Doomsday
BIFFF 2008 –
Lorsque l'Ecosse est contaminée par un virus qui détruit les
neuf dixièmes de sa population en quelques jours, le gouvernement anglais
décide d'isoler le pays et ceux qui s'y trouvent encore en construisant un mur infranchissable.
30 ans plus tard, le virus refait surface au cœur de Londres et un commando est
envoyé de l'autre côté du mur pour trouver un vaccin en plein No Man's Land
peuplé de survivants barbares et de gangs rivaux ultra violents…
Il y a un certain consensus sur le web qui veut que celui
qui se prétend amateur de genre doit obligatoirement défendre DOOMSDAY contre la
horde de ses détracteurs, principalement non initiés. Les uns scandent fièrement
les références qu'ils ont pointées quand les autres crient au simple plagiat
sans intérêt, scrapbook disgracieux de classiques du cinéma d'exploitation des
années 80. On a envie de trouver des excuses à ce sympathique réalisateur
britannique. Neil Marshall a fait le tour du monde des festivals fantastiques
avec DOG SOLDIERS, son premier long métrage qui mettait face à face un groupe
de militaires et une horde de lycanthropes allergiques à l'uniforme. Un essai osé
qui s'est transformé en véritable plébiscite en 2005 lorsque le succès mérité de
THE DESCENT, oppressant carnage féministe, a magnifiquement contribué au
renouveau du cinéma d'horreur anglais.
Les lauriers récoltés alors, Marshall devra bien les faire
bouillir pour fabriquer les litres de tisanes nécessaires à la digestion de son
troisième film. Nouvelle preuve qu'un artisan travaille souvent mieux dans sa
caverne, le Marshall à ciel ouvert réalise un long métrage d'enfant pauvre lâché
dans les rayons d'un magasin de jouet avec une Visa. Il se fait plaisir et sort,
flambeur, du confinement imposé par ses budgets cintrés précédents, tout
persuadé que son euphorie nostalgique peut être aussi contagieuse que la Tarantinite.
Marshall et le réalisateur de DEATH PROOF partagent une fascination pour le
genre au sens large et si le premier met un point d'honneur à lui rendre
hommage, il ne peut malheureusement se résoudre à choisir entre ses différents
registres. Avec DOOMSDAY, on est plus dans l'enfilade que dans la partouze mélangiste
et les strates de se succéder sans la moindre cohésion. On entre dans le film
par un prologue narratif similaire à celui d'un 28 WEEKS LATER et c'est vite les
images de ESCAPE FROM NEW YORK qui nous viennent à l'esprit quand notre
toujours borgne Snake Plissken féminin (incarné par la démontable mais
indéchiffrable Rhona Mitra) est envoyé en territoire hostile. La suite passe,
entre autres, par MAD MAX et THE ROAD WARRIOR avant une improbable transition à
la LORD OF THE RINGS (avec archer, panoramique de la compagnie en marche dans
la nature et même une traversée de la Moria) vers un revival médiéval plus vrai
que nature, probablement plus ridicule aussi et pas seulement à cause de ce
poivrot de Malcolm McDowell en méchant despote.
Le rythme est toujours soutenu par les basses des tubes 80's
et de la castagne sanguinolente, mais on commence à se lasser de cette
succession de passages obligés. Une scène d'arène plus tard, voilà nos héros
embarqués dans une course poursuite en Bentley flambant neuve tirée d'une
caisse en bois… il fallait aussi avoir le culot de se l'offrir celle là tout
comme la pute à poil armée d'un shotgun, le lapin qu'on éclate, le Sigue Sigue
Sputnik décapité, l'œil webcam wifi, la voiture qui explose quand on la balance
d'une falaise et le Bob Hoskins complètement à côté de la plaque qui traîne son
air grave là où sa police d'assurance lui permet de le faire (vous allez pas
nous le faire sauter dans la campagne ou se rouler dans la boue pour des
cascades hein ?). Ajoutez un final convenu et une petite larme sur le
visage décidement inexpressif de la belle héroïne et il est temps de
remballer. Il s'est visiblement bien amusé, mais si, comme les enfants, Neil Marshall pouvait se lasser aussi vite de
ses jouets, on serait ravi de le voir revenir à des choses plus sérieuses…
[K-web a rencontré Neil Marshall pour discuter un peu de DOOMSDAY et de ses projets à venir. La vidéo de l'interview est disponible par ici.]


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