Saw IV

Le Tueur au
puzzle et sa protégée Amanda sont tenus pour morts. Malgré tout, ils
parviennent encore à semer la terreur en kidnappant Rigg, un officier des SWAT,
et en l'introduisant de force dans un de leurs horribles jeux. Assisté de deux
profilers du FBI, les agents Strahm et Perez, l'inspecteur Hoffman ne dispose
que de 90 minutes pour surmonter les terribles épreuves du fameux Tueur et
ainsi sauver son vieil ami d'une mort certaine.

Un premier opus calibré tuning qui avait eu le mérite de surprendre, un
second tome lustré au polish qui ne parvenait pas à camoufler une carcasse bien
fine, un troisième épisode tout juste bon à aligner les séquences de tortures
glauques sans combler une ligne de scénario, et voilà qu'on nous refourgue déjà
le quatrième volet de l'une des franchises horrifiques les plus rentables de
l'histoire du cinéma. Si les chiffres parlent pour lui (plus de 400 millions de
dollars de recette et une pelletée de 13 millions de DVD vendus en trois
épisodes), le soufflé sordide, sans être jamais monté bien haut, a eu vite fait
de se ratatiner en une bouillie informe. Mais les lambeaux de chair faisant
facilement tinter le tiroir-caisse, Lionsgate
et Twisted Pictures ne
sont malheureusement pas décidés à laisser tomber leur poule aux œufs gores et
annoncent déjà, au minimum, l'arrivée de deux nouveaux rejetons dégénérés
chargés de récolter le pactole dans leurs petites mains mutilées.

John Kramer, le psychopate justicier albinos, est mort. Comment mieux s'en assurer
qu'en lui épluchant le crâne et en lui trifouillant les entrailles ? Outre
une bonne occasion de montrer comment se constitue la merveilleuse machine
humaine, l'écartèlement thoracique tombe à pic pour découvrir que Jigsaw a gobé, comme il se doit, une
petite cassette avant de clamser, histoire d'assurer la pérennité de son œuvre.
Pas facile pourtant de déléguer, surtout si cela signifie qu'il faut recréer un
personnage capable d'incarner à lui seul l'esprit de la série. Ce n'est donc
pas très grave si le mentor a égalé la température d'une tranche de carpaccio.
Son cadavre bien au frais, on joue la carte du flash-back prequel bateau,
n'hésitant pas à lui laisser occuper la majeure partie des plans. Car si les
deux nouveaux scénaristes, Patrick Melton et Marcus Dunstan (FEAST), fraîchement débarqués dans l'aventure, avaient la possibilité de proposer
autre chose, ils n'en ont pas eu, ne serait-ce que l'espace d'un instant, assez
dans le pantalon pour tenter de se démarquer du modèle déposé resservi inlassablement
chaque année depuis quatre ans. Car, au vu de la série en cours, c'est bien
cette absence totale de capacité à se renouveler qui consterne le plus. Plus
réglementé qu'un concours de Miss France et son inévitable passage en maillot
de bain, les figures imposées se succèdent pour compléter le vide qui lie les
deux extrémités de la bobine.

SAW IV semblait pourtant vouloir remettre un semblant d'histoire au centre de son
stand de boucherie et présente d'emblée un léger mieux que son numéro 3. Moins
sanglante, la nouvelle réalisation de Darren Lynn Bousman (SAW
II
& III) tente même par
moments de privilégier un climat plus proche du thriller. Cependant, le film se
vautre lamentablement car il n'arrive jamais à se détacher de l'immédiateté
imposée par ses séquences coupées à la hache. Trop impatient, il ne parvient pas
à mettre en place une situation capable de faire monter un tant soit peu la
pression. Parallèlement, les souvenirs lourdingues sensés éclairer le
spectateur sur les motivations du tueur au puzzle le démystifient
dangereusement, lui ôtant peu à peu son aura froide et implacable. Au milieu de
ce marasme, le spectateur ne peut même pas s'offrir le luxe de se laisser
convaincre par le jeu pataud d'un casting de troisième zone et n'a plus pour
seul espoir que d'être un minimum surpris par le twist final. Dommage pour lui,
car Bousman ne cherche même plus à donner une explication liant les fils
emberlificotés de l'intrigue par des rafistolages grossiers et livre un final
lacunaire à la limite du compréhensible. L'ouverture béante clôturant cette
nouvelle déchéance cinématographique n'a finalement pour autre but que de
tailler la route des cinquième et sixième épisodes qui n'auront plus qu'à s'y
engouffrer pour tenter de combler les absences d'une machine cruellement malade
qui tourne inexorablement en rond.

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