Los Campesinos!: Hold On Now, Youngster…
Nul besoin d’être linguiste pour s’en rendre compte : les
Gallois de Los Campesinos ! vouent
un véritable culte au point d’exclamation. Ils en collent partout, ils en usent
et abusent, ils le dégainent sous n’importe quel prétexte. Du nom du band (Les Paysans !, donc) aux
pseudos de ses sept membres (Tom Campesinos!, Ellen Campesinos!, et ainsi de
suite, à la Ramones) en passant par des titres de chansons à l’hilarante
syntaxe tarzanienne (You! Me! Dancing!),
rien n’échappe à leur signe de ponctuation favori. Et ça tombe plutôt bien :
leurs hymnes fougueux sont dignes de cette exubérance typographique, tout en
accélérations, déflagrations, interjections, frénésie, clameur, pétarade,
tumulte, chahut et glapissements surexcités (!).
Il y a d’ailleurs un parallèle à tracer entre l’impétuosité et
la carrière du groupe, du genre fulgurante : il n’aura fallu que quelques mois
et un unique morceau, l’enthousiasmant You!
Me! Dancing!, pour amener la blogosphère à ébullition et faire de ces
post-adolescents les sauveurs d’un rock foutraque, old-school, branleur et
pétillant, quelque part entre la pop hyperexcitable de Bis, une Go! Team privée de son sampler et les éruptions d’allégresse communautaire auxquelles nous a habitués ces dernières années la volcanique scène canadienne (le disque est d’ailleurs produit par un Broken Social Scene). Poussés dans le
dos, attendus comme le Messie (ne perdons pas de vue que, dans messie, il y a mess, bordel en anglais), le groupe s’avère, hélas, encore un peu
vert : Hold On Now, Youngster… se contente ainsi d’aligner faute de
mieux douze décalques de son premier single. Cette folle gigue à reprendre du fond des
poumons est certes irrésistible mais, tant de fois déclinée, elle finit par
lessiver aussi sûrement qu’un après-midi passé sur un grand huit devenu fou.
L’atout numéro un du groupe, son enthousiasme juvénile, n’est
jamais loin de se transformer en brusquerie, en impatience fébrile, en hâte de
puceau. En dehors de You! Me! Dancing!,
dont l’interminable intro joue brillamment avec nos nerfs, nous plongeant
sciemment dans les affres délicieuses de l’anticipation, postposant avec
sadisme l’explosion de joie dans laquelle on brûle de se vautrer, et à moins de
considérer comme un summum de sophistication ces passages téléphonés où le
groupe freine des quatre fers pour rameuter les violons (avant, quelle
surprise, d’écraser deux fois plus fort le champignon), la structure des
morceaux est terriblement prévisible. Hold On Now, Youngster…
souffre sur ce point de la comparaison avec l’autre premier album dont on parle
beaucoup ces jours-ci, celui de Vampire
Weekend, dont la diversité
jamais ramenarde est précisément la grande force.
Le présent texte porte donc moins sur une collection que sur
un moule, tant les morceaux de Los Campesinos! se révèlent, au fond, interchangeables.
En gros, derrière un titre malin comme un singe et aussi long parfois qu’un petit roman
(merci la prochaine fois de penser au pauvre rédaKteur chargé d’encoder la tracklist), se cache l’équivalent
musical d’un 110m haies pour chimpanzés : alignés tant bien que mal sur une
même ligne de départ, les instruments giclent avant même le coup de feu pour se
caramboler dans la plus totale anarchie, sans la moindre considération pour les
obstacles ou la ligne d’arrivée. Les guitares sont pourchassées par des
essaims d’abeilles, les synthés partent en vrille avant d’exploser en gerbes
fauve, le maillet retombe sur les lames du glockenspiel telle une pluie de
grêlons sur un trampoline, les cymbales font autant de bruit que mille maracas, les
archets vont et viennent à vitesse vévé prime. Ce vivifiant chaos n’est
toutefois qu’un décor, l’arrière-plan d’un duel de chaque instant, d'une époustouflante partie
de Street Fighter vocal – Gareth vs. Aleksandra ! Aux
antipodes de ces duos lénifiants minutés comme des débats électoraux, les deux chanteurs
n’ont de cesse en effet de s’arracher micro et cheveux, de se mettre lattes, coup de boules
et mawashi-geri, de se faire crocs-en-jambe et pieds de nez dans le seul but de gueuler 2 décibels plus fort et 2 secondes plus longtemps que l’autre.
Un lourd passif d’addict à l’électricité nous avait déjà permis
de goûter à moult variantes de rock stupéfié, portées sur la picole, le sniff,
le fix, le bong, la pilule, le buvard, le champignon, l’hostie ou la fumette. Permettez-nous,
par conséquent, de n’être que modérément émoustillé par la pop (ultra)caféinée
de Los Campesinos!, addictive mais éreintante et que l’on prendra soin, par
conséquent, de ne siroter qu’à toutes petites doses, du bout des lèvres, dans ces
rares moments de flottement où l’on a désespérément besoin d’un bouillant coup
de fouet.
You! Me! Dancing!


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