The Brian Jonestown Massacre: My Bloody Underground

Ah! Le cas Anton Newcombe… Beautiful
Loser
par excellence, psychopathe notoire et potentiel génie absolu, c'est
en tout cas ce qu'annonce la brochure… Mais à part ça, comment exposer
l'affaire? Car il faut bien avouer que jusqu'ici, malgré quelques pépites
éparpillées dans une discographie pléthorique, 
le mérite de notre homme à surtout été de reproduire trop fidèlement
ses/nos disques de chevet (Velvet, Dylan, Stones période psyché, chacun ayant eu l'honneur d'au moins un
album «hommage»…). Clairement, plus que pour sa musique, on aime Anton parce
qu'il nous rappelle une époque (mythique) que l'on n'a pas connue. On aime
Anton parce qu'on a aimé DIG!.

Or, Anton, lui, n'a pas aimé DIG!, n'y trouvant qu'une image
faussée et caricaturale de lui-même (Beautiful Loser par excellence,
psychopathe notoire et potentiel génie absolu, donc…). Premier album du Brian Jonestown Massacre à voir le jour
depuis la sortie du film, My Bloody
Underground
semble ainsi être la réponse de Newcombe au documentaire
honni, et reflète de manière claire et distincte la volonté du bonhomme de
réintroduire le Massacre au coeur de Jonestown. Car ce disque, c'est une
certitude, va en laisser plus d'un sur le carreau, agonisant, implorant l'asile
à la porte des Dandy Warhols. Sûr
aussi que, depuis sa grotte, le grand sorcier observera avec satisfaction
l'étendue des dégâts.

Au menu de ce treizième album, 75
minutes de terrorisme sonore, sorte de garage rock psychédélique à l'extrême,
des chansons (qui varient pour la plupart de 6 à 8 minutes) noyées sous les
couches de guitares distordues et dont les titres sont des sujets de thèse à
eux seuls (exemples: Qu'on m'apporte la tête de Paul McCartney sur la jambe
en bois d'Heather Mills (en bombardant la Maison Blanche),
Quel est l'enfoiré qui a pissé dans mon puits?
ou encore le savoureux clin
d'oeil Automatic Faggot For The People), des instrumentaux barrés (comme
ce We Are The Niggers Of The World,
morceau de piano de plus de cinq minutes, fausses notes incluses,
que le bonhomme aurait écrit à l'âge de 9 ans), une production (?) brouillonne,
sale, volontairement bancale qui laisse la voix en rade, à peine audible, le
tout dans une atmosphère anarchique laissant présager d'une destruction
imminente mais qui n'arrive pas. Bref, on l'aura
compris, tous les ingrédients pour un adieu définitif aux armes y sont
présents, et à forte dose. Et pourtant… Bon dieu, et pourtant!

Si ça se
trouve, l'Anton a raison depuis le début! Si ça se trouve, il est véritablement
un génie incompris! Car de ce chaos, ce sont 1000 sentiments humains qui se
dégagent et on
est fascinés, comme envoûtés par ces mélodies bancales et ces redondances
hypnotiques. My Bloody Underground est une  entité unique qui nous ramène aussi bien du
côté des classiques drogués 60's que d'artistes (post)modernes comme le Tricky de Pre-Millenium Tension ou
(surtout) Aphex Twin (écoutez Automatic Faggot For The People pour comprendre). Anton Newcombe réussit ici un grand
écart miraculeux car inédit entre les âges et les styles, comme s'il
réintroduisait l'avant-garde, l'inconnu, le subversif, ce qui dérange et
interpelle (éléments qui semblaient être devenus l'exclusivité de laborantins
fous et autres transgresseurs de styles) dans le jargon de ce bon vieux rock
& roll!

My Bloody Underground, qu'il
en soit ainsi! Car tandis que les uns s'enfuiront en courant dès les premières
mesures du disque, les autres resteront, fascinés, et se poseront la question
que chacun s'est posé la première fois qu'il a entendu (en vrac) le Velvet
Underground, The Jesus and Mary Chain, Zappa, Captain Beefheart, Soft Machine,
les Stooges, Kraftwerk, Can, Suicide, Einstürzende Neubauten, Sonic Youth,
Atari Teenage Riot, Godspeed You! Black Emperor, Aphex Twin, etc., etc., etc.: Mais
qu'est-ce que c'est que ce truc?

 

                                             Bring Me The Head of Paul McCartney…

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