The Kills: Midnight Boom
Le nouveau Kills est
bien parti pour diviser. Avec ses airs de boum tubesque, il ne ressemble en effet que de loin
au brûlot blafard auxquels nous avaient préparé Keep On Your Mean Side en 2003 ou No Wow en 2005. On avait laissé Hotel et VV hirsutes et teigneux, on les retrouve presque
réjouis, les joues cramoisies, portant sous un bras fier et bronzé un troisième album effrontément
catchy. Comme si, à l’heure des retrouvailles, le duo transatlantique avait tombé
le cuir et tiré les rideaux de sa chambre de motel, voire défoncé en sifflotant
le soupirail opaque de sa petite cave de répèt’, histoire de laisser entrer dans
son antre un rayon de lune oblique et de grosses bouffées d’air frais.
bien parti pour diviser. Avec ses airs de boum tubesque, il ne ressemble en effet que de loin
au brûlot blafard auxquels nous avaient préparé Keep On Your Mean Side en 2003 ou No Wow en 2005. On avait laissé Hotel et VV hirsutes et teigneux, on les retrouve presque
réjouis, les joues cramoisies, portant sous un bras fier et bronzé un troisième album effrontément
catchy. Comme si, à l’heure des retrouvailles, le duo transatlantique avait tombé
le cuir et tiré les rideaux de sa chambre de motel, voire défoncé en sifflotant
le soupirail opaque de sa petite cave de répèt’, histoire de laisser entrer dans
son antre un rayon de lune oblique et de grosses bouffées d’air frais.
Ce changement de ton rappelle
d’autres grands écarts gracieusement négociés. Le contraste est aussi
saisissant que, disons, lorsque le Velvet
est passé en deux albums de la rugosité fuligineuse de White Light/White Heat à la pop solaire de Loaded. De façon plus irrésistible encore, on songe à Jon Spencer passant sans transition du postillon aux cotillons, lorsqu'il délaisse le Blues Explosion pour se consacrer à Boss Hog, cette parenthèse
récréative que s’offre le New-Yorkais lorsque l’envie lui prend de voir la sublime
créature qui lui sert de femme se trémousser en mini-jupe : même trivialité
décontractée, mêmes ondulations ludiques et sexy, ici rendues plus aguichantes
encore par la production tape-à-l’œil d’Armani XXXchange (déjà fiché pour son
travail avec les remuants Spank Rock).
On se surprend même, ça et là, à penser à du Garbage. Eh ouais… Du Garbage dégraissé certes, du Garbage light, bio,
démo, sans fioritures digitales, mais quand même : des morceaux comme Tape Song ou l’énorme Hook & Line exhibent leurs gimmicks un
poil vulgaires avec la même assurance salace, le même chic salope qu’une
Shirley Manson. Une langue qui claque comme un martinet ? Du rock de
dominatrice ? Pervers, on tend les fesses.
d’autres grands écarts gracieusement négociés. Le contraste est aussi
saisissant que, disons, lorsque le Velvet
est passé en deux albums de la rugosité fuligineuse de White Light/White Heat à la pop solaire de Loaded. De façon plus irrésistible encore, on songe à Jon Spencer passant sans transition du postillon aux cotillons, lorsqu'il délaisse le Blues Explosion pour se consacrer à Boss Hog, cette parenthèse
récréative que s’offre le New-Yorkais lorsque l’envie lui prend de voir la sublime
créature qui lui sert de femme se trémousser en mini-jupe : même trivialité
décontractée, mêmes ondulations ludiques et sexy, ici rendues plus aguichantes
encore par la production tape-à-l’œil d’Armani XXXchange (déjà fiché pour son
travail avec les remuants Spank Rock).
On se surprend même, ça et là, à penser à du Garbage. Eh ouais… Du Garbage dégraissé certes, du Garbage light, bio,
démo, sans fioritures digitales, mais quand même : des morceaux comme Tape Song ou l’énorme Hook & Line exhibent leurs gimmicks un
poil vulgaires avec la même assurance salace, le même chic salope qu’une
Shirley Manson. Une langue qui claque comme un martinet ? Du rock de
dominatrice ? Pervers, on tend les fesses.
