[Rec]
BIFFF 2008 –
Angela est journaliste pour une
télévision locale. Accompagnée de son caméraman, elle relate le quotidien de
ceux qui travaillent la nuit. Ce soir, elle est dans une caserne de pompiers.
La nuit est calme, aucune urgence. Jusqu'au coup de fil d'une vieille dame qui
réclame du secours. La petite équipe de reporters suit les pompiers et découvre en arrivant sur
place des voisins très inquiets. D'horribles cris ont été entendus dans
l'appartement de la vieille Conchita…
En préambule lors de la présentation de son film au BIFFF, Jaume Balaguero (LOS
SIN NOMBRE, DARKNESS) nous prévient, [REC] n'a qu'une seule prétention :
nous faire peur. Voilà un pari qui peut paraître simpliste. Pourtant, il est
devenu plus facile aujourd'hui de se dégoter un presse-papiers réalisé avec les testicules d'un ours blanc figées dans un cube de verre, que de
tomber sur un film capable de descendre le trouillomètre à moins quinze. Ultra
codifié, le genre horrifique ressert trop souvent le même ragoût de tripes
en se contentant de jouer sur l'assaisonnement aux relents archi connus. En sera-t-il autrement cette fois-ci ?
Entre le tsunami nippon de ces
dernières années et une première vague ibérique, le cinéma horrifique s'était
fait rafraîchir les fondements. Mais la marée s'est vite remise à rapporter vieilles godasses et boîtes de bobines rouillées. Alors difficile de dire si on assiste réellement à une nouvelle secousse au pays de la tortilla et des corones. Après
JUAN ANTONIO BAYONA et son EL ORFANATO, c'est au tour de Balaguero et Paco Plaza (EL SEGUNDO NOMBRE, ROMASANTA)
de remettre le couvert pour le prolifique label Filmax (THE MACHINIST, TRANSSIBERIAN) de Julio Fernandez. Le duo opte pour le modèle de la téléréalité,
dépouille la mise-en scène et prend le parti de la caméra subjective. Procédé
pas vraiment nouveau, surtout dans le genre (CANNIBAL HOLOCAUST, BLAIRWITCH PROJECT,
CLOVERFIELD et la récente débâcle de DIARY OF THE DEAD), mais que le cinéma n'a pas encore usé jusqu'à la corde pour autant. Si ces antécédents filmiques relèvent
d'un même symptôme formel, la réalisation de [REC] les balaye d'entrée du revers de
ses quatre mains pour mieux affirmer ses influences issues des codes
télévisuels et du jeu vidéo (RESIDENT EVIL, SILENT HILL et le FPS de couloirs). Comme ce reportage réalisé par deux français le jour des attentats du 11 septembre 2001, l'histoire démarre d'une caserne de pompiers, mais la référence sert surtout à intégrer le spectateur au plus profond de l'histoire qui va rapidement prendre des allures de huis clos.
Frontal et direct, l'exercice de la caméra subjective a pour avantage de
quasiment annihiler le filtre fictionnel du cinéma et avec lui le caractère rassurant des images laissant d'ordinaire au spectateur la possibilité de prendre du
recul. C'est
d'autant plus efficace que Balaguero et Plaza assument pleinement les lacunes
stylistiques de leur choix et ne succombent pas à l'envie de montrer qu'ils
sont capables de lécher leurs images (la courte filmographie de Balaguero en témoigne suffisamment). Le geste est brutal, les mouvements
chaotiques, le ton est respecté.
Décomplexés, les deux bonshommes n'en sont pas
moins impressionnants dans l'utilisation de leur outil. Ruptures sonores, image
floues, noires, vision nocturne, les figures se succèdent comme autant
d'agréments d'une mise en scène incroyablement maîtrisée surtout dans les longs
plans séquences qu'elle aligne, sans frime, avec une habilité spectaculaire. Si l'on ajoute à cela des
acteurs en roues libres avec une justesse
de jeu saisissante, les situations qui s'enchaînent réussissent à graduellement faire monter la tension. Angela occupe le cadre, Pablo
filme. Les couloirs de l'immeuble orientent le regard, bloquent la vision et comme dans un First Person Shooter à la DOOM, le
besoin de voir devient vital. Ne pas se retourner sous peine de perdre le
contact. La paranoïa s'installe. Mais Balaguero et Plaza prennent leur temps et
contiennent l'horreur pour intelligemment la diffuser par bribes.
Malgré tous
ces efforts, REC ne suscite pas tant de la peur que du stress. Car lorsque les
premiers zombies se dévoilent, le sentiment primaire se dissout, ne résistant pas
aux limites de nos craintes collectives ancrées dans le réel. Le filtre
fictionnel reprend du poil du mort. Même si la conscience de l'impossible
apparaît, le réalisme tient suffisamment bon, tentant à tout prix de masquer les limites du
genre. Au-delà de ses qualités, on regrettera quand même l'un ou l'autre plan
dont la construction est soit un peu plus artificielle, soit se laisse pauvrement deviner (le pied devant la caméra, le 360 degrés au dessus de la trappe, le Fast Rewind inutile) ainsi qu'un lambeau
de justification bien dispensable dans le troisième acte globalement inférieur au reste.
Excellent film de genre, bon film
tout court, [REC] n'est pas non plus le traumatisme hispanique annoncé, mais il devient, avec CLOVERFIELD et THE BLAIRWITCH PROJECT, l'un des trois archétypes d'un procédé qu'il faudrait maintenant et idéalement laisser reposer en paix… C'est sans compter sur une bande de lourds chez nos amis ricains qui prépare un remake de [REC] qui s'intitulera QUARANTINE. Le marketing viral a déjà commencé…
Mieux qu'une bande-annonce, voici la réaction des spectateurs filmée en infrarouge durant la projection du film au festival de Sitges (on comprend mieux le prix du public remporté là-bas) :

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