Xiu Xiu: Women as Lovers
Suivant une vision romantique ou vandamienne de la musique, on peut
envisager un disque comme l'expression la plus authentique de l'inside dans l'outside, comme l'expression la plus puissante du sentiment le plus
profond. Hypothèse parfaitement discutable, mais qui a ses défenseurs. Et de
toute évidence, Jamie Stewart, leader de Xiu
Xiu, est de ceux-là. Dire qu'aujourd'hui il donne en plein dans le pathos a
tout d'un doux euphémisme tant son nouvel album est traversé de part en part
par un sentiment de confession intime, impudique, voire complaisante. Le genre
de tendance au débordement et à l'épanchement qui en agacera à coup sûr plus
d'un. Pourtant, il serait injuste de condamner ce Women as Lovers à
rejoindre par exemple le dernier PJ
Harvey dans le bac des disques tire-larmes péniblement calés au niveau du
nombril de leur auteur.
Contrairement à sa réputation, Xiu Xiu
n'est pas à proprement parler un groupe exclusivement expérimental, appellation
galvaudée s'il en est. Ainsi, on trouve un peu de tout dans Women
as Lovers : balades claustrophobes et orchestrées à l'arrache façon Tom Waits (I Do What I Want When I Want, Puff
and Bunny), mélange soft d'électro-rock façon Rapture (In Lust You Can Hear
The Axe Fall, No Friend Ho!), rock
noisy un rien foutraque (You Are Pregnant
You Are Dead), folk-rock susurré à la Bright
Eyes (Master of the
Bump) et même électro minimale sortie en droite ligne, semble-t-il, du
cerveau d'Aphex Twin (Child at Arms). On y entend surtout les échos du travail de Bowie et de Roxy Music, principalement
au niveau de la voix, omniprésente, de Jamie Stewart. Improbable fusion entre
le Bowie aphone de Outside (comparaison
imposée par une reprise joliment dé-glamourisée de Under Pressure), le Bryan Ferry extatique de For Your Pleasure et le Iggy Pop caverneux de The Idiot, elle impose une respiration inquiète et lancinante à l'album
tout en contribuant à gommer les aspects les plus rugueux des compos.
Guidé par cette sombre mélopée éructée par
un déprimé gravement chronique, le disque se présente comme une enfilade de
mélodies senties jusqu'au fond de l'âme et sans cesse menacées par des sons venus
de contrées hostiles. A vouloir définitivement parler à cœur ouvert, le disque
se tient sur cette fine ligne où l'expérimentation oublie son sens profond de
jeu de perte et de découverte. Ce n'est pas du rock expérimental, c'est ce que
les anglo-saxons appellent du Art Rock,
de la musique qui parle de soi-même, de la musique qui se raconte. En ce sens,
le disque peut paraître hybride. Et il l'est en effet. Trop sentimental et
onaniste pour avoir une quelconque vertu libératrice et innovante ou simplement
être jouissif, il n'en demeure pas moins une exploration de la psyché torturée
de ses concepteurs assez fascinante pour peu que l'on soit bien disposé. Les
aspects ouvertement expérimentaux sont intégrés dans la peinture de la
souffrance intérieure qu'on devine ô combien énorme de ces pauvres gars. Aussi
improbable que ça puisse paraître et malgré quelques passages vraiment
insupportables (Master of the Bump
est l'exemple même de la balade larmoyante imbitable), le pari tient la route
sur la longueur. Une vraie curiosité.
I Do What I Want, When I Want


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