Pete & the Pirates: Little Death
Avec Pete & the Pirates, rien n'est compliqué. On glisse les mp3
téléchargés avec la bénédiction de la maison de disque (véridique !) dans
le lecteur et d'emblée le ton est donné : après 1 minute de Ill Love, ça s'époumone déjà en chœur.
Et sévèrement. Plus genre victoire des Reds à Anfield que derby de D2. Genre fougue
et classe. Happés par tant d'enthousiasme, nos pieds ne mettent que peu de temps
à suivre le mouvement. Come On Feet
dérouille sérieusement lui aussi. Guitares cracra comme il faut, handclaps
sauvageons, basse plombée comme un bon vieux super millésimé 1965 et toujours
ces voix qui scandent à l'unisson et à tout va. Puis sans crier gare, vient la
surprise. On se croyait embarqués dans un train fou aux freins cisaillés quand
surgit sur les rails, venu de nulle part, ce She Doesn't Belong To Me. Ouvert comme une ballade que n'aurait pas
reniée le Belle & Sebastian des
premières heures, le morceau met pour la première fois en avant la voix délicate
de Tom Sanders. 2 minutes pile de construction pop parfaite où les vies
adolescentes se consument à toute allure pour se clôturer, ébouriffées, sur un
définitif I've been trying to forget that she doesn't belong to me. Magistral.
Détour dans les bois, le temps de
chasser sur les terres cradingues des Black
Lips (Lost in the Woods),
nouvelle pause tartine (Moving) et
re-choc. Là, on se dit que décidément quelques chose se passe ici. Knots pompe sévèrement dans nos artères.
Nerveux, compact, échevelé, le truc prend aux tripes comme pas possible et
donne juste envie d'appuyer indéfiniment sur replay. A vrai dire, on n'avait sans doute plus ressenti ça depuis le
premier Arcade Fire. Rien de moins. Et toujours ces angoisses post-adolescentes résumées en quelques lignes impeccables d’immédiateté (Get
out of the bed/It's the wrong one/…/Sometimes I can't see your face/It makes me
sad).
Quelques envolées et ballades plus tard, on s’éprend encore de la pop directe de Mr Understanding, du lyrisme propret et patient de Song for Today (4’06, record de longueur de l’album…) et de Bright Lights, final tout en vocalises et guitares claquantes qui nous laissent essoufflés mais avec la furieuse envie de repartir pour un tour de montagnes russes. Comme à 15 ans en somme. Car c’est de ça qu’il est question ici. Fraîchement débarqués de Reading, avec leur nom prédestiné (prémédité ?), Pete et ses quatre pirates anglais assument pleinement leur complexe de Peter Pan. Faire un boucan de tous les diables, crier à tue-tête, mais aussi pleurer à chaudes larmes, pourvu qu’émotion et classe soient là. Et si leur Little Death, au titre tout aussi ad hoc, ne révolutionnera certes pas la face du rock, au bout de ces quelques 36 minutes fiévreuses, on n'en est pas moins aux anges. Un truc est passé et ce n’était pas un ange justement.
Knots


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