
sont ressassés inlassablement. Quand la passion prend le pas sur la raison.
Finalement, c'est elle qui guide toute démarche humaine digne de ce nom, alors
ne boudons pas notre plaisir : les Warlocks
sont cultissimes et déchaînent nos penchants psychédéliques comme jamais. Leurs
prestations live telluriques feraient planer n'importe quel comptable acariâtre
dans des nuages de fumée pourpre. Les bienheureux qui ont pu en juger lors de
leurs deux passages dans la
Rotonde du Bota ne peuvent qu'opiner du chef : jamais le
terme mur du son n'a eu autant de sens.
Ce groupe sur le fil du rasoir a collectionné les
changements de personnel depuis ses débuts puisque 19 membres différents se
sont succédés en son sein. Le casting reste toujours mené par Bobby Hecksher
(ex-Brian Jonestown Massacre), version
moins boursouflée de Robert Smith à la voix de chacal castré caractéristique. En
reprenant à leur compte le premier nom de la bande de magiciens maléfiques
chère à Sterling Morrison, les Warlocks ne cachent évidemment pas leurs
références. On peut même entamer une comparaison discographique sans tomber dans
les clichés. Le très sous-estimé Rise and
Fall (2001), suivi des indispensables Phoenix
(2003) et Surgery (2005) condensaient
magnifiquement l'art velvetien de Loaded
et VU. Toujours prestigieux mais de
facture plus classique.
En 2007, Hecksher fait fort. S'attaquer, si longtemps après,
à ce monument venimeux qu'est White
Light/White Heat, tient de la démarche artistique des plus casse gueule. Véritable
traversée en apnée forcée d'un enfer sous LSD, Heavy Deavy Skull Lover se
révèle pourtant aussi infréquentable que son illustre prédécesseur. Rarement
oeuvre n'a été abomination aussi dérangeante pour nos années 2000 complaisantes.
Exutoire parfait de frustrations suicidaires, ce voyage cosmique commence dans
la vallée de la mort (Valley of Death).
Après avoir ingurgité quelques mauvaises pilules, les montagnes commencent à
bouger (Moving Mountains) et la
parano est de retour (So Paranoid).
Et ce n'est pas en pratiquant la transe primale
avec un iguane que les choses vont s'arranger (Zombie Like Lovers). Les jours sans rêves (Dreamless Days) sont imminents, à moins que la grande faucheuse (Death, I Hear You Walking) ne fasse son
office.
Ce n'est pas avec un album pareil que ces sorciers vont
sortir de l'anonymat. Ces longs moments de détresse cultivent trop l'art de
heurter les consciences tranquilles. Dans ce very bad trip, on ne regrette même
pas l'absence des habituelles comptines façon Baby Blue. Du genre qui accrochent immédiatement l'oreille. Elles
n'auraient rien eu à faire dans ce maelström excluant toute idée de singles et
de compromis. En visitant à l'envers la discographie du Velvet Underground, les Warlocks placent la barre très haut :
remettre la banane jaune au goût du jour. A peler lentement évidemment…


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