Eden Log
BIFFF 2008 – Un homme reprend
conscience au fin fond d'une grotte. Tolbiac n'a pas la moindre idée des
raisons qui l'ont amené jusque-là, pas plus qu'il ne sait ce qui est arrivé à
l'homme dont il découvre le cadavre à côté de lui. Seule solution pour échapper aux créatures qui le poursuivent : remonter jusqu'à la surface à travers un réseau
tentaculaire délabré aux allures de cimetière. Tout laisse à penser que les lieux ont été abandonnés par une mystérieuse organisation, Eden Log.
Encore une fois, le BIFFF est l'occasion pour nous pauvres
belges de voir en salle un film atypique sorti depuis des lustres chez nos
voisins français. Qu'un DANTE 01 arrive à se frayer un couloir temporel jusque
dans nos multiplex avec son budget réduit de moitié en plein tournage, sa
structure déglinguée et toute sa prétention doit être, encore une fois,
souligné comme une aberration logique à l'heure où un EDEN LOG est arrêté net à
la douane des genres. Franck Vestiel, metteur en scène français de 37 ans, a également
travaillé sur DANTE 01 comme premier assistant réalisateur, mais son premier
film, bien qu'originaire de la même galaxie, s'éloigne de quelques années
lumières du pathétique résultat atteint pas Marc Caro. Et c'est vraiment le
réalisateur qui semble faire la différence. Parce qu'avec EDEN LOG, on est
encore dans un film de genre français, on a encore affaire à une histoire
futuro-symbolique (fil d'Ariane, labyrinthe, jardin d'Eden et compagnie) et qui
plus est de nouveau écrite par Pierre Bordage (FRONTIERES). On a même Clovis
Cornillac en rôle principal et aux dernières nouvelles, il s'agit encore d'un
nom autant, si pas plus vendeur que celui de Lambert Wilson. Alors au début, au
moment de la classique citation biblique qui fait chier, on a un peu peur que
le ridicule attaque le sérieux. Et on a tort. Si la photo de Vestiel s'inspire
du Caro et Jeunet des débuts (LE BUNKER DE LA DERNIERE RAFFALE), il apporte naturellement
d'autres influences pour cadenasser son prototype avec des codes décidemment nécessaires.
On pense de loin au CUBE de Vincenzo Natali, on insistera plus sur les rapports
plus étroits que le film entretient avec ALIEN (la situation d'un des personnages
renvoie tant au Christ qu'aux derniers instants du Capitaine Dallas), les films d'Aronofsky (principalement
PI et THE FOUNTAIN), TETSUO et surtout les deux versions de SOLARIS (surtout au
niveau du levé de voile sur l'intrigue et de l'excellente ambiance sonore). Les
créatures sont un croisement réussis et vraiment crédible entre le licker de la
saga RESIDENT EVIL, Toxic Avenger, les monstres aveugles de THE DESCENT et une ancienne
camarade de classe qui se reconnaîtra. L'ambiance crasse est à couper au
couteau.
Alors qu'est-ce que EDEN LOG ? Un film encore rare
réalisé avec une vision et beaucoup de travail, peu d'argent et l'appui d'un
acteur en vogue qu'on a connu beaucoup moins inspiré et qui occupe solidement l'écran en permanence. Tolbiac se réveille dans
la merde et beaucoup de spectateurs en resteront malheureusement là du point de
vue de la compréhension de l'histoire (les dialogues souvent inaudibles ne
facilitent pas les choses). Mais pour celui qui est à l'aise avec le milieu et cette
façon initiatique de le dépeindre, EDEN LOG est un joli parcours. Franck
Vestiel peut se targuer d'un premier film déjà abouti tourné dans des décors
de bric et de broc foutus en pagaille avec une photographie sombre et magnifiquement contrastée.
D'étapes en étapes, de salles en salles, d'étages en étages, le compte à
rebours enclenché par Franck Vestiel avant que la vérité n'implose est une
minuterie lente, parfois répétitive à l'image du premier plan et de ses
pulsations de lumière agissant comme le métronome de la totalité du film. L'occasion
d'injecter quelques trouvailles visuelles (les scènes de projection sont
particulièrement inventives) et de bien préparer le réveil de sa bête (la scène
d'amour/viol dans l'ascenseur passe vraiment bien tant à l'image qu'au niveau
de la symbolique narrative). Au final, comme dans les grands films de SF, le
spectateur est laissé dans l'introspection et il faut bien admettre que le
message clair du film, comme son concept d'ailleurs, n'est pas si naïf que ça. Tant
que le genre en France nous donnera des EDEN LOG à la place des CHRYSALIS, on
sera sur la voie de la rédemption. Malgré un flirt dangereux, on est de toute
façon contents qu'il ne s'abîme pas dans le même délire mystique qu'un THE
FOUNTAIN, un BLUEBERRY ou un DANTE 01 justement. C'est rassurant de constater
qu'en France aussi, on est capable de tirer des leçons des échecs dont on est,
en partie,responsables.


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