El Orfanato

L'ORPHELINAT - Enfant, Laura a passé une
partie de son enfance dans un Orphelinat aujourd’hui abandonné. Elle décide de s’y
installer et de rénover l’endroit, mais son fils Simon commence aussitôt à se
livrer à des jeux étranges avec ses amis imaginaires. Lorsque Simon disparaît,
Laura doit pénétrer dans son univers pour résoudre le mystère refoulé par les
lieux et retrouver son fils…

On savait que les
japonais n'avaient pas peur de nous resservir cent fois de suite la même
tambouille horrifique à base de Yurei Eiga (film de fantôme). Moins endurant
que nos amis buveurs de saké, cette abondance nous a saoulés rapidement. Les
américains en ont profité pour rattraper leur retard et sortir de l'espace
confiné entre SHINING et THE EXORCIST. Après le passage des GHOSTBUSTERS, la
dérision a remplacé la frayeur suscitée par les ectoplasmes et il faudra
attendre le succès populaire de THE 6TH SENSE pour que la donne change un peu.
En instaurant un nouveau standard, ‘je vois des gens qui sont morts' devient l'alambic
par lequel il faut passer pour distiller du fantôme à Hollywood et faire du blé.
Dès les prémices d'EL ORFANATO, on a l'impression que les espagnols tentent le
même coup avec de la tequila. Planchers qui grincent à l'étage, portes qui
claquent à l'arrière, lourd secret immémorial et pauvre femme dans une grande
maison saturée d'invisibles taquins, font rapidement tourner la tête et les
orbites oculaires. En quelques mesures, le film s'enfonce jusqu'au genou dans
un genre déjà vu et corrigé par le cinéma ibérique d'Ajejandro Amenabar (THE
OTHERS) ou de Guillermo Del Toro (EL ESPINAZO DEL DIABLO) pour ne citer que les
plus connus. Que la première réalisation de Juan-Antonio Bayona soit en plus
sponsorisée par un gros barbu mexicain dont le nom vient d'être cité n'a plus
rien d'anecdotique. La mention du producteur sur l'affiche a autant d'effet que
celui d'un célèbre monogramme sur la contrefaçon d'un sac en cuir de singe
acheté dans le Maghreb. Alors bien sûr que la peur s'installe, mais elle n'est
malheureusement pas de celle qu'on est en droit d'attendre d'un film d'épouvante…

A mesure que les clichés du genre s'amoncellent, de petites imperfections
inquiètent. Va-t-on vraiment utiliser cette accumulation consciemment ?
Comment trouver une manière intelligente de retourner cette impression de déjà
vu ? Comment faire confiance à un réalisateur qui ne voit pas tel piège
flagrant ou telle facilité de scénario complètement usée par le septième art ?
Visiblement, un plan a été élaboré en amont et il fonctionne presque parfaitement
quand les rouages finissent de s'assembler pour le grand twist. La bonne
surprise commence par soulager. EL ORFANATO n'est visiblement pas qu'un simple
film à rebondissement hyper construit. On ne devrait même pas le limiter à une
histoire de fantômes. Il parvient à vitaliser un genre en jouant presque
uniquement sur ses faiblesses et se permet de toucher l'audience droit au coeur,
ce qui devient son principal atout. Sur ce dernier point, la copie repérée du
premier coup d'œil se transforme en filiation après examen plus approfondi. Si
on pense clairement aux thématiques développées dans EL LABERINTO DEL FAUNO (Le
Labyrinthe de Pan) de Guillermo Del Toro, on ne sera pas surpris que le
réalisateur cite également FIRST ENCOUNTER OF THE THIRD KIND ou THE GRADUATE en
guise de références. Et ce n'est pas seulement pour faire bien comme quand
Shyamalan parle d'Hitchcock. Les parallèles entre le parcours du personnage de
Laura (Belen Rueda vue dans MAR ADENTRO) et celui de Richard Dreyfuss dans le
film de Steven Spielberg sont tout simplement hallucinants. Certes, la mise en
scène reste imparfaite et ses quelques défauts relèvent probablement d'un
manque d'expérience du réalisateur, mais à l'heure de la remise des bulletins, on
lui reprochera seulement la dernière scène. Inutile et sursignifiante, elle
ponctionne l'émotion du grand final et c'est bien dommage. Juste avant, on a
ressenti des choses. On a vécu un moment de cinéma dans un contexte perdu d'avance.
Le film mérite que des gens paient pour voir ça !

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