I know who killed me

Aubrey Fleming, une jeune lycéenne de bonne famille est enlevée et
torturée par un tueur en série. Après être parvenue à s'échapper, la jeune
fille reprend conscience à l'hôpital et affirme qu'elle n'est pas celle que
tout le monde pense. Selon elle, la vraie Aubrey Fleming est toujours en danger de
mort.

Ca y est, on en
tient un. C’est tellement rare qu’on a bien envie de le chouchouter, le
dorloter, de le mettre en confiance pour qu’il se livre sans aucune retenue. Un
petit bijou, un diamant brut, un film sans compromis que seul quelques
réalisateurs arrivent à conclure à force de ténacité et d’obstination. Qu’il a
eu raison Chris Sivertson de s’insurger contre les frasques de cette petite
coquine de Lindsay Lohan, craignant qu’une conduite en état d’ivresse vienne
faire ombrage aux qualités intrinsèques de son chef d’œuvre. C’est vrai que ce
serait dommage de passer sous silence cette prouesse culturelle de haut vol qui
ne repose finalement pas sur les épaules mouchetées de la vilaine pochtronne. Qu’on
aurait bien voulu pouvoir discuter le bout de gras avec ce réalisateur
visionnaire mais, en même temps, difficile de communiquer avec un sourd profond
aveugle de naissance… Ah, tiens, autant pour moi, la rédaktion m’informe que, tout aussi
incroyable que cela puisse paraître, ce cinéaste serait en pleine
possession de ses cinq sens. Plus besoin d'être compatissant alors ? Parce qu'il est évident, à la vision d’I KNOW WHO KILLED ME, que quelque
chose merde dans son fonctionnement. Il est clair qu'il faut être complètement
à côté de ses pompes pour venir vanter les mérites des performances techniques
d’une AIXAM contrefaite assemblée en Malaisie, tout en restant persuadé que le
bricolage maladroit vaut n'importe quel 4X4 allemand. Si prouesse il y a, c'est dans la prodigieuse compilation d'autant de faux pas en 105 petites minutes qu'il faut la chercher.

Devant un tel
foisonnement, difficile de faire un choix et de savoir par où commencer. Un
scénario bancal et des dialogues qui laissent songeur sur les facultés
mentales de leur auteur pourraient, sans doute, constituer un bon point de
départ. Emboîter le pas sur une mention cinq étoiles pour un casting désastreux
et souligner les pertes de rythmes abyssales serait peut-être trop facile. Outre
une mise en place lacunaire et bordélique, il faut rendre à ce petit zélé de
Sivertson ce qui lui appartient (qu’il le prenne et qu’il le garde bien
surtout). Il n’a pas hésité à défendre un parti pris esthétique courageux et
tranché. En espérant pour lui que c’est le résultat d’un pari de fin de soirée
entre mecs bourrés plus qu’une certitude de défendre une patte originale. Parce
que, sa volonté de resservir du bleu dans chaque plan tourne vite au ridicule.
C’était déjà difficile de passer à côté de son obsession chromatique et,
pourtant, le collier bleu (ah tiens ?) de l’affreux matou sous chimio se
devait apparemment d’être trituré ostensiblement pour que la Silvertson’s touch
apparaisse de façon éclatante. C’est vrai que des yeux bleus, des pilules
bleues, des gants bleus, des roses bleues et des transitions bleues, ce n’était
vraiment pas suffisant.  

Cependant, avec sa
première paire de nibards au bout de 20 secondes, I KNOW WHO KILLED ME présentait des
statistiques ambitieuses dignes d'un Russ Meyer. Mais même
les scènes de Pole dance, sous leurs relents de Métal clouté, sont justes vulgaires
et assourdissantes. Le soi-disant thriller sulfureux sent définitivement plus
le souffre que la cyprine. Les dernières effluves surnaturelles sur fond de
voix chevrotantes et la découverte surprenante (on avait complètement oublié
qu’il y avait un tueur) du fameux psychopathe achèveront les téméraires qui auront résisté jusqu’à la dernière bobine.

Imparfait, ce cas
d’école a, malgré tout, une vraie qualité pédagogique et prend le risque de
poser des questions qui sont autant d’enjeux philosophiques forts : Les
chats sans poils, est-ce bien sérieux ? Est-il aisé de découper un poignet
avec un couteau translucide bleu clair ? Est-ce facile de se mettre à genoux
avec une jambe amputée ? Est-ce un avantage pour faire le grand
écart ? Les premiers modèles Terminators devaient-ils se balader avec un chargeur pour éviter d'être à court de batterie et de s’écrouler comme des
merdes ? Est-ce que le piano rend fou ? Si un jumeau s’astique, son frère risque-t-il d'avoir les doigts qui collent ? Qui a peur des
hiboux ? Fantomas se serait-il trompé de couleur de masque ? Tant de thèmes
en filigranes qui invitent à une intense réflexion.    

Malgré un beau potentiel humoristique, que le public sauvage du BIFFF qui aura l’immense privilège de participer à ce lynchage d’assister à sa projection en avant-première ne s’emballe pas trop vite. I KNOW WHO KILLED ME reste
tellement premier degré et prétentieux qu’il est souvent difficile d'en rire. Pour ma
part, quitte à devoir bouffer de l’azur, je préfère me retaper l’intégrale des Schtroumpfs. Entre les gambettes de la Schtroumpfette et l’arrivée de Gargamel qui
me fait sursauter à chaque fois, je vais encore avoir du mal à dormir.

 

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