Atonement

Août 1935 : Malgré la canicule qui
frappe l'Angleterre, la famille Tallis mène une vie insouciante à l'abri dans
sa gigantesque demeure victorienne. La jeune Briony a trouvé sa vocation, elle
sera romancière. Mais quand du haut de ses treize ans, elle surprend sa sœur
aînée Cecilia dans les bras de Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve
face aux désirs des adultes va provoquer une tragédie et marquer à jamais le
destin du jeune homme.

Le dernier film de Joe Wright (PRIDE AND PREJUDICE) s'énonce
en trois temps, trois moments charnières de la vie de son héroïne :
l'enfance, la fin de l'adolescence, l'âge adulte. La première partie de
ATONEMENT se déroule chez les Tallis à Surrey, pendant la canicule de 1935. Cet
été durant lequel la chaleur étouffante semble avoir une influence sur le
comportement des habitants de la maison. L'éclairage et les prises de vues
créent une luminosité singulière au sein de la pellicule. Ensuite,
insensiblement, la lumière douce, chaleureuse, voire charnelle s'affaiblit et
s'obscurcit à l'approche du drame. Dans la seconde partie, consacrée aux années
de la seconde guerre mondiale, le style, associé à l'image des conflits revêt
cette fois des couleurs blafardes. Les plans larges et fixes du début du film
sont abandonnés au profit d'images nerveuses, 
secondées par un rythme saccadé propre aux images capturées caméra à
l'épaule. Ces diverses techniques, tout à fait maîtrisées, révèlent ce qui est
à la fois un point fort et une des pénibles faiblesses du film : sa
capacité à jouer en empathie avec le contenu événementiel et sentimental du
film. Procédé archi rabâché au cinéma qui, pour être très bien géré ici, n'en
est pas moins ultra balisé et redondant.

En ce qui concerne le titre, ATONEMENT
(adaptation du roman de Ian McEwan du même nom), il se traduit
littéralement EXPIATION mais, dans sa traduction filmique française prend la
forme de REVIENS-MOI. Le titre original calque le parcours expiatoire de la
jeune Briony qui, toute sa vie durant, tentera de se racheter, d'apaiser sa
conscience, en particulier par le biais de l'écriture. Le film exploite, à
l'origine de sa narration, extrêmement bien ce titre, en partie grâce à
l'interprétation remarquable de sa jeune actrice (Saoirse Ronan). Mais lorsque le
scénario passe au deuxième acte, cette expiation perd de son souffle et la
caméra se mue en observatrice, se focalisant (presque) uniquement sur
l'impossible amour entre Cécilia et Robbie. Ce n'est qu'en bout de course, des
années après, lorsque le spectateur retrouve une Briony vieille et usée par les
remords et la vie, que le titre ATONEMENT reprend tout son sens. Dans
l'entre-deux, cette jeune-fille se range à l'état de témoin moribond et peu
convaincant. Elle laisse la place au couple Knightley/McAvoy peinant à  crédibiliser l'amour passionnel et impossible
qui les lie l'un à l'autre. Cette partie somme toute superficielle est la plus
conventionnelle de ce long métrage. L'acte manque de souffle et de tenue, sorte
de laisser-aller à la facilité pour le moins énervante.

En résulte un film extrêmement esthétisé,
maîtrisé dans ses techniques cinématographiques mais dans lequel la forme,
sursignifiante, joue le rôle principal, laissant les acteurs et leur possible
complexité au second plan : les personnages se dépersonnalisent au
détriment d'une intrigue larmoyante. Il ne reste pas moins que les prises de
vues cartes postales, les couleurs travaillées et la musique omniprésente
fonctionnant en écho auront tôt fait d'inspirer le cœur des âmes sensibles à
forte tendance bisounours.

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