Frontière(s)

BIFFF 2008 – Un groupe de jeunes braqueurs banlieusards en cavale trouve refuge dans une auberge paumée de la région frontalière du nord de la France. Sans savoir qu'il
aurait mieux valu pour eux manger de la matraque de CRS plutôt que se retrouver
confrontés aux pratiques locales…

Quand on décide de faire inscrire en grosses lettres
sur l'affiche de son film un tel avertissement de la Commission de
Classification, il s'agit d'assurer
derrière, sous peine de s'exposer à la vindicte populaire et à l'humiliation
publique le cul à l'air, le slibard sur les chevilles. Et à ce petit jeu (sans
frontières… ah ah, ouais bon ahem…), le français Xavier Gens n'est pas loin de la sévère déculottée pour délit de
grande gueule. Hormis cette scène de sectionnement de tendons d'Achille (qui
n'est pas loin de faire aussi mal que celle de SYMPATHY FOR MR VENGEANCE ou de PET SEMETARY) par
un nazi vraiment dégénéré et une explosion de caboche plutôt bien amenée et toute digne d'un SCANNERS, le
film, à ce niveau, ne soutient pas vraiment la comparaison avec la horde de
productions bien malsaines du genre qui a fleuri dans les seventies aux States.
Pas grave hein et à vrai dire, on s'en fout un peu, c'est juste qu'il fallait pas faire le malin
comme ça quoi…

Ceci étant recadré, on ne manquera pas de saluer un film
français dont la famille de beaux consanguins a autrement plus à voir avec la
tribu du Leatherface de THE TEXAS CHAINSAW MASSACRE qu'avec le couple de
vilains Thénardier franchouillards de L'AUBERGE ROUGE. Ouf. Le cinéma de genre
français (pour autant qu'il existe…), dans le sillon creusé à la disqueuse par
un HAUTE TENSION, semble aujourd'hui enfin capable de tirer les enseignements d'une industrie américaine autrement plus rôdée et convaincante sur ce terrain. Pour
autant, FRONTIERE(S) a le bon goût de ne pas chercher à être un film français
« à l'américaine ». C'est ainsi qu'il faut voir cette scène
d'exposition dans une France de banlieue incendiaire : une volonté
d'inscrire le film dans la
France sarkoziste d'aujourd'hui. Certains ont eu le tort de
vouloir à tout prix voir dans FRONTIERE(S) un film à teneur principalement
politique voire engagée. Il n'en est rien ('c'est juste la métaphore ça, après le film reste un survival au premier degré, bien violent' nous dira Xavier Gens'). Très vite, le film évolue vers le slasher standard en rase campagne et Sarkozy, pour une fois, n'a rien à voir
là-dedans. Juste qu'il y a cette volonté, plutôt louable, affichée par Xavier
Gens de ne pas occulter l'identité française de son film et de ses personnages,
petits beurs embrouilleurs au langage de caillera. Un bon point donc. Ce qui
n'a pas empêché Gens, dans la foulée de FRONTIERE(S), de torcher un HITMAN
(déjà sorti chez nous, aléas du calendrier…) lamentable bardé de mauvais clichés…
à l'américaine. Manipulation des studios selon le principal intéressé. Il s'en expliquera dans une interview que nous publierons très prochainement.

Gens, soyons réalistes, n'a de toute façon rien d'un grand
réalisateur du point de vue de la stricte mise en scène. Abusant d'un montage syncopé et se laissant trop facilement tenter
par des images lyriques, il s'impose simplement comme un habile faiseur authentiquement cinéphile
capable de faire rimer action et efficacité. Si le film est produit chez Luc Besson, ce n'est pas pour rien. Ainsi de FRONTIERE(S) qui se
laisse regarder sans jamais passionner ou faire vraiment frémir (on est loin,
c'est sûr, de se parachuter le falzar), honnête film de vidéo club à
mater, un seau de pop corn sur la table et une poulette facilement impressionnable
au creux de l'épaule.

Un mot, quand même, sur un casting qui tient plutôt bien la
route, n'était-ce la présence d'Estelle Lefébure et Samuel Le Bihan dans la
bande. Si Lefébure reste, sans surprise, relativement crédible dans son rôle de
pute sale et malsaine, on aurait volontiers remplacé par une brute rustre et
anonyme un Le Bihan exagérément grimaçant et brailleur.

[Pédophiles, chômeurs, consanguins, Bienvenue chez les Ch'tis], le calicot qui a tout récemment fait jaser le stade de France est certes insultant envers les Ch'tis de Dany Boon, mais il n'est pas loin de flatter les gens du nord que décrit FRONTIERE(S). J'aurais juste remplacé 'Chômeurs' par 'Cannibales' pour avoir la deuxième phase d'une campagne promo directement dans la lignée de l'affiche, l'esbrouffe en moins. On a demandé à Xavier Gens, natif de Dunkerque, ce qu'il en pensait. Réponse – d'abord franche, puis vite rectifiée – ci-dessous en attendant le restant de l'interview qui arrivera jeudi, avec en prime, un entretien avec la charmante Karina Testa, premier rôle de FRONTIERE(S)…

 

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