CJ7

CHEUNG GONG 7 HOU – Le jeune Dicky veut que son père soit fier de lui, mais quand on est très pauvre, la vie d'écolier dans une école privée peut être injuste et difficile. Un soir le père de Dicky lui ramène un étrange jouet trouvé dans une décharge et ce présent va changer la vie de Dicky…

Il y en a beaucoup qui vous diront que Stephen Chow est tout
simplement le meilleur comédien de sa génération et ils seront autant à vous demander
de qui vous parlez et si vous n'avez pas plutôt un exemple pour situer le
bonhomme dans un film avec Jet Li. Pour eux, un brin de présentation s'impose.
Acteur, réalisateur, scénariste et producteur parmi les plus ambitieux de Hong
Kong, Stephen Chow impose un style dès sa première réalisation en 1994. A l'époque
de FROM BEIJING WITH LOVE, Chow est déjà un acteur réputé tant à la télévision
qu'au cinéma. Il fait notamment partie du cast de FIGHT BACK TO SCHOOL, le plus
gros succès que le box office chinois a connu jusque là et aux yeux du monde, Jet
Li n'est encore qu'un jaune qu'on confond avec les autres quand il donne la
réplique à Stephen Chow dans DRAGON FIGHT qui sort en 1988. Mais la
respectabilité qu'il s'offre avec sa première réalisation, parodie chinoise de
l'imagerie James Bond, va le propulser dans le business à la vitesse de mon
pied au cul d'un Jéovah. Chow turbine et réalise 2 autres films la même année dans
lesquels il occupe aussi le rôle principal. Parallèlement, il continue à
tourner pour d'autres et dans la même année 1994, il est la star de la nouvelle
variation du mythe du ROI SINGE qu'il incarne dans les deux productions
colossales de Jeff Lau. Stephen Chow est vite surnommé le ‘King of Comedy' par
ses pairs et non content de les faire rire, l'homme sait aussi leur mettre ses
savates à la gueule avec la même dextérité. C'est Bruce Lee qui donne à Chow le
goût du cinéma et des arts martiaux et le comédien lui fera souvent la
révérence au Petit Dragon à travers sa filmographie jusqu'à la consécration
internationale qui arrive seulement en 2001, année du délirant SHAOLIN SOCCER. Une
comédie barge qui même foot et fight et qui devient le moule du style de
Stephen Chow.

Parce que ses films nécessitent désormais beaucoup d'argent
à produire, énormément de temps à distribuer dans un vaste marché et que sa
mise en scène est particulièrement minutieuse, Chow est forcé de baisser la
cadence de sa production sans véritablement compenser en qualité. Ainsi, les
fans qui n'ont pas été habitués à patienter 3 longues années accueillent CRAZY
KUNG-FU (KUNG-FU HUSTLE), film démesurément ambitieux, avec une certaine
amertume. Pour Chow, le pari est néanmoins réussi, car KUNG FU HUSTLE tout
inégal qu'il soit, impressionne suffisamment pour installer le King of Comedy
au sommet de la pyramide mondiale. Chow n'a jamais engrangé autant de dollars. Pour
un film chinois, KUNG FU HUSTLE bat tous les records et les prestigieux Hong
Kong Film Awards de 2004 n'ont d'yeux que pour lui, laissant ceux de Wong Kar-Wai
pleurer les 2046 larmes de son corps derrière ses suspicieuses lunettes noires.
Trois interminables hivers plus tard et le monde n'en peut de nouveau plus d'attendre la rencontre entre
Chow et le troisième type. Vu la mégalomanie affichée de KUNG FU HUSTLE, le
public anticipe un film encore plus démesuré dans ses effets spéciaux et la loufoquerie.
D'autant que le thème de la rencontre extra-terrestre s'y prête tout
particulièrement. Mais CJ7 a du mal à venir. Nombreux changement de titres, de
dates et infos contradictoires distillées au compte goutte font penser que le
film ne répondra peut-être pas aux attentes et que c'est un peu cher payer sa
patience si le résultat ne réconcilie pas au minimum fans de la première heure
et nouvelle audience internationale. A l'arrivée, si Chow a pu décoller et
planer bien haut au royaume des scénarios parfois incompréhensibles et des
chorégraphies plus élaborées que dans un film avec Michael Jackson, l'audience
qui lève la tête vers les étoiles pour le feu d'artifice ne cherche pas au bon
endroit. CJ7 marque en effet un retour inattendu à la simplicité des débuts et
il est bien la preuve que Stephen Chow est revenu les 2 pieds sur terre.   

Sûr, le film collectionne les fétiches du réalisateur (sa
fixation signifiante sur les vieilles chaussures trouées, la notion de gang, la
lutte des classes, la merde, …) et il prolonge la tradition des hommages que
Chow porte à ses héros de toujours, mais l'ombre de Bruce Lee tend de plus en
plus vers la silhouette immortelle de Charlie Chaplin et Chow lui-même descend
sa vedette d'un cran – est-ce la raison pour laquelle il porte son propre nom à
l'écran ? – en misant avant tout sur le jeune Dicky, incarné par une
actrice aux cheveux courts qui répond au nom exotique de Jiao Xu.

