Dionysos: La Mécanique du Coeur

La
Mécanique
du Cœur est avant tout la bande son
du dernier roman, du même nom, de Mathias
Malzieu
, le leader de Dionysos.
Et il s'agit de ne pas le perdre de vue. Ecouté comme un album à part entière
du groupe valentinois, ce nouveau disque ferait en effet figure de pâle petit
frère de l'excellent Monsters in Love,
son prédécesseur.

Un livre où l'on retrouve toute la poésie surréaliste que
l'on connaissait à Malzieu, auteur dont l'écriture, sur la longueur de
l'exercice romanesque, se révèle très faible voire anodine, et le pose comme
une sorte de Boris Vian qui aurait
oublié de bien écrire. Car, comme ce très surestimé recueil de poèmes trash
qu'est La triste fin du petit Enfant Huître
de Tim Burton (avec lequel Malzieu
partage plus d'une obsession, c'est évident), La
Mécanique
du Cœur,
le livre, à défaut de style, vaut surtout pour sa galerie de personnages hauts
en couleur, son imaginaire débridé et son fulgurant sens de l'image.

Musicalement, ça se traduit par une ambiance qui doit
beaucoup, et c'est logique, au Danny
Elfman
de EDWARD SCISSORHANDS, mâtinée de nouvelle chanson française et de
western spaghetti (logique à nouveau : une partie de l'intrigue se déroule
en Andalousie). Les personnages du livre sont, sur album, interprétés par une
série de célébrités de la chanson ou du cinéma. Un principe qui, sur papier, a
tout de la fausse bonne idée. Pourtant, il s'agit là d'une des grandes forces
du disque, conséquente à l'intelligence du casting. Ainsi, Malzieu est Little
Jack (le Giant Jack de Monsters in Love
jeune), né à Edimbourg le jour le plus froid du monde et dont le cœur gelé a du
être remplacé par une horloge, Olivia
Ruiz
, tendre et chère de Malzieu à la ville, est Miss Acacia (personnage
également rencontré sur Monsters in Love),
petite andalouse bigleuse dont Little Jack s'éprend, Grand Corps Malade incarne l'ennemi juré de Jack, Alain Bashung Jack l'éventreur, Jean Rochefort Georges Méliès, Rossy de Palma une puta espagnole, etc.
Tous sont ici parfaitement à leur place (même Cantona en narrateur, si si) et impriment de leur cachet les
chansons sur lesquelles ils interviennent. L'album, trop narratif, inégal, est
également rehaussé par une foule de petites idées sympas, comme ces rythmiques
construites à partir de sons enregistrés chez un horloger.

Et puisque l'on en compte trop peu en France et ailleurs des
formations aventureuses et décomplexées comme Dionysos, on ne peut que
continuer à défendre avec beaucoup de cœur – tic tac – un groupe qui n'a de cesse d'explorer et se réinventer.

 

                                     
                                                             Tais-toi mon coeur

                    



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