Iron Man
Tony Stark est riche et il vit la grande vie de la Jet Set sauf quand il se fait exploser par l’armée afghane qui l’oblige à fabriquer plein de Jericho pour les combattants d’Allah. Le Jericho, c’est un lance missile super puissant inventé par Stark Industrie. Mais Tony Stark, il veut plus faire des Jericho. A la place, il prend les outils des talibans pour fabriquer Iron man et leur péter la gueule…
Sans être un produit robotique réellement frais, IRON MAN
n’a rien de la boite de conserve. Alors profitons-en maintenant parce que, vu l’évolution du cinéma à effets spéciaux, sa date de péremption risque d’être bien
moins éloignée qu’on ne le pense…
1961 : Stan Lee
crée THE FANTASTIC FOUR. L’année suivante, il mettra au monde SPIDER-MAN et
HULK qui rencontreront le même incroyable succès chez les amateurs de comic
books. A peine quelques mois plus tard, Stan ‘the Man’ Lee a les coudées suffisamment
franches chez Marvel pour nous présenter ses X-MEN et IRON MAN, deux séries dont
la parution est toujours ininterrompue à l’heure de leurs adaptations sur grand écran. A
l’époque, Lee commence seulement à mêler la situation politique de son temps à
ses histoires jusque là imaginées sur des postulats pseudo scientifiques. Après
les effets des rayons cosmiques (olé ! Rien à secouer, on a même pas encore
marché sur la Lune) sur les 4 Fantastiques, c’est la faute aux rayons Gamma (un
truc nucléaire, ils pigeront rien et c’est cool !) si vous ne voulez pas voir Bruce Banner s’énerver et
déchirer son slip. Quant à Peter Parker, il doit ses super pouvoirs à la simple
morsure d’une araignée d’accord, mais pas n’importe quel arachnide non plus
puisque la bêbête est radioactive (je vous avais bien dit que le nucléaire c’était
cool !). Nous sommes en 1963 et comme le micro onde n’a pas encore été
inventé, Stan Lee ne trouve pas mieux que des transistors (des aimants quoi) pour
régler le cas Tony Stark. Quand nous faisons sa connaissance dans la revue
Tales Of Suspense N°39, Stark est un industriel milliardaire qui vend son
artillerie technologique made in USA dans le monde entier. Ses fameux transistors
sont capables de démultiplier la puissance de n’importe quelle arme grâce à la
magie des champs magnétiques (j’ai vu une boule de flipper flotter dans les
airs avec ce truc là, ça déchire !) et un jour où il arpente le Vietnam en
guerre pour la promotion de sa camelote, il saute sur une mine made in Stark
Industries qui l’obligera à improviser un aimant suffisamment puissant pour protéger
son cœur contre les éclats mortels contenus dans son corps. Ses talents de
bricoleurs lui serviront en même temps à construire un scaphandre de combat afin
d’échapper à ses ravisseurs, des Viêt-Cong particulièrement crétins qui pensaient
forcer Tony Stark à développer une puissance de feu révolutionnaire pour repousser
l’envahisseur américain… au lieu de ça, ils se font dérouiller par un IRON MAN en
version beta. Nous sommes en 2008, alors allez-y, faites nous le premier blockbuster de
l’été avec ça !
Jon Favreau
(acteur vu dans une quarantaine de seconds rôles – dont celui qu’il tient dans
VERY BAD THINGS à côté de Christian Slater et Cameron Diaz – mais également
réalisateur de ZATHURA en 2005) relève le défi. Son IRON MAN sera tout ça et
bien plus encore à condition d’ancrer son film dans un contexte aussi réaliste que…
moderne. Et pour un amerloque qui vise les consommateurs de pop corn servi dans
des seaux étoilés, il n’y a pas plus Viêt-Cong aujourd’hui qu’une pourriture de
taliban enturbanné. Après le boom, Stark se réveille donc dans une grotte
afghane astreint à la fabrication d’une solution finale pour un frère d’arme de
Ben Laden. Ok rien à foutre, il arrive quand le IRON MAN de la bande-annonce qui
fait péter des chars au sol et se la joue TOP GUN dans le ciel? Patience.
