Vampire Weekend: Vampire Weekend

Quand on y
réfléchit bien, affubler Vampire Weekend de l'étiquette college rock
semble facile, mais pas si immérité que cela. Non que le groupe ait tellement
été soutenu par les radios diffusées sur les campus américains, ce à quoi
réfère le terme à l'origine. Par contre, le groupe synthétise plutôt
parfaitement les caractéristiques du groupe étudiant, à savoir en gros :
blanc, intello, ouvert au monde et à l'expérimentation sans toutefois trop se
mouiller. Clairement ici ça sent le REM, le Pixies, le Smiths
et pourquoi pas les plus obscures Aztec Camera, 10.000 Maniacs ou
mille autres, sans qu'une quelconque filiation musicale soit à y voir. Juste un
esprit, une démarche un brin moins gaillarde que l'expérimental, l'indé
pur et autres courants surgis de l'underground. Un esprit aventureux mais plus
sage. Plus de bonne famille aussi…

C'est aussi à
cela que fait penser Vampire Weekend, groupe blanc plutôt propre sur lui.
Présentés à la prestigieuse Columbia University de New York, Ezra Koenig
prépare un master en langue anglaise, tandis que Rostam Batmanglij
étudie la musique de film. Les deux jeunes gens passent leurs hivers en petit
blazer à Manhattan et leurs étés en polo sur les plages de Cape Cod, comme tout
garçon de bonne famille new-yorkaise en somme. Une passion commune pour la
musique africaine les réunit. A priori pas très rock'n'roll tout ça. 

Reste que le
binôme se saisit respectivement d'une guitare et d'un clavier, se trouve
batteur et bassiste et, la fin des études approchant, sa lance tête baissée
dans le fantasme secret de nombre de leurs congénères : former un groupe
rock, le panard pour déplaire à papa. Et miracle, là où faute de tripes à
sortir, mille autres petits bourges se rétament lamentablement, ici, mélodie,
inventivité et une certaine notion de l'urgence (gentille l'urgence…) font leur
effet. Vampire Weekend tient la route et, même mieux, semble apporter sa pierre
à l'édifice. Clairement plus pop que rock, le groupe peut se targuer de
réintroduire quelques notions de musicalité africaine dans la pop. Vingt ans
après Johnny Clegg & Savuka ou Paul Simon (et son Graceland),
Vampire Weekend danse le kwassa kwassa congolais à Cape Cod (sur le bien nommé Cape
Cod Kwassa Kwassa,
puis sur l'excitant Mansard Roof ou le plus
énervant Bryn). Pas en reste avec leur culture occidentale, les quatre
étudiants nous ressortent quelques arrangements à cordes baroques (les très
réussis M79 et Walcott), s'encanaillent sur un punk tendance
clash encravaté (A-Punk) ou résument tout simplement le meilleur de la
pop précieuse de ces vingt dernières années (Oxford Comma, I Stand Corrected).

Et même si l'on
doute fortement que leurs week-ends leur sucent autant le sang que ceux d'un Queens
of the Stone Age
ou d'un Motörhead, on ne voit pas trop, hormis
quelques errances que l'on attribuera volontiers à la jeunesse, ce que l'on
reprocherait à ce Vampire Weekend, groupe de vrais gentils en pull col en V qui
s'échinent à faire planer sur le rock version 2008 un vent de légèreté tout à
fait bien venu.

 

                                                                Mansard Roof

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