Fuck Buttons: Street Horrrsing

Dès l'entame, on sent qu'on va aimer, voire adorer, la musique de Fuck Buttons, sans trop savoir dire
pourquoi d'ailleurs. Le duo (composé de deux bristoliens : Andrew Hung et
Benjamin John Power), propose une électro minimaliste et répétitive qui s'étend
pépère sur des formats d'une longueur souvent synonyme d'ennui carabiné. Savoir
que les lascars proviennent du milieu de la musique expérimentale la plus
intransigeante, ascétique et douloureuse pour les esgourdes qui soit ne
surprend absolument pas à l'écoute de ce premier album. Mais dès la première minute
de Sweet Love for Planet Earth, le
charme, aussi inexplicable qu'indéniable donc, opère plein pot. Et il faudra
attendre les derniers accords suaves et distordus de Colours Move pour commencer à sortir de la douce torpeur que
distillent les cinquante minutes de Street Horrrsing.

Et les comparaisons les plus flatteuses de se bousculer au portillon :
Autechre, Tangerine Dream, György
Ligeti
(en particulier ses compositions les plus compactes et statiques, à
la manière de son Lux Aeterna utilisé
dans 2001) voire même My Bloody Valentine,
car, oui, cet album n'est pas loin d'atteindre le potentiel de fascination,
d'enchantement musical de Loveless, c'est
dire… Le traitement réservé au son, distordu, maltraité et réverbéré, impose,
malgré la distance entre les deux disques, cette comparaison. Mais, au petit jeu
de la filiation, c'est la figure tutélaire de Brian Eno qui s'impose avec la plus indiscutable évidence. La
musique de Fuck Buttons charrie le même paradoxe qu'un Music for Airports ou même Another
Green World
, parvenant à usiner avec sa matière purement synthétique un
tissu musical organique, pulsionnel et vibrionnant.

On assiste, médusés, à la naissance et à la mort d'un monde, de la
poussière d'étoile à la supernova en passant par la jungle primordiale et
l'aube de l'humanité. Si l'art peut se comprendre comme la création d'un
univers, alors force est de reconnaître que celui de Fuck Buttons atteint des
dimensions proprement cosmiques. S'il faut une certaine dose de bonne volonté
pour pleinement goûter à ce long hymne incantatoire et shamanique, délibérément
lancinant, l'effort en vaut la peine et pas qu'un peu. Une musique du genre à vous
donner le goût de redécouvrir le spectacle d'un soleil levant, la caresse d'un
souffle de vent. Rien de moins : Street
Horrrsing
s'impose comme LA bande son de tous nos émerveillements.

 

                                                             Bright Tomorrow

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