Vantage Point
ANGLES D'ATTAQUE – Salamanque,
Espagne. Le Président des Etats-Unis doit prononcer un discours décisif
scellant une alliance internationale de lutte contre le terrorisme. Devant des
milliers de témoins et les caméras du monde entier, il se fait tirer dessus. Pour
les agents Barnes et Taylor, en charge de sa protection, commence alors une
course contre la montre pour trouver et neutraliser les responsables de cet
attentat. Parmi tous les témoins présents, huit d'entre eux – chacun avec son
point de vue, chacun avec une pièce du puzzle – vont les aider à faire la lumière sur une incroyable vérité…
Avec son parti pris narratif et son casting vitrine, VANTAGE POINT
augurait de bien bonnes choses. Mais dans un générique comme dans un contrat d'assurance,
c'est parfois ce qui est écrit en toutes petites lettres qui s'avère, au final,
le plus déterminant. Passée l'esbroufe du haut de l'affiche, un nom
reste, celui de Neal Moritz. Producteur prolifique, l'homme arbore un curriculum
vitae propre à se torcher le derche.
Il faut avouer qu'entre les XXX (1&2), I KNOW WHAT YOU DID LAST SUMMER
(1,2&3), URBAN LEGEND (1&2) ou la série en cours des FAST AND FURIOUS
(1,2,3,4 & ?) le financier ne cherche pas tant la reconnaissance artistique
que le retour sur investissement. La
recette est simple, un pitch de quelques lignes et des images plein la gueule
pour vendre des tickets duo aux pilotes de Seat Ibiza kitées qui trimbalent leurs putes à franges frimer du frein à main sur le parking des multiplex.
Pourtant, dans ses premières minutes, VANTAGE POINT étonne. Dénonçant à
demi-mot l'arrogance américaine et sa part de responsabilité dans l'action
terroriste, la machine Hollywoodienne retient son souffle. Des coups de feu,
une déflagration lointaine, une nouvelle bombe explose. Un nuage de poussière
s'élève dans les airs. L'écran est assiégé. L'image se fixe. Un bref fast
rewind et le temps reprend son cours. La suggestion a presque sa marque déposée, mais elle fonctionne encore. Les images du 11 septembre 2001 suintent de
l'inconscient collectif et chacune des détonations résonne comme autant d'échos
d'événements liés à une iconographie télévisuelle familière. Evidemment, la pause
respiratoire est de courte durée et, rapidement, le moteur repart à plein
régime, inspirant et expirant à un rythme effréné. Dès lors, on s'aperçoit très
vite que la multiplicité des points de vue n'est pas tant l'expression de
subjectivités qu'un ressort scénaristique visant à distiller les informations. Les fragments de vérités doivent s'assembler et
c'est bien là la seule fonction de ces sautes temporelles. Et que l'on ne
vienne pas nous bassiner avec un soi-disant questionnement du statut de l'image.
Ce n'est pas parce que Marc Dorcel use et abuse du gros plan qu'il s'impose comme théoricien de cette figure de style dans le cinéma contemporain.
Outre la référence autoproclamée au RASHOMON de Kurosawa, le procédé narratif louche surtout du côté de 24, BOOM TOWN ou SNAKE EYES, mais la comparaison
s'arrête là. Parce qu'on n'est pas là pour se morfondre ou pondre une thèse sur les enjeux
sociopolitiques du terrorisme. Il faut que ça envoie et que ce soit du lourd. Alors on ne chipote pas et on balise le récit en
plaçant des personnages typés (le héros traumatisé par son passé, le méchant
terroriste arabe, le gentil touriste américain, le vilain traître,…) et on se
lance dans une histoire qui a pour unique fonction le maintien constant du spectateur en haleine. Tant pis si l'on
réduit la musique andalouse à une guitare classique, si la chemise de Dennis Quaid, après une explosion et un accident de
voiture, sort toujours d'une pub pour Dash. Peu importe que le portable de Saîd Taghmaoui (LA HAINE,
THREE KINGS), fasse micro-ondes, lance roquette ou planche à pain. Qui
s'intéresse aux sombres motivations d'un sinistre groupuscule arabe?
Tous dans le même sac ces gens qui crèvent la misère dans leur désert… Depuis quand ont-ils besoin d'une raison pour tout faire sauter ? Est-ce
que toutes ces approximations dérangent quelqu'un ? Oui… nous.
Si VANTAGE POINT est un thriller haletant, il cumule les incohérences et
tire sur des gros filins apparents pour en venir à glorifier, comme il se doit,
le brave serviteur de toujours et son gentil patron de président qui, quoi
qu'on en dise, est un super gars muni d'une bonne grosse paire de 8 balls bien viriles. Finie la contestation,
l'ordre est rétabli, l'Amérique triomphe et, si vous n'êtes pas convaincu,
c'est que vous n'avez rien compris ou que vous êtes un sympathisant d'Al-Qaïda.
Servie par de très
bons acteurs, la nouvelle production de Neal Moritz ne privilégie que l'efficacité et
anesthésie. Le cerveau se met en veille et c'est mieux pour lui, car au-delà
de ce tableau automatique cloîtré dans le premier degré, celui qui creuse se retrouvera vite perdu dans un nuage de poussière.


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