Si tous les
morceaux roulent des mécaniques de single en puissance, Midnight
Boom fonctionne également très bien en tant qu’album, du fait de sa concision
– l’affaire est emballée en une minuscule demi-heure, l'écoute en
boucle en devient impérieuse – et de son incroyable aplomb – voilà un disque qui file droit
au but, sucrant consciencieusement la moindre digression, à déguster comme une tequila frappée (M.E.X.I.C.O.C.U.). Tout ici est rudesse hilare et joyeuse
simplicité. Fredonnables illico, les mélodies sont du genre sparadrap du
capitaine Haddock, la secousse binaire qui leur sert d'ossature groovy ferait
passer le jeu de Meg White pour une
équation rythmique au cinquième degré et les textes, de pure forme, ont le bon goût de préférer aux
métaphores filées et aux développements poétiques l’acronyme, le ahanement et l’onomatopée,
ces espéranto pop.
morceaux roulent des mécaniques de single en puissance, Midnight
Boom fonctionne également très bien en tant qu’album, du fait de sa concision
– l’affaire est emballée en une minuscule demi-heure, l'écoute en
boucle en devient impérieuse – et de son incroyable aplomb – voilà un disque qui file droit
au but, sucrant consciencieusement la moindre digression, à déguster comme une tequila frappée (M.E.X.I.C.O.C.U.). Tout ici est rudesse hilare et joyeuse
simplicité. Fredonnables illico, les mélodies sont du genre sparadrap du
capitaine Haddock, la secousse binaire qui leur sert d'ossature groovy ferait
passer le jeu de Meg White pour une
équation rythmique au cinquième degré et les textes, de pure forme, ont le bon goût de préférer aux
métaphores filées et aux développements poétiques l’acronyme, le ahanement et l’onomatopée,
ces espéranto pop.
Sprint désinvolte,
obsédé par la ligne d’arrivée, pressé de jouir, Midnight Boom n’en garde pas moins un sens affûté du détail qui
tue, filigrané d’instants de grâce presque indicibles qui atteignent leur zénith
subliminal au moment où les ultimes notes de Getting Down se mêlent aux premières mesures, idéalement raccord,
du génial Last Day of Magic – ça n'a l'air de rien mais on n'est pas prêt de s'en lasser. Mentions également à U.R.A.
Fever, qui donne le la (sauvage, le la…), et à Alphabet Pony, dont la sobriété tordue et sans concessions évoque certaines expérimentations pop du Sonic Youth 90s (Bull in the Heather en flash-forward ?).
obsédé par la ligne d’arrivée, pressé de jouir, Midnight Boom n’en garde pas moins un sens affûté du détail qui
tue, filigrané d’instants de grâce presque indicibles qui atteignent leur zénith
subliminal au moment où les ultimes notes de Getting Down se mêlent aux premières mesures, idéalement raccord,
du génial Last Day of Magic – ça n'a l'air de rien mais on n'est pas prêt de s'en lasser. Mentions également à U.R.A.
Fever, qui donne le la (sauvage, le la…), et à Alphabet Pony, dont la sobriété tordue et sans concessions évoque certaines expérimentations pop du Sonic Youth 90s (Bull in the Heather en flash-forward ?).
Les Kills pètent
tellement la forme qu’ils
en arrivent même – ultime signe de confiance chez ce faux couple connu pour ses
manières de chat échaudé – à baisser la garde, le temps d’une
splendide paire de ballades toutes griffes rentrées. L’instant est rare,
l’instant est beau, il faut le savourer. Car on doute que le duo offre jamais, à
l’avenir, un visage aussi apaisé que sur ce Goodnight
Bad Morning bordé par le marchand de sable ou
ce Black Balloon léger comme
l’hélium. “Farewell my black balloon”, y susurre VV à l’infini, tandis que l'on regarde à ses côtés les sombres
pensées d’hier s’envoler nonchalamment dans un ciel soudain serein. Mais pour combien
de temps ?
tellement la forme qu’ils
en arrivent même – ultime signe de confiance chez ce faux couple connu pour ses
manières de chat échaudé – à baisser la garde, le temps d’une
splendide paire de ballades toutes griffes rentrées. L’instant est rare,
l’instant est beau, il faut le savourer. Car on doute que le duo offre jamais, à
l’avenir, un visage aussi apaisé que sur ce Goodnight
Bad Morning bordé par le marchand de sable ou
ce Black Balloon léger comme
l’hélium. “Farewell my black balloon”, y susurre VV à l’infini, tandis que l'on regarde à ses côtés les sombres
pensées d’hier s’envoler nonchalamment dans un ciel soudain serein. Mais pour combien
de temps ?
The Kills – U.R.A. Fever
The Kills – Cheap & Cheerful


Ajouter un kommentaire