Favreau, assez incroyablement fidèle à l’œuvre originale – même simplicité et
pseudo science actualisée – prend son temps pour installer son personnage. Le
Stark à l’écran, s’il a tous les attributs physiques de son modèle dessiné (jusqu’à
la coupe biseautée de la barbichette), doit se fondre complètement avec l’attitude
et les traits de Robert Downey Jr. (ZODIAC).
Sur le plan de l’interprétation, l’ex alcolo au nez encombré de poussière qui
fait rire EST son personnage comme ce Nerd de Tobey Maguire était physiquement
Peter Parker dans les deux premiers films de Sam Raimi. C’est un excellent
point de départ pour la crédibilité du film. Humour condescendant, gloutonnerie
bien ricaine, luxure et désinvolture des play et golden boys, matérialisme et m’as-tu
vu permanent, Stark est le parfait anti Bruce Wayne. La démarche de Stan Lee il
y a 45 ans est toujours la même à l’heure où le terrain de la concurrence s’est
déplacé sur les écrans qui diffusent aussi BATMAN BEGINS et de THE DARK KNIGHT.
Imposer à la boîte d’en face (Batman appartient à DC Comics et à Warner Bros. au
cinéma) un nouveau super héros dont le seul super pouvoir est l’argent qui lui
sert à payer ses gadgets. C’est la raison d’être d’IRON MAN. Il est né et s’est
toujours développé dans l’opposition qui a contribué à le définir. A l’instar
de l’héritier de Wayne Enterprise, Stark est à la tête de l’empire construit
par ses parents décédés, mais c’est pour remédier à un état de nécessité et non
pour étouffer les cris de ses propres démons qu’il fabrique et revêt le premier
modèle de ce qui sera l’armure high tech d’IRON MAN.
Voilà pourquoi Stark ne
choisit pas la voie secrète de ses confrères masqués. C’est un homme de
pouvoir qui se délecte de ses effets secondaires. Pendant que Batman se dispute avec Superman la direction de la JUSTICE
LEAGUE OF AMERICA, Iron Man fonde THE AVENGERS dont il est le leader incontesté
pendant qu’à la ville Tony Stark vise carrément la Maison Blanche avant de s’arrêter
au poste de Secrétaire de la Défense américaine. Le monde est parfaitement au
courant qu’IRON MAN n’est qu’un nom de code pour l’armure que porte Tony Stark
au combat. Il n’a pas de conflit d’identité. Stark n’est pas torturé comme Bruce
Wayne et il a la reconnaissance et le pognon qui manquent à Peter Parker. Ca
fait quand même pas mal de ressorts dramatiques en moins … Ce problème obligera
les auteurs à compliquer la vie du personnage dont le principal obstacle demeure
encore à ce jour son addiction à la drogue et surtout à l’alcool. Malgré le
cahier des charges post AIR AMERICA de Robert Downey Jr. qui en faisait le
candidat rêvé pour le rôle, les auteurs omettent quasi complètement ce trait
déterminant dans le film. Il boit, mais ne se saoule jamais. Malgré un cœur artificiellement
entretenu, Tony Stark n’est pas vraiment vulnérable. Et à partir de là, même si Favreau multiplie
les références au comic book (mention spéciale au running gag visant le S.H.I.E.L.D.),
on a toujours une impression de trop peu (ou de too much) en partie causée par la
saturation des adaptations de super héros à l’écran, mais aussi par un script
qui se résume à une poignée de sable fin fermée dans un désert. Juste assez lourd pour résister
aux nombreuses fuites consenties par la promotion colossale du film (The Onion avait effectivement tout compris avec cette vidéo). Pas suffisamment
consistant non plus pour se laisser retenir. Difficile, dès lors, d’impressionner un
public qui revient de tout, surtout quand on veut faire du neuf en meublant avec
des éléments empruntés. Combats à la TRANSFORMERS, à la HULK où à la ROBOCOP
selon les situations, bling bling et placement de produits digne du plus léger
007 de la période Brosnan, démonstrations CGI jusqu’au décrochage blasé de l’attention
et ingrédients parfois trop classiques du blockbuster bourrin type font qu’IRON
MAN n’arrive jamais à voler bien haut au dessus du stade ‘satisfaisant vu tout le bordel qu’on en a fait’. Ce n’était pas le cas de TRANSFORMERS ou
de SUPERMAN RETURNS et encore moins celui de THE FANTASTIC FOUR : RISE OF
THE SILVER SURFER, mais compte tenu de ses antécédents couillons ou carrément désastreux
(SPIDER-MAN 3 et son nique-ta-mère dans le dos des fans), on recommandera quand
même IRON MAN au rayon des bourres groins à grand spectacle.
