Los Cronocrimenes
TIME CRIMES – Attiré par une paire de nichons aperçus avec ses jumelles à travers bois, Hector se retrouve bien malgré lui victime d'une expérience scientifique qui le propulse quelques heures dans le passé. Le pauvre homme, littéralement face à lui même, met tout en oeuvre pour sortir de la boucle dans laquelle les catastrophes et ses doubles continuent à se multiplier…
Après sa nomination aux Oscars en 2005 pour le court-métrage 7:35 IN THE MORNING, l'acteur, scénariste et metteur en scène espagnol
Nacho Vigalondo réalise un premier
long métrage impressionnant de maîtrise. Derrière une affiche trompeuse dans le genre qu'elle semble indiquer, Vigalondo cache une histoire tout autre. Son récit de voyage dans
le temps est dépouillé de tout effet spécial et constitue un beau prétexte à une
démonstration de véritable Duplo scénaristique. LOS CRONOCRIMENES (TIME CRIMES)
n'a pas la prétention de couvrir l'équivalent d'une trilogie bien connue. Que
du contraire. En isolant le petit paradoxe temporel dont est victime Hector, il
limite son ambition à un court segment défini qu'il ne reste qu'à polir,
lustrer et polir encore pour affiner jusqu'au plus petit engrenage, partie d'un casse
tête agréablement ludique. Avec une écriture qui rappelle celle de 11:14 (avec Hilary Swank
et Patrick Swaze), Vigalondo se démarque rapidement du ton rock'n'roll de Greg
Marks pour installer une cadence plus posée, axée sur la répétition des détails
et le comique de situation. En résulte un film soigné porté par des acteurs
sobres à l'image de Hector, homme moyen d'âge mûr qu'incarne parfaitement Karra Elejalde
(vu entre autre dans LOS SIN NOMBRE de Jaume Balaguero). Tous exécutent une
partition précise, remixée au montage pour éviter la moindre flingue. Le gros
morceau, celui qui impressionne par la technique et la vision d'ensemble qu'il
aura nécessité dès le départ, c'est donc ce scénario bourré de passerelles et
ramifications spatio-temporelles qui font toute la succulence du film.
La
tâche d'écrire une oeuvre traitant des voyages dans le temps peut être plus ou
moins ardue en fonction des aspects qui sont creusés. A l'inverse d'un TIME COP
ou d'un TERMINATOR, LOS CRONOCRIMENES choisit la voie la plus économique, mais plus difficile en ciblant le paradoxe temporel causé par le
aussi la
dédoublement physique d'un sujet actif. Le cas existait déjà dans BACK TO THE
FUTURE comme en tant qu'effet secondaire d'une intrigue plus vaste. Nacho Vigalondo en fait le centre de son film. Imaginez qu'une personne remonte le cours du temps de
quelques instants. Juste assez pour coexister avec un ou plusieurs de ses
homologues selon le nombre de voyages effectués. Où se situe le problème ?
Le docteur Emmett Brown vous l'expliquera mieux que quiconque : « cette rencontre
créerait un paradoxe temporel dont l'issue engendrerait une réaction en chaîne
qui pourrait déchirer le tissu-même du continuum espace-temps, provoquant la
destruction totale de l'univers. Hypothèse la plus pessimiste, car le cataclysme
pourrait être plus localisé et affecter uniquement notre galaxie. »
En
réalité, si en matière de failles temporelles, Richard Kelly s'est
suffisamment attardé sur les aléas désagréables conduisant à fin du monde dans DONNIE
DARKO et SOUTHLAND TALES, on sait depuis l'excellent PRIMER qu'un petit
paradoxe peut avoir des conséquences, certes fâcheuses d'un point de vue
personnel, mais finalement bien moins mégalos que prévu. En choisissant cette seconde école, Nacho Vigalondo accumule les points de comparaison avec le film réalisé en
2004 par Shane Carruth (lui aussi auteur, acteur et réalisateur de son oeuvre).
Si bien qu'on a un peu de mal à aborder ce voyage avec la virginité espérée par
son réalisateur. Bien sûr, LOS CRONOCRIMENES, en dépit de son titre, est moins
sombre et plus digeste tant dans sa compréhension que dans son dénouement, mais à moins qu'une machine ne le propulse quelques années avant la
sortie de PRIMER, le film de Nacho Vigalondo perd malheureusement beaucoup de sa fraîcheur. Et c'est ici que les Romains s'empoignèrent parce que l'existence même d'une telle machine à remonter le temps suppose que sa deuxième utilisation soit réservée à PRIMER justement, qui n'est pas moins excellent et ne mérite pas non plus d'être défloré par son cousin ibérique. On
entre alors de plein pied dans une problématique insoluble liée aux bouleversements temporels. Ainsi, de même que Nacho ne peut
pas nous expliquer comment débute son paradoxe (pourquoi la jeune fille se déshabille-t-elle
devant Hector 3 ?), on ne nous expliquera sans doute jamais comment John Connor a pu
naître, grandir, puis envoyer un de ses hommes niquer sa laide Sarah de mère. Je ne saurai jamais non plus ce que ça fait de voir
LOS CRONOCRIMENES avant PRIMER, mais ce n'est finalement pas mon problème. C'est peut-être le vôtre. Dites vous que les voyages dans le temps, c'est un peu comme les montagnes russes, même si ça reste fun, on s'amuse toujours plus pendant le premier voyage. Je sais au moins que chronologiquement, je suis toujours bon…


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