Jar City

MÝRIN – L'inspecteur Erlendur ne dispose que de la photographie d'une
tombe pour résoudre l'assassinat d'un homme retrouvé dans une mare de sang à
son domicile. Mais rapidement, ce cas isolé laisse entrevoir des ramifications
avec quelques criminels du passé, un flic corrompu à la retraite, une maladie mortelle
et héréditaire, une vieille histoire de viol et même la propre fille d'Erlendur,
une jeune toxicomane, enceinte de quelques mois seulement…

Avec cette enquête policière tirée d'un roman, Baltasar Kormákur, réalisateur islandais,
parvient à mettre en scène une intrigue absorbante qui plonge le spectateur
étranger dans une Islande humide et désertique peuplée de personnages bourrus.
Si Kormákur a décidé d'éviter les plans enneigés pour s'éloigner de la
caricature internationale de son pays, il filme néanmoins le paysage en se
lâchant sur le grand angle ainsi que sur les prises de vues aériennes pour
insister sur la spécificité du décor naturel. Comme base, JAR CITY peut s'appuyer
sur une photographie soignée et une véritable maîtrise de la construction d'un
plan. Si la magistrale visite panoramique est essentielle pour immerger l'audience,
les prises de vues plus macroscopiques au niveau des personnages, le jeu sur
les focales et le contre champs (la scène du chant funèbre en en est l'exemple
le plus évident) et un réel sens du rythme sont autant d'atouts techniques au
service d'une histoire qui s'est passée
loin de chez vous.
Une enquête en Islande est bien différente d'un travail
de police à Charleroi ou à New York et celle de JAR CITY est suffisamment
ancrée dans le décorum local pour susciter le dépaysement. Cette approche à la National
Geographic  contribue à installer un genre
connu, voire balisé, dans un contexte de découverte.

Comme c'est généralement
le cas pour ce type de productions, une grande partie de la crédibilité du
récit vient des acteurs non familiers qui fusionnent avec leurs rôles respectifs.
C'est notamment le cas de l'excellent Ingvar Sigurdsson (vu rapidement dans le
médiocre K-19 de Kathryn Bigelow) qui incarne à merveille un détective cynique et
individualiste auquel on a pourtant aucun mal à s'attacher. Même si le sub plot
de la fille toxico n'était pas nécessaire à l'humanisation du personnage, il n'est
pas lourd pour autant. L'imbrication des différents pans de l'histoire est
savamment orchestrée mêlant transition de personnages, unité de lieux et sautes
d'époque dans un flot intuitif qui facilite la vision du film et le démêlement
de son intrigue. Un dénouement qu'on aurait aimé un peu moins exploité sur la
fin. La partie post climax de JAR CITY ne vise qu'à fermer la boucle d'une
enquête qu'on aurait volontiers laissée ouverte ou libre au vent, car une fois débarrassée
de sa substance, l'intrigue s'encombre de quelques minutes superflues qui
fatiguent le rythme du film. Malgré son final terre à terre, JAR CITY demeure
un polar islandais de haute tenure servi par d'excellents acteurs et des
dialogues noirs d'humour juste comme il faut. Pourquoi se priver d'un bon film
exotique venu d'un pays où les flics coursent les meurtriers en cavale avec un Ericsson et où on sert de la tête de mouton dans les drive-in ?
On ne va pas faire les difficiles et faire comme si on en mangeait tous
les jours…  

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