La grande qualité du film, c’est d’avoir capté et actualisé la genèse du
personnage tout en laissant la porte ouverte à une séquelle
concentrée sur une période plus intéressante de l’histoire d’IRON MAN (son rôle
à la tête du S.H.I.E.L.D ou dans la récente CIVIL WAR qui l’opposera à CAPTAIN AMERICA jusqu’à ce que mort s’en suive). Côté
vilain, malgré des reproches compréhensibles qui rapprochent la Némésis (Iron Monger jamais cité pour rester réaliste) des essais
ratés d’Ang Lee avec son Géant Vert, on approuvera finalement le choix d’Obadiah
Kane en lieu et place du mythique Mandarin. Dès qu’on est confronté au look et au
charisme homoérotique au poil de Jeff Bridges, on doit admettre qu’il porte la
boule à zéro de manière bien plus reluisante qu’un Lex Luthor travesti en Kevin
Spacey. Ca vaut bien la couv’ d’un Vanity Fair qui préfèrera acheter sa pub en
accréditant une séduisante journaliste « d’investigation » comme le
torchon n’en a jamais payé. Leslie Bibb – qui sera prochainement à l’affiche de MIDNIGHT MEAT TRAIN – n’est ni Lois Lane ni Kim Basinger dans le film
de Tim Burton, mais elle est tout aussi utile pour les enquêtes en profondeur ou pour économiser un kleenex dans la boîte qui traîne près du lit pour faire comme si on avait un gros rhume toute l’année. On
en dira pas autant de la prude secrétaire Pepper Potts et on imagine un rôle artificiellement
gonflé par plusieurs scènes inutiles pour justifier le cachet et la taille de Gwyneth Paltrow sur les monstrueuses
affiches. Elle est bien dans le rôle, c’est le rôle qui n’est pas bien dans le
film. Tant mieux pour elle d’un côté. Parce que celui qui a tout faux sur les
deux plans, c’est le décidément insipide Terrence
Howard (THE BRAVE ONE). Sa mièvre performance achève le personnage de
Rhodey avec un timbre de voix qui doit
sonner comme un sac de friandises dans une prison panaméenne, mais qui est plutôt mal ajusté
au prestige de l’uniforme. Pour terminer, on regrettera que le choix métal de
la bande originale n’ait pas trouvé de meilleure place pour le morceau de
Black Sabbath qu’on nous envoie à donf depuis le premier teaser. Se le manger
en générique de fin, c’est cher payer son attente, sauf si, comme il se doit,
vous avez pris la peine de diminuer le niveau général de celle-ci. Inutile d’insister
sur cette condition préalable à la consommation d’IRON MAN. Voyez le gros porc
qui défonce des saloperies cancérigènes derrière ou à côté sans rien recracher dans
le seau bleu, rouge et blanc. Y’a pas de raisons pour qu’il soit le seul
enthousiaste dans la salle ! Le film vaut la peine de déboutonner son armure de
cinéphile, car après tout, IRON MAN est bien moins nocif que l’accumulation d’acide
trans qui menace le cœur de ce voisin glouton. Stan
Lee lui-même, ne pourrait plus rien pour son cas…


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