Tindersticks: The Hungry Saw

On entre dans The Hungry Saw comme dans un film
avec une Introduction (c'est son nom)
de velours qui se déroule comme un générique rêvé. Cet instrumental nous fait
penser que l'on échangerait volontiers 12 Hans Zimmer, 8 John Williams, 23
Gabriel Yared (et au moins 136 Eric Serra) contre la promesse d'entendre un peu
plus souvent ce Tindersticks là au
cinéma. Seule Claire Denis (NENETTE ET BONI, TROUBLE EVERY DAY) a eu jusqu'ici
l'honneur de voir ses films sertis de la musique de Tindersticks. Une musique
que l'on qualifierait à tout bout de champ de cinématographique si cela ne
relevait de la plus éclatante lapalissade.

Dans la foulée, Yesterdays
Tomorrows
nous rappelle surtout que Tindersticks c'est sans doute et
peut-être avant tout l'une des plus belles voix entendues ces 15 dernières
années. Plus profonde que celle de Nick Cave, plus sexy que celle de Barry
White, plus bouleversante encore, à sa manière toute singulière, que celle du
Loner. Mais réduire le groupe anglais au prestigieux organe de Stuart Staples
constituerait une grossière erreur. Les récents et décevants albums solo de
l'intéressé en témoignent. Sans oublier que l'un des morceaux les plus
renversants de la carrière de Tindersticks (cette bande son définitive de nos
dimanches soir de gueule de bois qu'est Until
The Morning Comes
) n'est pas chanté par Staples mais par Dickon Hinchliffe,
violoniste démissionnaire d'un sextet aujourd'hui réduit à l'état de trio.

Au fond, sur le néophyte qui écouterait là sa première galette
de Tindersticks, The Hungry Saw
pourrait bien avoir l'effet d'une vraie révélation. Il n'est jamais trop tard
pour découvrir un grand groupe, et cet album-ci serait plutôt du genre à
s'imposer comme la porte d'entrée idéale vers le monde merveilleux de celui de
Staples. Si l'on se situe du côté du thuriféraire de longue date qui n'a
cessé de (re)visiter la discographie du groupe dans ses moindres recoins,
l'affaire est cependant toute autre. Beau et classieux de bout en bout, The Hungry Saw n'apporte (mais alors)
absolument rien de nouveau au dossier Tindersticks. Si bien que l'on se trouve
sans cesse partagé entre le bonheur bien réel de renouer avec des émotions
familières mais ô combien précieuses et un ennui poli qui n'est jamais tout à
fait très loin. On s'immerge à chaque écoute dans le disque avec la même
volupté que dans un bain d'eau chaude, mais le plaisir n'en finit pas de
tiédir.

The Hungry Saw
n'est en somme qu'un bel album de plus pour Tindersticks. Une conclusion qui
tient autant de l'aveu de (légère) déception que de l'éloge.

 

                                                                  Introduction

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