Alors, j'ai pu lire à plusieurs endroits que CJ7 était une déception
telle qu'elle méritait à elle seule le boycott des Jeux Olympiques de Pékin. Enorme.
Accablante de frustration. En ce qui me concerne, j'aurais tendance à dire qu'il
est tout le contraire. Si le film abuse moins des branlées gratuites distribuées
à des gros torse nus et si Chow a décidé d'y aller mollo sur le surligneur fluo
et les gags abracadabrants, c'est peut-être pour nous procurer un peu de
fraîcheur justement ! Je fais partie des déçus par KUNG FU HUSTLE qui m'avait
tenu à distance de son intrigue confuse. Là où cette fresque comico-musicale d'époque
m'avait un peu écœuré par ses démonstrations et son inconsistance
scénaristique, CJ7 est parvenu à toucher le spectateur d'E.T. qui sommeillait
en moi. Je suis parfaitement conscient de la naïveté du processus dont dépend
la complète réception du film, mais quand on s'attend à un désastre ou qu'on ne
projette tout simplement rien sur CJ7, on a des chances de le prendre pour ce
qu'il est : une fable contemporaine fort bien racontée, qui en dit long
sur son auteur grâce à des mécanismes aussi précis que ceux des horlogers de la
comédie burlesque et du drame social réunis. Il y a le contexte aussi. Un film
de science fiction d'un genre bien précis. A ce titre, E.T. est partout dans le
scénario comme une véritable épine dorsale qui structure le récit. On commence
par les initiales du titre puis le générique années 80  et on continue avec la relation franche et directe
enfant / alien en passant par le membre lumineux qui guérit les maux (moins
ridé et objectivement moins gay friendly que celui sorti de l'inconscient de
Spielberg) et on termine sur le sort mélodramatique du visiteur accompagné d'une
touche d'espoir. Toujours, Chow fait preuve d'un respect absolu pour le
précurseur du genre (différent d'un THE DAY THE EARTH STOOD STILL qui voit la
rencontre extra-terrestre d'un tout autre point de vue malgré la thématique
sociale identique traitée en sous-texte). Ses autres références, il les utilise
plutôt pour installer son propre personnage de clochard dans des gags visuels
qui rappellent Charlot (la relation physique entre le chef de chantier et son
ouvrier qui se protège avec un casque, le gag de la pomme emprunté à THE KID,
le père tellement pauvre qu'il ne trouve pas d'objet approprié pour battre son
gamin,…) et une dynamique père / fils proche du Benigni de LA VITA E BELLA avec
cette asian touch qu'on retrouve par exemple dans le ton coloré des disputes. Si
on est sensible à ce rythme là, le film est un régal des laptops scolaires du
début à l'humour clodo de fin. Mais dans l'hypothèse où on n'est pas touché par
le sort des personnages passé les 30 premières minutes, il vaut certainement
mieux quitter la salle ou risquer de se laisser aller plus tard à des actes de
violence gratuite envers les petits chiens d'appartement ou le moindre
testicule velu qui ferait irruption dans votre champ de vision (dans certaines
positions ou à plusieurs, ça peut arriver à tout le monde).

Le début de CJ7 est particulièrement réussi. Chow introduit
à merveille ses personnages (le chef du groupe d'enfants et carrément
extraordinaire dans les clichés adultes qu'il incarne). Le film adopte rapidement
une tournure comique légère qui prend soin de ne jamais voler la vedette à l'aspect
social du film et d'aucuns n'apprécieront guère la morale et les leçons de vie
pour lesquelles milite le film. L'équilibre entre touchant et ridicule vacillera
chez certains, probablement les mêmes qui seront irrités par des blagues
majoritairement moins potaches (le chapeau du témoin supposé de l'OVNI, …) que
par le passé, mais qui me paraissent en totale adéquation avec le récit. Et
quand Stephen Chow revisite ses délires d'antan, Kung fu compris, c'est principalement
pour les besoins d'une séquence de rêve qui remplit parfaitement son rôle de
fausse piste (la plus grosse farce du film finalement). Aussi, de même que
Stephen Chow trouve le moyen de caser ici et là ses acteurs fétiches aux
parfaites gueules de cons (les profs, le chef de chantier, etc), il glisse
quelques-unes de ses cascades informatiques totalement toon qui fonctionnent
(la grosse qui cavale en faisant tout trembler, l'extermination ludique des
cafards, les coups brisant les lunettes du professeur) ou pas (le lancer du
gamin par un molosse adepte du racket), mais qui ont de toute façon leur place dans
l'ambiance générale de CJ7. Dans l'ensemble, le cachet graphique des effets spéciaux
fait penser aux soldes dans un rayon Playstation, mais ce n'est pas neuf dans
le cinéma de Stephen Chow. C'est complètement assumé depuis longtemps. La
créature est mignonne comme un bâtard d'outre espace. On pense un instant qu'elle
finira en Gremlins, mais le fantôme d'E.T. (il est mort vous vous souvenez ?
Il ne jouera plus jamais avec ses amis…) veille au grain ! A y regarder de
plus près, elle ressemble plus au rejeton d'un Popples puceau qui se la serait
jouée American Pie sur un flan de gelée avant de réaliser qu'il violait un Flubber
endormi. Mais toute idiotique qu'elle soit, la petite boule de poil synthétisent
à merveille la mode asiatique à laquelle appartiennent Pokemon et autres Ugly
dolls. Alors on ne s'étonnera pas que Dicky finisse par porter le cadavre de
son compagnon autour du cou si on a une idée du potentiel merchandising d'un
CJ7 sur le marché jaune. Mais Chow a little respect quand même hein ! On n'est pas en train de dire, comme certains, que CJ7 – le film – n'est qu'une luxueuse publicité pour CJ7 – le jeu.
Comme on ne dira pas non plus que CJ7 est un OVNI dans la filmographie de
Stephen Chow. Osons simplement dire que CJ7 est peut-être bien le film de la
maturité pour ce grand gamin de 42 ans qui reviendra bien assez tôt à ses jeux
d'enfants. Probablement dès 2010 avec la sortie annoncée de KUNG FU HUSTLE 2…

 

 

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