Sa Majesté Minor

Dans une île imaginaire perdue en mer Egée, aux temps très
lointains d'avant Homère, vit Minor, créature mi-homme mi-cochon juste bonne à
traîner avec ses amis porcins, à bouffer les jarrets de la Roseanne du coin et
à s'astiquer le manche devant la belle du village. Un jour, Minor, posté dans
un olivier pour mater, fait une mauvaise chute et se tue. Mais, pendant la
nuit, il ressuscite et se voit brusquement doté de parole. Les villageois,
stupéfaits, le sacrent roi. Le début d'une série de gaudrioles carrément pas
drôles…

On connaît Jean-Jacques
Annaud
pour son sens de l'éclectisme (difficile de déceler des points
communs évidents entre, au hasard, COUP DE TÊTE et L'AMANT) et ses projets
atypiques (faire un film sur des ours dans un esprit Bouba, sur des tigres dans
un esprit peluches de station service ou sur des hommes des cavernes, adapter
l'inadaptable Eco, trahir sans honte Duras, etc.). Caractéristiques dont le
réalisateur français se revendique et semble très fier. Venu présenter son
nouveau film aux journalistes belges lors de la vision de presse à Bruxelles, le
cinéaste français s'écoute beaucoup parler pour ne rien dire et se vante d'avoir
réalisé avec SA MAJESTÉ MINOR un film déraisonnable, désinvolte, déconcertant,
libertaire, baroque, tragi-comique (il se réclame d'Aristophane), bourré
d'images singulières, en réaction au formatage ambiant, avec un appétit gros
comme ça. Evidemment, après pareil déballage auto-laudatif, y a intérêt à
assurer. Et c'est là qu'on commence tout doucement à être franchement mal à
l'aise.

Parce que du singulier au total n'importe quoi il n'y a
qu'un pas qu'Annaud franchit avec des putain de bottes de sept lieues. Il a
voulu se lâcher, le bougre, se faire plaisir, ok, mais il faut le brider hein
le type parce qu'un exalté pareil c'est du genre à s'emballer sur des blagues
carambar aussi facilement que sur la signification profonde des fortune cookies
dans un mauvais restaurant chinois. Le pire c'est qu'Annaud semble tellement
convaincu qu'il a pondu un truc fou, déraisonnable, décalé, unique, qu'en
lisant les critiques négatives qui ne manqueront pas de fleurir (comment
imaginer autre réaction devant pareil ratage), à tous les coups il va se la
jouer iconoclaste incompris, du genre en avance sur son temps, alors que bon y
a clairement rien à comprendre hein : il s'est juste lamentablement vautré
dans la fange comme ces bouffons de porcins qui pullulent dans son film, et
puis c'est tout. Rien à sauver dans SA MAJESTÉ MINOR : ni son humour pas
drôle, ni ses réflexions profondes comme une pataugeoire sur la nature humaine,
ni son parfum cheap de sexualité soi-disant débridée, ni son casting en roue
libre qui cabotine à tout va.

Le film se clôt sur un Minor – ressemblant pour le coup étrangement
à Annaud – vieillissant mais rigolard. Difficile de ne pas voir là une sorte de
miroir tendu par le réalisateur à lui-même. Tant mieux pour lui s'il continue à
se marrer dans la vie, mais pour nous, qui prenons de ses nouvelles à travers
ses films, un seul constat, implacable, s'impose : Annaud, qu'est-ce qu'il
vieillit mal !

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