The Raveonettes: Lust, Lust, Lust

Il en va de
certains groupes comme de l'être cher. Une fois passé le coup de foudre, on
comprend qu'ils ne seront pas que de passage dans notre vie. Lorsqu'on découvre
The Raveonettes en 2002 avec Whip It On, on sent qu'on est piqués
pour de bon. Il faut bien dire qu'avec leurs chansons pop dissonantes à la
Jesus and Mary Chain, leurs visuels
fifties/sixties et leur attitude sexy trash (y a plus dégueulasse que Sharin
Foo…), ils ont largement de
quoi attirer notre sympathie. En 2003, ils enfoncent le clou avec Chain Gang Of Love qui pousse encore
plus loin l'auditeur dans cet univers rock&roll fantasmé. La route, délicieusement tortueuse, semble donc toute tracée pour le duo danois. Ils en étonneront pourtant
plus d'un avec leur troisième album, Pretty
In Black
, abandonnant purement et simplement leur son noisy pour ne retenir
que l'essence pop/rock de leur musique. N'en résulte pas moins un véritable
chef d'œuvre mystérieusement sous-estimé à sa sortie.

Après avoir
pris la porte de sortie du circuit des majors pour l'autoproduction, ils
reviennent en cette fin d'année avec Lust, Lust, Lust, album au titre
pour le moins évocateur. Première constatation au premier accord de guitare, le
duo a décidé de renouer avec ses premières amours : le son noisy et
dissonant est de retour. Un album qui s'ouvre d'ailleurs de la plus magistrale
des façons puisque Aly, Walk With Me
est sans aucun doute l'un des meilleurs morceaux jamais écrits par le groupe.
Un beat de batterie monocorde autour duquel vient s'enlacer un riff de guitare
envoûtant qui mute en un déluge sonique totalement bandant. Une plage
d'ouverture qui fait place à Hallucinations,
chanson lumineuse sublimée par des crescendos de guitares saturées. A peine
remis de cette entrée en matière foudroyante, on voit débarquer Lust, ballade grande classe qu'on dirait
sortie tout droit de la BO
d'un Tarantino. Le reste de l'album,
qui voit se succéder bombes pop acidulées (You
Want The Candy, Blitzed
) et slows torturés (Expelled From Love), est à l'avenant. Comme à leur habitude, Sune Rose
Wagner et Sharin Foo mêlent presque en permanence leurs voix, injectant de
la sorte profondeur et ambiguïté à chacun des titres. Seul (léger) bémol :
les chansons les plus fortes sont placées en début de disque (exception faite
du magnifique morceau de clôture, The
Beat Dies
, qu'on jurerait avoir été composé par Angelo Badalamenti période Twin
Peaks
), ce qui entraîne, malgré la qualité intrinsèque de chaque titre, une
timide baisse de plaisir au fil de l'écoute. Une fois n'est pas coutume, on
conseille donc, à l'occasion, l'usage de la touche « shuffle ».

Formation
ultra référencée, The Raveonettes continue de sublimer ses influences tout en
leur insufflant ce brin de modernité qui rend son travail totalement en phase
avec notre temps. Indispensable.

 

                                                                 Dead Sound

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