Sébastien Tellier : Sexuality

De ses propres dires, Sébastien Tellier est un homme de
concepts : la famille sur L'Incroyable
vérité
, son premier album, la chose
publique
sur son successeur Politics
et maintenant la sexualité sur le présent essai. Du plus proche au plus important, se plaisait-il récemment à
préciser à un confrère. On veut bien te croire, nous, Sébastien, mais rien
n'enlèvera ce sourire entendu de nos lèvres. On sait que monsieur sait jouer
avec l'image tout autant qu'avec les mots. A demi compositeur  inspiré de B.O., à demi expérimentateur
électronicien, découvert dans le sillage d'Air
et de la french touch, le barbu français fait figure d'insaisissable et
tend visiblement à conserver cette image. Sur la corde raide, tout autant dans
l'autodérision que dans l'autoparodie, Tellier s'amuse à s'entourer d'un nuage
d'artifices qui ne rendent le flou que plus artistique. Dont acte.

Cette fois, Tellier s'attaque
donc à la sexualité. Débauchant Guy-Manuel
de Honem-Christo
des Daft Punk,
pour le mettre aux commandes de ce navire naviguant en eaux troubles, Tellier
se replonge dans ses années 80 pour mieux y explorer ses premiers émois.
Exercice éminemment casse-gueule. Par chance, le français semble prendre le
problème par le bon bout : suggérer plutôt que s'enfoncer gaillardement
dans la vulgarité, susurrer plutôt qu'hurler son plaisir, au point que ses downtempos en droite ligne de rap west-coast
début 90ies (pensez Regulate de Warren G) accouplés à une certaine
vision très années 80 de la pop (pensez tout synthétique) feraient presque
mouche. Avec une poignée de claviers datés et quelques beats dont toute la
suggestivité réside dans la répétition, Sexuality
parvient à ses fins agréablement, sans agresser, sans lasser, extatique juste
quand il le faut.

Car dans le lit de Sébastien, on
ne s'ennuie pas souvent. Du hip hop remue-tête de Roche aux langueurs de Pomme
(dont les ululements orgasmiques 
proviendraient de Madame Tellier herself…), en passant par la
transe de Sexual Sportswear, l'amant
sait s'y prendre pour relancer ses machines. Et quand sur Divine un millier de petits Daft Punk casqués s'invitent à chanter
les cœurs, on n'en apprécie que plus le travail d'orfèvre de Guy-Man, attelé à forger
à cet album un son minimaliste et suranné mais en définitive crédible. Car c'est
bien là que repose la clé de ce disque. Quand sur le final L'Amour et la
Violence
, tel un Christophe version 2000, Tellier égraine les arpèges au piano en chantant Dis-moi ce que tu penses / de ma vie / de
mon adolescence / Dis-moi ce que tu penses / J'aime aussi / L'amour et la
violence
, rimes qui, sorties de la bouche de n'importe quel minet
télévisuel, nous arracheraient des fous rires incontrôlables, on réalise que derrière
les lunettes noires, la barbe et les poses convenues se cache un vrai
romantique qui, une fois les artifices évaporés, s'expose à nu en y mettant les
formes pour sortir un album décomplexé,
plus complexe qu'il n'y paraît et surtout hautement personnel. Rien que pour
cela, on lui pardonne de nous avoir fait écouter, à l'insu de notre plein gré, la
B.O. idéale du prochain Marc Dorcel.

 


                                                         
Sexual Sportswear

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