No Country For Old Men
Du Texas au
Mexique, Llewelyn Moss tombe par hasard sur un butin qui va faire de lui la
cible d'une chasse à l'homme impitoyable. Les dealers veulent leur argent. Un
tueur fou en fait une affaire personnelle, mais Llewelyn ne manque pas de
ressource et il commence à rendre les coups. Avec un temps seulement de retard,
le vieux shérif Bell remonte la piste sanglante pour tenter de mettre fin à un
carnage dont il semble être le seul à connaître l'inévitable issue…
Honteusement boudé à
Cannes par un président boudiné. Curieusement battu par un réalisateur encore
plus empâté aux Golden Globes. Il reste un espoir pour que NO COUNTRY FOR OLD
MEN ne remporte pas les prix qu'il mérite durant la prochaine cérémonie des
Oscars. Le dernier film de Joel et Ethan Coen est pourtant nominé sept fois
dans les catégories les plus prestigieuses, mais une nouvelle éclipse des prix reviendrait
à démontrer une bonne fois pour toutes l'archaïsme arriéré de ces cérémonies
dirigées par une enfilade de pingouins plus occupés à se toucher le
flotteur qu'à flairer les bons poissons.
Dans le cas des Coen,
il ne faudrait pas que ce type de déceptions les encouragent à abandonner le
cinéma qu'ils connaissent le mieux : celui des auteurs accomplis et
pourtant toujours occupés à écrire la page suivante d'une œuvre filmographique en
devenir. THE LADYKILLERS, INTOLERABLE CRUELTY. Les auteurs de FARGO se sont
essayés les gros marqueurs sur des feuilles de brouillon. Qu'elles soient ici arrachées,
roulées en boule et écartées pour toujours, car NO COUNTRY FOR OLD MEN (titré
en français crétin NON, CE PAYS N'EST PAS POUR LE VIEIL HOMME), c'est vraiment
le chapitre suivant d'une saga débutée avec BLOOD SIMPLE. Pas étonnant dès lors,
qu'on y retrouve des éléments clés parmi lesquels le sac bourré d'oseille fait
figure de symbole dans l'œuvre des Coen. C'est pour ces billets verts que les
personnages vont courir. C'est pour ce paquet de fric qu'ils vont se déchirer.
Un argent sale, mais qui, plus que jamais n'a pas d'odeur et encore moins de saveur
puisque Josh Brolin va se contenter de le posséder à son tour en se concentrant
sur la performance, comme un acteur porno qui fait la file en sachant qu'il n'y
a aucune forme de plaisir possible dans ce tunnel. Le paradoxe de l'argent qui
ne fait pas le bonheur est ici porté à son comble et cette ironie n'est pas
nouvelle chez les Coen. Alors pour nous public, qu'est-ce qui change ? Ou
est l'inédit ? Peut-on parler de jubilation ‘amphétaminée' devant un film
qui n'implique pas des putains de robots géants qui se castagnent ou une
boucherie de spartiates à poils ? Oui. En apportant tout ce qui fait
défaut aux exemples précités. A condition que l'histoire soit particulièrement
bien racontée en termes d'images et de ton. A supposer aussi qu'on s'attache d'emblée
à des personnages soigneusement fermés au point de les suivre jusqu'au bout dans
l'espoir de les apprivoiser un peu. Jusqu'à ce qu'on soit occupés à éclairer la
part d'ombre qu'ils laissent quand le projecteur s'éteint. L'histoire a son
importance et, pour certains films, les ‘spoilers' ne changent pas grand chose.
Quoi qu'on en dise. Deux heures, parfois plus, c'est bien la preuve que le
voyage est plus important que la destination qui peut se limiter au grand nulle
part. Ces histoires, le shérif qu'incarne Tommy Lee Jones, (LE vieil homme) les
connaît mieux que personne. Son personnage les raconte à merveille dans le film
et ce n'est pas dérangeant qu'il soit aussi ce narrateur global d'évènements
dont il n'a pas toujours été le témoin direct. Comme nous, il est impuissant.
Le spectateur n'assistera d'ailleurs pas à tout lui non plus et ce n'est pas
tant ce qui est montré par les frères Coen que ce qui demeure dans l'ombre qui
fascine le plus dans le film (un meurtre pudiquement suggéré, des accessoires
pas toujours justifiés, des motifs incertains, un passé absent, etc.).
Bien sûr, avec NO
COUNTRY FOR OLD MEN, on se situe bien au-delà du minimum syndical en terme de
jeu d'acteurs et de technique cinématographique. Javier Bardem (MAR ADENTRO)
est tout simplement effrayant de talent. Josh Brolin (PLANET TERROR) est tout
aussi impeccable de retenue qu'un Tommy Lee Jones au meilleur de sa forme ou qu'un
Woody Harrelson pourtant à peine présenté. Cet apport visuel doublé d'une véritable seconde écriture du roman de Cormac McCarthy place oeuvre littéraire et adaptation cinématographique sur le même pied. Chose assez rare pour être soulignée. Le festival est tranquille, mais pas
toujours reposant. La tension qui se dégage de la chasse à l'homme dans la
rivière en début de film n'est qu'un exemple parmi d'autres du rythme
parfaitement maîtrisé. On reste scotchés devant ce genre de démonstration qui
surclasse n'importe quelle pulsation digitale procurée par un SPIDERMAN 3. On
est directement en confiance. On va passer un bon moment et ça va faire mal parce que je vous assure que la morale n'a absolument rien à voir là dedans !
Pour [re]lire également l'avis à chaud de niKo
sur sa découverte du film à Cannes en Mai 2007, cliquez sur la photo
ci-dessous.



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