Waltz with Bashir

VALSE AVEC BASHIR – Un soir, dans un bistrot, un vieux pote raconte au
réalisateur Ari Folman un rêve récurrent qui vient hanter ses nuits et dans
lequel il est poursuivi par 26 chiens féroces. Les deux hommes en arrivent à
parler de leur expérience commune dans l'armée israélienne pendant la première
guerre du Liban au début des années 80 et Folman s'étonne de ne plus avoir
aucun souvenir de cette période. Il décide alors de partir à la rencontre de
ses anciens camarades de guerre pour découvrir la vérité cachée sur un évènement enfoui au coeur de lui-même…

Depuis l'arrivée de Thierry Frémaux à la tête du Festival de Cannes, il n'est plus hallucinant d'avoir un film d'animation en compétition. Commencer par SHREK 2 avait certes un parfum de scandale, mais PERSEPOLIS l'année dernière est venu rattraper le mauvais départ de 2004. Cette année encore, on est a peine en droit de s'étonner de la nationalité israelienne de WALTZ WITH BASHIR. Et
ce n'est pas, loin de là, la moindre des originalités du film de Ari Folman.

WALTZ WITH BASHIR se présente donc sous la forme d'un film
(quasi) entièrement en animation mais qui reproduit peu ou prou la structure
d'un documentaire multipliant entretiens et témoignages. L'animation permettant
de rehausser l'aspect purement docu en y injectant rêves, imaginaire et
souvenirs visuels. Eléments venant brouiller les cartes d'un réalisme qui n'est
souvent qu'apparent. Qu'est-ce qui est vrai, que s'est-il réellement passé dans
ce que l'on voit ? C'est la quête du protagoniste principal (démarche bien réelle de Folman dont la plupart des  entretiens sont des mises en scène retravaillées de véritables interviews menées par le réalisateur qui cherchait à faire la lumière sur un épisode traumatisant et refoulé de son existence) et l'enjeu
même du film : Qu'a vécu Ari ? Pourquoi a-t-il oublié ? Pourquoi
recommence-t-il à se souvenir ? Cette recherche de la vérité passe donc
par le témoignage d'anciens compagnons partageant leur expérience commune dans
l'armée israélienne lors de la première guerre du Liban, ainsi que par le
recours à un ami psychiatre et à une spécialiste du trauma. Le film, du coup, est
terriblement bavard (comme un documentaire peut l'être mais aussi comme une
séance de psychanalyse peut l'être donc) et c'est un peu dommage compte tenu de
la dimension onirique et visuelle prépondérante. On aurait aimé
comprendre en voyant les choses plutôt qu'en subissant d'interminables récits
ou, pire, les pénibles explications sur le pourquoi du comment de tel oubli,
telle réaction, par un éminent spécialiste-protagoniste. Position évidemment
difficilement critiquable quand on sait que la démarche artistique épouse le processus qu'il a vécu en tant qu'être humain. On aurait ceci dit préféré voir ces
entretiens densifiés par une dimension visuelle qui s'en serait un peu plus
détaché.

Visuellement donc, le film, recourant majoritairement au procédé du
cell-shading intégré dans de la fausse 3D, manque de moyens c'est clair, mais parvient à créer un univers
cohérent avec, notamment, quelques séquences vraiment remarquables (comme cette
scène, récurrente, des soldats, nus, arme au poing qui s'extirpent calmement de la mer). Pourquoi dès
lors opter pour une animation de type réaliste (allant jusqu'à pousser la ressemblance aux vraies personnes toutes mesures conservées, on est pas non plus dans A SCANNER DARKLY) quand la faiblesse du budget réduit
aurait pu se transformer en force formelle, assumant son côté cheap par un
style abouti et cohérent ? Certains gestes, très simples (porter un verre
à sa bouche ou allumer une cigarette), des personnages ne passent pas du tout et ne font,
en se faisant ainsi remarquer, que détourner une attention déjà mise à mal par
le côté sur-explicatif et le flot de paroles inondant le film.

Reste que WALTZ WITH BASHIR, profondément personnel et donc
relativement touchant parvient à aborder un épisode tragique et occidentalement inconnu de l'histoire de Beyrouth (le massacre des camps libanais par les phalangistes chrétiens sous la protection inconsciente de soldats israeliens lâchement pilotés par Ariel Sharon), de manière un peu inédite. L'enquête introspective se montre occasionnellement
percutante dans la forme et les questions qu'elle soulève. Ce n'est pas forcément l'objectif qui était le plus facile à atteindre.

  

 

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